Limiter le temps passé devant la télé – le point de vue économique

Traduction de l’article de Pam Sorooshian « Economics of Restricting TV Watching of Children » – Janvier 2005
Traduit de l’anglais par Claire Darbaud et Béatrice Mantovani

Conclusion: Restreindre le temps passé à regarder la télévision augmente l’utilité marginale de cette dernière et pousse les enfants à être extrêmement attirés et à vouloir regarder la télévision plus que toute autre activité non restreinte.

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L’ « utilité » est le mot qui, dans le vocabulaire de l’économiste, décrit le plaisir, la satisfaction, et toute forme de valeur qu’une personne retire d’un produit ou d’un service. Obtenir de l’ « utilité » est la raison pour laquelle une personne achète un produit ou commence une activité. A l’instar des entreprises qui prennent des décisions pour maximiser leur profit, les humains prennent des décisions de façon à maximiser leur utilité totale. Les économistes voient les gens comme des agents de maximisation de l’utilité.

Aux yeux de l’économiste, nous traversons notre vie en faisant constamment des comparaisons – choisissant, minute par minute, ce que nous faisons, ce que nous mangeons, ce que nous achetons, ce que nous disons, et tout le reste, et à chaque fois, nous choisissons de façon à maximiser autant que possible notre utilité totale. Imaginez que vous êtes dans un magasin de glaces et que vous choisissiez un parfum – ce que l’économiste voit c’est que votre cerveau passe rapidement en revue tous les choix possibles, calculant l’utilité que vous pourriez obtenir avec une boule de fraise plutôt qu’une boule chocolat et ainsi de suite, pour finalement choisir celui qui vous donne la plus grande utilité. (En passant, remarquez que l’utilité doit être prédite – nous pouvons nous tromper dans notre choix, mais nous faisons de notre mieux en fonction de l’information que nous possédons. Je peux décider de choisir la fraise pour aujourd’hui – parce que c’est mon parfum préféré à cet instant, celui qui me donnera le plus d’utilité. Et je peux découvrir, dépitée, que la fraise ne répond pas à mes attentes et SOUHAITER pouvoir changer d’avis. Cela arrive. Nos choix sont en fait basés sur l’utilité que nous prévoyons en retirer.)

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Ok – il y a beaucoup plus à dire sur ce concept d’utilité et si vous avez des objections à cette façon de voir le monde, nous pouvons en parler. Mais je garde cela pour une autre fois et avant de développer le lien avec la télévision et les enfants, j’aimerais d’abord introduire une autre notion.
D’abord, imaginez-vous dans ce magasin de glaces, avec cette glace à la fraise que vous avez achetée parce qu’elle avait une grande utilité pour vous. Vous la mangez et elle est délicieuse, et vous calculez l’utilité espérée d’un AUTRE cornet de glace et décidez d’en acheter un. Vous le mangez. MIAM. Maintenant vous calculez l’utilité espérée d’un troisième cornet. Alors – qu’en pensez-vous? Est-ce que le deuxième cornet va vous donner autant d’utilité COMPLÉMENTAIRE que le premier? Est-ce que le troisième va ajouter autant à votre utilité totale que le premier ou le deuxième ? Que va-t-il se passer quand vous mangez plus de cornets de glace? Une fois que vous en avez consommé une, l’utilité espérée de la prochaine est inférieure à ce qu’était l’utilité espérée de la première. Et une fois que vous en avez consommé deux, l’utilité espérée pour la troisième sera inférieure à ce qu’était l’utilité espérée pour la seconde. Elles pourraient encore avoir une valeur pour vous, elles vous donnent toujours de l’utilité, mais pas autant d’utilité supplémentaire.

L’utilité supplémentaire que vous obtenez en ayant «un de plus» de quelque chose, est appelé «utilité marginale». Et – l’utilité marginale diminue à mesure que vous avez de plus en plus de la même chose.

Même si vous avez choisi des parfums différents pour chacun de vos cornets de glace, vous avez choisi le parfum avec la plus haute utilité en premier,  donc les glaces suivantes vous apporteraient une utilité marginale de plus en plus basse.

Cette façon de voir les choix est applicable à presque tout ce que nous faisons.

