Et si apprendre ne l’intéresse pas ?

Traduction de l’article de Joyce Feteroll « What if they aren’t interested in learning? » Traduit de l’anglais par Claire Darbaud et Béatrice Mantovani

Mon mari se demande: «Est ce que ça pourrait arriver qu’un parent fasse du unschooling mais que l’enfant soit trop paresseux, ou totalement désintéressé des choses qu’il aura besoin de savoir dans la vraie vie ? Est ce que le unschooling peut échouer avec des enfants comme ça ? Est-ce vraiment mal d’avoir des attentes ? »

Quand on aborde quelque chose de nouveau et qui semble potentiellement désastreux, on suppose que les gens qui font ça soit 1) ne se soucient pas de leurs enfants ou soit 2)qu’ils ont un problème dans leur tête qui les empêche de voir l’évidence.

Les peurs que votre mari expriment sont tout à fait normales. Tous les parents qui font du unschooling sont passés à travers ces peurs là et la plupart continuent de passer à travers des moments de panique périodiques.

Ces craintes là ne peuvent pas être apaisées par la logique. D’un point de vue « scolaire » ces craintes sont tout à fait fondées. Ce qui aide à les éliminer c’est d’avoir une connaissance approfondie et une expérience directe du unschooling.

Ce que les unschoolers expérimentés ont, c’est une grande connaissance des résultats du unschooling et de ses autres avantages. Ils comprennent comment et pourquoi on apprend et le pour et le contre de l’apprentissage sous contrainte par rapport à un apprentissage guidé par la curiosité.

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Dans la vie, chaque choix a de bons et de mauvais cotés. Choisir consiste à sélectionner la solution qui a plus de bons cotés que de mauvais. Il est utile de lire des témoignages des réussites du unschooling. Mais, bien sûr, les écoles ont des histoires de réussite aussi, donc les témoignages de réussite du unschooling ne sont pas une raison suffisante pour choisir le unschooling.

Je pense que plutôt que de les lire comme des histoires qui prouvent que ça fonctionne, il est plus important de les lire comme des illustrations de comment fonctionne l’apprentissage guidé par les centres d’intérêts. Le fait que Kirby, le fils de sandra Dodd, se soit vu confier d’importantes responsabilités à seulement 16 ans, dans la boutique de jeux où il travaillait depuis plusieurs années, n’est pas significatif en soi. Ce qui est significatif en revanche, en terme de unschooling, c’est que c’est le résultat de sa passion pour les jeux qui a toujours été prise au sérieux et encouragée.

Il est également utile de se rendre compte que les objectifs du unschooling sont différents de ceux de l’école ou de l’école à la maison. Le but du unschooling est d’aider l’enfant à être qui il est en ce moment et de l’aider à grandir en qui il deviendra. L’objectif de la scolarisation est d’obtenir qu’un enfant arrive à un endroit précis qui, selon la société, sera un point de départ pour une carrière réussie (et à ne pas devenir un fardeau pour la société.)

Le but du unschooling peut être difficile à saisir.  Au premier abord, on peut avoir l’impression que les unschoolers ne se soucient pas de ce que les enfants deviennent. Mais ce que c’est, c’est faire confiance au  processus – que la curiosité constitue la meilleure base pour poursuivre ses buts dans la vie. Être en mesure de faire les choses qui nous passionnent est ce qui nous fait sauter hors du lit le matin. C’est ce qui nous rend prêts à supporter les choses que nous n’aimons pas, parce que nous savons que c’est ce qui nous permettra de faire quelque chose dont nous avons vraiment, vraiment envie.

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Et faire confiance aux enfants eux-même, au fait que ce sont des personnes à part entière qui veulent faire des choses dans la vie, pas seulement se laisser vivre. (Même – ou surtout – quand ce qu’ils font à présent peut sembler être tout ce dont ils se soucient.  C’est à ce moment là que nous avons le plus besoin de regarder plus loin et de savoir ce qui se passe réellement, plutôt que ce à quoi ça ressemble en surface.) Et faire confiance à l’instinct biologique, qui nous pousse à vouloir quitter la maison et mener notre propre vie. La biologie est ce qui motive les lions mâles à quitter la bande où ils sont nés, même s’il serait plus facile pour eux de rester.

Il est utile de réfléchir à la raison pour laquelle l’école fonctionne et la raison pour laquelle elle ne fonctionne pas. L’école produit des enfants honnêtes qui vont trouver un emploi et ne pas être un fardeau pour la société. Les gens peuvent vouloir qu’elle fasse plus, ou autre chose, mais c’est essentiellement pour ça qu’elle a été conçu.

Mais parfois, l’école échoue. Parfois, elle fonctionne pas trop mal.

