Par quoi remplacer l’école, partie 2

De Pam Laricchia
Traduit de l’anglais américain par Christelle Lafourcade
L’article original : What to do instead of school – Part 2

Reprenons là où nous en étions à la fin de la partie 1. Plongeons vers d’autres suggestions de choses à faire à la place de l’école quand on pratique le deschooling.

Ne précipitez rien

img_0099

Désormais, l’essentiel réside dans l’édification de solides relations avec vos enfants. Il s’agit d’apprendre à bien les connaître. Soyez ouvert et permettez-leur de bien vous connaître également. Essayez de toujours avancer dans le unschooling en veillant à ne pas faire trop de changements brusques afin que votre famille ne perde pas pied – vous ne voulez pas les mettre dans une situation trop déstabilisante.

Si vous venez juste de retirer vos enfants de l’école ou si vous avez décidé de ne plus mettre en place un horaire contraignant d’école à la maison, il est probable que votre priorité actuelle consiste à explorer comment ils vont apprendre quand on ne leur impose pas de matière ni la façon d’intégrer celle-ci. Pour que le unschooling fonctionne bien au sein de votre famille, vous devez comprendre comment les gens apprennent en dehors de l’école jusqu’à ce que vous soyez familiarisé avec ça.

Un conseil : pendant cette succession de samedis, ne vous contentez pas de ne pas sortir de cahiers ou de ne pas asseoir vos enfants devant une leçon dans une vidéo en ligne. Veillez aussi à ne pas profiter d’un de leurs moments de spontanéité pour le transformer en « cours ».

Pourquoi?

Parce que cela interrompt leurs pensées, ce qui se déroule dans leur cerveau et les connexions qui s’y forment et parce que cela dérange également la façon dont votre cerveau traite ce qui se passe. Ce que vos enfants retirent d’une activité sur le moment peut être très différent de ce qui se dégage pour vous-même. Et c’est parfaitement bien ainsi. Alors, au lieu de vous précipiter et de risquer de prendre le contrôle, concentrez-vous sur vos enfants. Essayez de relever les indices qu’ils vous offrent – souvent, vous pouvez découvrir ce qu’ils perçoivent et ce sur quoi ils mettent l’accent en observant leur action suivante ou leur prochain commentaire. Guettez ce qu’ils regardent et ce qu’ils apprennent. C’est ce que je veux dire lorsque je parle de « regarder à travers leurs yeux » — ce que je répète assez souvent ;-). En agissant ainsi encore et encore, vous commencerez à vous apercevoir de la manière dont quelqu’un apprend quand il n’est ni contraint ni dirigé. Étudiez attentivement vos enfants. Non seulement vous verrez l’apprentissage en action grâce au unschooling mais, en plus, vous les connaîtrez mieux. Merveilleux!

Et souvenez-vous de laisser le temps qu’il faut à ce processus. Arrêtez-vous dès que vous vous surprenez à essayer de diriger leurs activités ou à les inciter à lire ou à écrire dans un journal une heure par jour. Le mot-clé ici est inciter. Si vous leur proposez de lire et qu’ils se joignent à vous avec joie, c’est parfait! Si vous pensez qu’ils pourraient vraiment aimer écrire ou dessiner dans leur propre journal, sortez ensemble pour aller en acheter un ou surprenez-les en en rapportant un à la maison la prochaine fois que vous allez faire des courses. Le deschooling consiste à découvrir vos motivations et vos attentes, puis à ne pas les charger sur le dos de vos enfants; aidez-les plutôt à découvrir les leurs. Cependant, si vous vous surprenez à glisser vers le rôle de professeur, ce n’est pas la fin du monde. Simplement, arrêtez-vous, rassemblez vos idées et recommencez. Observez ce qui se passe en direct. Je vous avais averti que vous seriez la personne qui aurait le plus besoin de deschooling, n’est-ce pas? Ha! Ha! Mais, je vous promets que vous vous amuserez en observant! Les enfants sont des apprenants extraordinaires lorsqu’ils baignent dans leurs intérêts et dans leurs passions. Et c’est notre cas également.

Accueillez les passions

IMG_9852 copy

Ce qui peut facilement faire trébucher un parent en cours de route, c’est la passion avec laquelle un enfant se plonge dans un intérêt pour lequel on l’avait limité jusque-là. Le plus souvent, je vois des parents s’inquiéter de « trop » de télévision, de films ou de jeux vidéo. Quelle que soit l’activité en question, on peut expliquer cette subjugation par le fait qu’elle a été restreinte. Une fois que la limite est levée, il y a de fortes chances pour que votre enfant en profite et s’y adonne à cœur joie. Et cela risque de prendre du temps pour rattraper celui où la chose était interdite! Il est également possible qu’il craigne que cette trêve ne soit que temporaire, c’est pourquoi il essayera de passer autant d’heures que possible à profiter de l’activité en prévision de la perte de cette liberté au moment où vous changerez finalement d’avis, et ce, surtout si vous avez déjà effectué ce genre d’allers et retours auparavant. Cela demandera du temps pour créer avec lui la confiance que cette liberté ne sera pas révoquée. Quand il commencera à vraiment croire qu’il est libre de choisir ces activités à tout moment et lorsqu’il aura fait le plein de ce qui lui manquait lorsqu’il y avait des restrictions; il se sentira, petit à petit, en sécurité et libre de faire d’autres choix.