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Quelle est votre activité préférée? Regarder des films? Lire un livre? Jardiner? Aller à Disneyland? Pourquoi ne faites-vous pas cela tout le temps, et rien d’autre? Ce que je veux dire par là est: si c’est votre activité préférée, ne vous apporte-t-elle pas une plus grande utilité que toute autre chose? Pourquoi vous arrêtez-vous pour faire autre chose?

La réponse est que plus vous pratiquez une activité, plus son utilité marginale baisse. Quand l’utilité marginale d’une chose diminue, les autres choses commencent à sembler de plus en plus attrayantes.

Lorsque vous limitez une activité, vous gardez la personne au point où l’utilité marginale est très élevée.

Lorsque vous limitez le temps passé devant la télé, l’utilité marginale d’un peu plus de temps est élevée, et toutes les autres options semblent relativement peu attrayantes. Regarder plus de télé devient le centre de la pensée de la personne, car l’utilité marginale est très haute. Relâchez les contraintes et, après une période d’adaptation et d’expérimentation pour déterminer précisément les utilités marginales, l’obsession de regarder la télé disparaît et ça devient juste une autre option.

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8 réflexions sur “Limiter le temps passé devant la télé – le point de vue économique

  1. Merci beaucoup pour cette belle traduction. C’est un article très important et je m’empresse de le partager! J’adore le pot de crème glacée Coaticook aussi!!

  2. Bizarre, il m’avait semblé déposer un commentaire. Mais je ne le vois plus.

    Je voulais dire que comparaison n’est pas raison. Il y a des centaines d’études scientifiques qui traitent de l’effet de la télé sur le développement cognitif (cf le livre « TV Lobotomie » qui a compilé ces études).

    De même, il y a beaucoup d’études qui montrent que quand on se gave de crème glacée on devient obèse et diabétique. La civilisation a inventé la télé et le sucre et nos organismes, qui génétiquement datent du paléolithique, ne sont pas conçus pour ce type de choc.

    • Mmmmhhh… Je ne sais pas. Le bouquin TV lobotomy ne m’a pas convaincu, il est écrit comme un pamphlet. Quand à la théorie qui dit que nos corps n’ont pas changé depuis le paléolithique, elle ne me convainc pas non plus. Nous n’avons aucun moyen d’analyser le tube digestif ou le cerveau des hommes du paléolithique. Le sucre est présent dans la nature, nous n’avons inventé ni la cane a sucre, ni la betterave, ni le miel, ni les fruits… Et j’ai lu plusieurs études qui parlaient de comment nos gènes ont évolués sur quelques générations (ce qui est nettement plus vérifiable), ce qui invalide l’idée de l’humain inchangé depuis des millénaires.

      Mais peu importe, là n’est pas le propos de l’article. Pam ne suggère pas qu’il est bon de se gaver de télé ou de sucre. Elle dit que la restriction arbitraire imposée par un tiers renforce le désir de la chose interdite. Et chez nous c’est flagrant, les enfants d’amis qui viennent ici et qui sont « interdits de jeux vidéo » chez eux ne pensent qu’à ça. Et c’est la même chose avec les bonbons qui sont chez nous en libre accès (et qui n’attirent as tellement mes enfants). Nous avons eu des petits visiteurs pour l’halloween. Mes enfants n’étaient même pas intéressés par le partage et ma fille a même laissé sa part de bonbon chez une copine…

    • === comparaison n’est pas raison === Cet article traite du principe économique de l’utilité marginale décroissante. Le principe marche pour la télévision et la crème glacée aussi bien que pour tout autre chose qui apporte de l’utilité. Je comprends bien que vous pensez que la télévision et le sucre exercent un tel contrôle sur les individus qu’ils ne sont plus capables de faire des choix raisonnables, mais à mon avis vos propos sont alarmistes.

  3. Pour ce qui est de se gaver, j’ai la même expérience que Claire avec mes filles: je ne limite pas leur consommation de crème glacée et pourtant elles n’en mangent pas tous les jours. Je ne limite pas leur consommation de télévision et pourtant elles ne sont pas lobotomisées devant l’écran toute la journée.
    Et des centaines de parents unschoolers ont constaté la même chose que nous en observant leurs propres enfants depuis des années (plusieurs de ces enfants sont maintenant adultes, et ils ont une vie sociale, un boulot, des amis, et sont en bonne santé physique et mentale.)
    Je regrette de n’avoir que des liens en anglais pour le moment, mais voici quelques témoignages:
    http://sandradodd.com/t/whatif

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