Si l’apprentissage forcé fonctionne parfois et échoue parfois, alors ce n’est pas l’apprentissage forcé qui marche. Il y a d’autres facteurs qui font qu’apprendre sous la contrainte fonctionne. Et, malheureusement, ces facteurs ne sont pas contrôlables. Ils ont à voir avec la personnalité, le milieu familial, le milieu scolaire, le style d’apprentissage, et ainsi de suite. Si quelqu’un possède la bonne combinaison de tous ces facteurs – ils ont un style d’apprentissage qui correspond à l’école, ils ont des centre d’intérêts qui correspondent à ce qui est enseigné, ils ont une personnalité qui peut se conformer à se faire dire quoi apprendre et comment s’y prendre pour l’apprendre – alors l’apprentissage forcé «marchera» (c’est à dire, aura les résultats pour lesquels l’école est conçue.)

La beauté du unschooling est que ça ne dépend pas de la plupart des facteurs dont l’apprentissage sous contrainte dépend. Le unschooling s’adapte à l’enfant et à ses besoins, plutôt que ce soit à l’enfant de s’adapter aux besoins de l’école et aux besoins des projets que les adultes ont pour lui.

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La seule chose dont le unschooling dépend est d’un parent capable de respecter les centre d’intérêts de l’enfant (pas seulement les centres d’intérêts qui semblent pouvoir mener à une future carrière ou à quelque chose qu’il ferait à l’école) et de “semer” et nourrir et soutenir et servir de modèle. (Et apprendre à faire ça bien fait partie des but de la liste Always Learning 🙂

Il y a beaucoup plus à dire sur cela, mais c’est quand même un début!

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J’ai été ravie de lire la réponse, mais la question a fini par aller dans une direction différente de ce que j’attendais.

Je vois ça. Je répondais du point de vue d’enfants qui ont toujours fait du unschooling, s’ils évitent d’apprendre ou non. Peut-être que je vais ajouter cette réponse (ci-dessous) pour ceux qui s’interrogent sur leurs enfants scolarisés.

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Mes enfants ont été à l’école publique la plupart de leurs vies. J’aimerais faire du unschooling, mais quand je demande à mon fils ce qu’il aimerait apprendre, il répond qu’il ne sait pas. Si je lui montre quelque chose qui je pense pourrait l’intéresser et que je lui demande à nouveau il me dit encore qu’il ne sait pas.

La réponse est simple: Ne demandez pas! 😉

Plutôt que de demander ce qu’il aimerait apprendre, faites simplement ce qu’il aime, exposez-le à des choses qui pourraient l’amuser (et non-pas des choses qui seraient bonnes pour lui!)

Plutôt que de le regarder comme un récipient que vous voulez remplir, regardez-le comme une personne qui va vers ce qui l’intéresse. Plutôt que de regarder ce qui l’intéresse à travers la loupe de l’école, qui ne fait ressortir que ce qui est fait à l’école, regardez tout ce à quoi il s’intéresse: jeux vidéo, dessins animés, skate board, natation, jouer avec des amis, …

Pensez-y de cette façon: Que feriez-vous si votre mari vous tournait autour pour voir si vous alliez faire quelque chose qui ressemble à l’école, et vous demandait sans cesse ce que vous aimeriez apprendre ? Que diriez-vous ? Comment vous sentiriez-vous ?

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Comment obtenez-vous qu’un enfant qui a été désensibilisé par l’école ait à nouveau envie d’apprendre ?

Les enfants scolarisés (ou récemment déscolarisés) ont l’air de ne rien vouloir apprendre. Tout ce qu’ils veulent faire est jouer. C’est parce que:

  1. Les parents sont à la recherche de ce que fait l’enfant à travers une loupe scolaire. Si ça ne ressemble pas à quelque chose qu’un enfant ferait à l’école alors ça ne ressemble pas à de l’apprentissage.
  2. Les enfants ont besoin de temps et de la liberté de dire «non merci» à tout ce qu’ils associent à l’ennui et aux difficultés de l’école.
  3. Ils ont besoin de temps pour faire le plein de ce qui a été contrôlé ou autorisé à petites doses: regarder la télé, courir, « ne rien faire” (c’est-à-dire réfléchir!)

Les enfants qui ont été scolarisés à l’école ou à la maison ont besoin de temps pour se “déschooler” avant de pouvoir regarder toute la vie comme potentiellement intéressante. Au début, ils vont faire beaucoup de choses qui ressemblent à du pur divertissement. C’est parce que l’école peint une grande partie de la vie avec un pinceau d’ennui.  Les enfants associent «maths» et «science» et «lecture» et «écriture» et «histoire» au fait d’être forcés de lire et d’écouter et de mémoriser et de pratiquer des idées qui sont barbantes à mourir, de sorte que même s’ils avaient été intéressés au début, ils ont vite envie de les éviter.

Les jeux des enfants scolarisés ressemblent à éviter d’apprendre (ce qui est enseigné à l’école). C’est souvent le cas! (Ils ne peuvent pas éviter d’apprendre. Ils apprennent tout le temps. Mais ils peuvent éviter tout ce qui leur rappelle l’école!) Ils ont besoin d’un temps d’arrêt, où ils ne sont pas obligés d’étudier.  Alors les parents supposent qu’il est naturel pour les enfants d’éviter d’apprendre.  Ce n’est pas vrai. Les enfants veulent apprendre. Ils ne veulent pas – tout comme les adultes – être obligés d’étudier des choses qui n’ont aucun sens pour eux.

