Apprentissage « Slow » – ou apprendre lentement

Traduction de l’article de Wendy Priesnitz « Slow Learning » 
Publié dans « Natural Life Magazine, September/October  2011  »
Traduit de l’anglais par Claire Rakotonimaro

Il y a une définition de l’intelligence qui implique la vitesse, les résultats, et la compétition – trouver rapidement la bonne réponse à une question et le faire plus vite que tous les autres. C’est la définition utilisée par l’école, où dire d’un enfant qu’il est « lent » est un terme désobligeant qui au final veut dire « bête ». Pire encore, les enfants qui ne rentrent pas dans les plans de l’école, qui sont distraits ou qui s’ennuient reçoivent une étiquette comme « learning disabled » (handicapé de l’apprentissage), en français « dys… »

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Les enseignants montrent qu’ils attachent une grande valeur à la vitesse-vue-comme-intelligence en félicitant les étudiants qui peuvent répondre du tac au tac, qui peuvent rapidement donner la bonne réponse à une question orale, qui lève la main les premiers, ou qui choisissent la réponse prescrite dans le temps imparti pour un questionnaire à choix multiple.

Malheureusement, les bonnes performances dans ce genre d’environnement scolaire ne garantissent aucunement qu’une personne s’épanouira dans la vraie vie. Et inversement, de nombreuses personnes indiscutablement intelligentes et qui ont réussi dans la vie, comme Albert Einstein obtiennent des performances médiocres dans un environnement rapide et compétitif comme l’école.

Il n’empêche que bon nombre des parents épousent cette définition dès la naissance de leur enfant. Ils mesurent la vitesse avec laquelle il maitrise les compétences, sont fiers quand il apprend à marcher, à lire ou à parler avant les enfants du voisin.

Où est l’urgence?

Cela fait près de 40 ans maintenant que je plaide pour un parentage différent et pour aider les enfants; au départ on appelait ça « homeschooling », puis « unschooling », jusqu’à ce que mon mari Rolf mijote le terme de « life learning » (« apprendre de la vie ») dans les années 1990. Et puis il y a environ 10 ans, j’ai commencé à définir cette façon d’apprendre dans la vie (et sans école)  dans les termes du mouvement « slow » qui a commencé au milieu des années 1980 avec le lancement de l’association Italienne Slow Food par un  écrivain écœuré pas l’ouverture d’une chaine de fast food à Rome. J’ai réalisé que la plupart des écoles gavent les enfants d’un régime pré-emballé de savoirs « fast food » – des faits épars et sans liens les uns avec les autres destinés à être avalés le plus rapidement possible.

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L’apprentissage Slow » implique d’explorer le monde à son rythme, en y prenant du plaisir; en se posant des questions et en comprenant les expériences que l’on rencontre et celles que l’on crée.

L’apprentissage Slow » implique au contraire d’explorer le monde à son rythme, en y prenant du plaisir; en se posant des questions et en comprenant les expériences que l’on rencontre et celles que l’on crée. Il n’est pas orienté vers des résultats rapides et la compétition. Il s’agit plutôt de savoir créer des hypothèses et de les tester et il fait la promotion de la recherche et du dialogue. Il donne du temps pour expérimenter, pour faire ce qu’on appelle traditionnellement des « erreurs » pour revenir en arrière et faire de nouvelles expérimentations. Il laisse du temps pour ce que l’environnement d’apprentissage rapide appelle « rêvasser » ou pire « perdre son temps ». Il croise les genres et les disciplines plutôt que de séparer le savoir en sujets déconnectés les uns des autres. Il est ancré dans les centres d’intérêt; les besoins et le style d’apprentissage de chaque individu. Et il ne ferme pas à 3 heures de l’après midi, à la fin juin, à 18 ans ou 30 ans ou 65 ans.

L’apprentissage slow comprends aussi que les réponses ne sont justes que dans un certain contexte et favorise le processus personnalisé plutôt que le produit public testable. Comme Ellen J. Langer, professeure à Harvard l’écrit dans son livre « The power of mindful learning » (ndtr: « le pouvoir de l’apprentissage conscient ») (Perseus Books, 1998) « Si nous pouvons remiser l’orientation vers le résultat, nous pourrons découvrir que la liberté de définir le processus à plus de signification que l’obtention d’un résultat qui n’a pas de sens inhérent ou de valeur en dehors de cet environnement particulier ».

Un enfant qui a la chance d’avoir des parents qui protègent son droit à un apprentissage « slow » a du pouvoir. Il est responsable de ce qu’il apprends, quand; comment et pourquoi… et il est libre de choisir quelles personnes et quelles expériences l’aideront dans sa quête.

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Il n’y a aucun besoin que qui que ce soit questionne, quizz ou teste le savoir d’un tel enfant parce que les objectifs poursuivis sont les siens. S’il venait à décider de se lancer dans quelque chose pour lequel il lui manque des savoirs prérequis, il aurait les outils nécessaires pour combler ce manque.

Mais au delà ce ça, il sera un leader non conformiste, innovateur, intrinsèquement motivé, curieux, preneur de risque qui n’arrêtera jamais d’apprendre et qui voit l’éducation comme un processus plutôt que comme une destination à atteindre le plus vite possible.

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6 réflexions sur “Apprentissage « Slow » – ou apprendre lentement

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  2. Waaaa je suis « choquée »…Je me pause beaucoup de question sur ma façon de « faire » l’école à la maison, et je me reconnais dans les « travers » qui sont décrit ici… du vite, du vite, du vite… pour rattraper l’incessant « RETARD » (même les enfants ont ce mot à la bouche maintenant)… je suis perdue… j’ai l’impression d’être formaté pour penser comme cela, je ne sais pas faire autrement, et serais-je capable d’accompagner mes enfants plutôt que les diriger, pousser … Je ne sais pas part où commencer..

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