Si vous vous trouvez dans cette situation, peut-être que vous pourriez vous poser quelques questions pour cerner le problème. Serais-je inquiet si leur passion était la lecture? Ou un sport? Est-ce le temps qu’ils y passent qui me préoccupe le plus? S’agirait-il de la passion de leur vie sur laquelle ils pourraient passer avec bonheur 10 000 heures? Les lecteurs pourraient-ils devenir des écrivains et les joueurs des programmeurs? Ceux qui visionnent des films seraient-ils destinés à être réalisateurs? Est-ce que je me sens seulement à l’aise si je pense à cette période comme à une formation pour une carrière? Quand j’étais enfant, à quoi ai-je consacré de longues heures? Est-ce devenu une carrière? Si ce n’est pas le cas, ce temps a-t-il été gaspillé? Pour ma part, j’ai investi d’innombrables heures chaque année, pendant treize ans, dans la danse classique, mais je ne suis pas devenue une ballerine pour autant. Est-ce du temps perdu? Certainement pas. C’était la fenêtre à travers laquelle j’en apprenais sur moi-même. Vos enfants sont-ils engagés, heureux et stimulés? Travaillent-ils avec ardeur pour comprendre des choses et progresser? Même s’ils vivent de la frustration? N’est-ce pas plutôt réjouissant?

Il est également possible qu’il s’agisse pour eux de l’outil d’apprentissage qu’ils privilégient pour le moment, et que vous ne voyiez pas cette passion faiblir avant longtemps. Cependant, ce qui est formidable, c’est que, pendant qu’ils s’adonnent à leur passion, vous passerez beaucoup de temps avec eux pour les observer, avoir des discussions ou les aider à explorer leur intérêt. Donc, si cela ne s’efface pas après une certaine période, il est très probable que vous en arriviez à un point où vous serez à l’aise avec cet outil d’apprentissage. Tout peut tenir lieu de fenêtre sur le monde et sur soi.

Analyser les habitudes

En examinant vos motivations, vos attentes, votre compréhension de l’apprentissage et de la vie, il est possible que vous, ainsi que vos enfants, commenciez à remettre en question la myriade de règles qui nous entourent chaque jour. Cela peut être une excellente source de questionnements mais, si le processus devient fatigant, vous pourriez être tenté de baisser les bras en déclarant vos règles familiales nulles et non avenues. S’il vous plaît, essayez d’éviter cela. Je pense que cela risque de ressembler à la perte de stabilité que j’ai mentionnée au début de ce texte. Cela ne serait pas plus plaisant et pourrait même compliquer la situation.

16895407068_cf2341b210_bPourtant, il vaut mieux examiner les règles strictes – au moins quand quelqu’un se rebiffe à ce sujet. Le dîner est à 18 h? On se couche à 21 h? Pourquoi? Quel but est visé ici? Y a-t-il un autre moyen d’atteindre ce but? Parlez des règles, exprimez vos pensées, écoutez attentivement et respectueusement les leurs. Et faites cela dans des moments de détente, non pas lorsque l’énergie des luttes de pouvoir est dans l’air.

Ce qui pourrait vous aider, c’est de changer votre angle de vue en transformant les règles en routines. Prenons l’exemple de l’heure du coucher. Le but est-il d’aller dormir quand on est fatigué? Les circonstances pourraient-elles changer au jour le jour? Est-ce que c’est le cas pour vous? Êtes-vous parfois fatigué à 20 h et, d’autres fois, à 22 h ou à minuit? Qu’est-ce qui serait différent si vous pensiez que l’heure du coucher était une routine pour aider vos enfants à s’endormir quand ils sont fatigués, plutôt qu’une règle fixe avec vos yeux rivés sur l’horloge? Vous semble-t-il raisonnable de les aider à écouter leur corps et à suivre les signaux que celui-ci envoie, plutôt que d’essayer de contrôler ce corps en fonction de facteurs extérieurs? Quelles que soient vos réponses, il est préférable de savoir ce que vous pensez et d’agir en conséquence plutôt que de suivre aveuglément les règles.

Un autre aspect utile du fait de réfléchir en termes de routines plutôt que de règles, c’est que, pour beaucoup d’enfants (et d’adultes!), les routines sont rassurantes puisque l’on sait à quoi s’attendre avec elles. En effet, elles favorisent les transitions : une routine de détente pour se préparer à aller au lit quand les enfants sont fatigués; une routine pour s’apprêter à sortir sans rien oublier; une routine apaisante pour surmonter la frustration, etc. Tout revient à connaître et à comprendre vos enfants. Ainsi que vous-même.

Vous pouvez également consulter les articles sur le thème « En quoi le unschooling diffère-t-il de l’école? ». Il y a un message en particulier que je ne réexpliquerais pas ici concernant les raisons de l’utilité d’éviter les leçons pendant le deschooling. (NDT: l’article auquel Pam se réfère est le dernier dans la série et n’a pas encore été traduit). Si vous êtes curieux de savoir à quoi pourrait ressembler un apprentissage non scolarisé, vous trouverez également des articles sur la façon dont les enfants apprennent à lire, à écrire et à compter en dehors de l’école.

img_9499-copy

Soyez patient. Le deschooling est une période de dégourdissement, de croissance, d’analyse, de jeu, d’apprentissage, d’observation, d’exploration et de présence à sa famille. C’est stimulant et magnifique. C’est tout autant du travail que du plaisir. N’oubliez pas de savourer ces moments.

Publicités