Combien d’enfants se ferment quand ils voient des pourcentages dans la vie réelle ?  Ce n’est pas parce que les pourcentages sont difficiles. C’est parce qu’à l’école ils sont difficiles: apprendre les détails de quelque chose dont vous avez eu peu d’expérience, et retiré de tout contexte auquel vous pourriez vous rapporter, est difficile. C’est comme mémoriser des règles de grammaire et de vocabulaire dans une langue que vous n’avez jamais entendu parlée. Dans la vrai vie, les pourcentages sont simplement un moyen utile de présenter de l’information: changer les dimensions des images dans un logiciel d’art, les points de vie qui vous restent dans un jeu vidéo, combien vous allez économiser sur un article en solde, les moyennes des joueurs de baseball …

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L’apprentissage des enfants non scolarisés ressemble aussi à du jeu, mais pour eux, le monde n’est pas divisé en apprentissage et jeu. Il est divisé en choses qui les intéressent et choses et qui ne les intéressent pas encore.  Gengis Khan, Bob l’éponge, les araignées, la comédie, le dessin, les biscuits, Songe d’Une Nuit d’Eté, le Seigneur des Anneaux, jouer au bon et au méchant, les maquettes de fusées, CSI: Miami, les animaux en peluche, les voitures Hot Wheels… Tout ça fait tout simplement partie de la vie qui les intéresse ou pas pour le moment. (Vous pouvez avoir, lorsque vous lisiez la liste, inconsciemment classifié les choses soit en « apprentissage » soit en « divertissement / jeu ». C’est une habitude qu’il est utile de reconnaître et d’essayer d’éliminer!)

L’apprentissage des enfants non-scolarisés ressemble à du jeu. Le processus est similaire à la façon dont ils ont acquis la maitrise du langage: ils n’ont pas décidé qu’ils voulaient apprendre à mieux parler afin qu’ils puissent vivre une vie meilleure. Ils ont simplement vécu leur vie et fait des choses qui les intéressaient.  Le langage était un outil qu’ils ont utilisé de temps en temps pour obtenir ce qu’ils voulaient, parce que c’était plus efficace que de pleurer 😉 L’effet secondaire de l’utilisation du langage, c’est qu’ils ont parlé de mieux en mieux. Et plus ils se sont améliorés, plus ils l’ont utilisé parce qu’il était plus utile. Et ils se sont donc encore améliorés.

C’est comme ça pour toute les choses qu’on apprend. Nous utilisons les choses et l’effet secondaire est que nous nous améliorons. Contrairement au message que nous recevons de l’école, nous n’avons pas besoin de comprendre quelque chose avant de l’utiliser. Nous avons juste besoin de comprendre assez pour le faire fonctionner. Et plus nous l’utilisons, mieux nous le comprenons. Nous utilisons un peu de notre savoir et nous le connectons à d’autres morceaux de connaissance et progressivement nous construisons notre compréhension du monde.

Si vous allez à la page où Sandra collectionne certains de mes écrits et cliquez sur « Transcript » (traduction en français ici), vous trouverez une bonne explication de comment fonctionne l’apprentissage naturel.

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Tous ça fait que, malheureusement, le unschooling est perçu comme: prendre du recul et laisser les enfants jouer. Mais, non, les parents ont un rôle actif. Plus actif après que les enfants ont fini de  “deschooler”. La meilleure chose que vous puissiez faire pendant qu’ils sont en phase de “deschooling” est de les laisser jouer. Et les aider à jouer. Invitez d’autres enfants à venir jouer chez vous. Assurez-vous qu’ils ont des choses avec lesquels ils aiment jouer. Soyez avec eux. Découvrez pourquoi ils aiment tellement quelque chose. Quand ils se sentiront libres – la règle générale est un mois pour chaque année où ils sont allés à l’école, à partir du moment où vous avez arrêter de faire pression sur eux pour apprendre quelque chose – offrez plus activement des choses à faire: des films, des émissions de télévision, des livres, des endroits où aller – restaurants ethniques, musées, balades en forêt, magasins cools ….

Recherchez les choses qui vous font plaisir dans la vie et votre enthousiasme infectera votre enfant 🙂 Tant que c’est un intérêt et un plaisir authentique! Si c’est un faux intérêt pour les amener à accorder une attention à quelque chose que vous pensez être bon pour eux, ils vont le remarquer et l’éviter. C’est la tactique dont ils ont été inondés depuis la maternelle: “L’apprentissage, c’est amusant!”

Il y a un autre article sur ma page sur le site de Sandra, “Cinq étapes vers le unschooling”, qui pourraient aussi vous aider.

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