Apprendre à écrire pour communiquer

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Learning To Write is About Communication
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

L’écriture est une autre de ces compétences de base que de nombreux parents ont peur de ne pas enseigner, au début de leur exploration du unschooling. Revenons à la vue d’ensemble de la communication, que j’ai abordée dans “Apprendre à Lire sans Leçons”:

Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est “quelque chose qu’on doit faire”, et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs.

Tout comme il existe des raisons réelles pour apprendre à lire, il y a de vraies raisons pour apprendre à écrire. Pas pour obtenir des bons points ou des autocollants, pas pour avoir de bonnes notes, mais pour communiquer. Et encore une fois, les enseignants ont besoin de pousser les enfants à développer ces compétences à un âge précoce parce qu’ils dépendent de la communication écrite. La plupart des jeunes enfants préfèrent jouer activement: jouer, jouer, et encore jouer. Et s’ils choisissent de faire ça, c’est que c’est la meilleure façon pour eux d’apprendre à se connaître et à comprendre le monde qui les entoure.

IMG_7807

Les besoins d’un enfant en matière de communication écrite ne font souvent surface que quelques années plus tard, quand leur monde commence à s’élargir au-delà de leur entourage immédiat. Leurs parents ne possèdent plus toutes les réponses à leurs questions. Leurs centres d’intérêts commencent peut-être à  s’étendre  au-delà de leur portée locale, et ils veulent communiquer avec ceux qui partagent leur passion mais qui habitent loin. Ils veulent lire pour recueillir plus d’informations, ils veulent écrire pour poser des questions à d’autres ou pour partager leurs propres connaissances. Ou partager leurs histoires. Ou communiquer avec les autres dans un contexte social. Quand leur monde s’étend, il existe tellement de raisons et de possibilités réelles d’écrire.

Mais avant de nous plonger là dedans, nous allons faire un détour rapide pour explorer l’acte physique de l’écriture. À l’école, avoir une écriture lisible est important. Lorsque les devoirs et les interrogations écrites sont mal interprétés ou illisibles, on perd des points. Et quand on perd des points, les notes en souffrent. Mais quand on sort du contexte de l’école, l’écriture reste-t-elle une compétence aussi importante ? D’une façon plus générale, qu’est-ce qu’on essaye accomplir ? Une communication qui persiste dans le temps. La méthode employée pour produire cette communication n’est pas primordiale.

Dans le monde d’aujourd’hui, la communication électronique est devenue omniprésente. Taper sur un clavier ne relève plus uniquement du domaine de compétences des secrétaires et des écrivains, mais de tout le monde. Les seules fois où j’ai écrit à la main ces dernières années étaient pour mon usage personnel – je serais perdue sans mes listes! – mais je pourrais même gérer celles-ci électroniquement, si c’était ma préférence. De toutes manières, si une personne ressent le besoin de communiquer avec une autre en écrivant à la main, et que la communication souffre du fait qu’il est difficile de déchiffrer les messages, ça sera une excellente motivation pour écrire plus lisiblement. Parce que quand on a un besoin, on a une motivation interne, et on est plus réceptif à l’information – on apprend vraiment. Ou alors, le pharmacien appellera simplement le bureau du médecin pour confirmer les détails de l’ordonnance. 😉

IMG_7814

Mon fils aîné a appris à bien taper sur un clavier en quelques semaines, parce qu’il voulait communiquer avec les autres joueurs, dans un jeu en ligne. Si vous avez lu l’article sur le cheminement de ma fille vers la lecture, vous avez sans doute remarqué qu’elle écrivait les scènes intéressantes dans les livres de Harry Potter. Au lieu de lire un livre puis d’en écrire l’exposé parce que c’est ce qui est demandé par la maîtresse, les enfants qui font du unschooling trouvent des raisons réelles pour écrire, des raisons qui ont un sens pour eux au cours de leurs journées, et qui les motivent à le faire relativement bien. Ils découvrent que le succès de la communication dépend de la façon dont le destinataire comprend le message écrit. Ils découvrent qu’il y a différents niveaux de formalité écrite, en fonction de la situation.

Et n’oubliez pas que quand ils sont engagés dans une conversation écrite réelle, ils communiquent avec une autre personne – peut-être en temps réel, par texto ou tchat en ligne, peut-être avec un petit délai par le biais de forums électroniques, ou peut-être sur des périodes encore plus longues à travers des livres, des magazines et des sites web internationaux. La communication n’est pas un acte solitaire. L’apprentissage de la communication écrite ne démarre pas à partir de zéro quand ils décident de s’y essayer; ils l’ont observé en action au fil des années quand ils lisaient ou que quelqu’un d’autre leur faisait la lecture. Les textes qui les inspirent à répondre sont aussi des guides pour savoir comment répondre.

IMG_4233

J’ai mentionné plus haut que les compétences en dactylographie de mon fils aîné se sont développées par le biais de jeux en ligne. Son désir de communiquer avec d’autres personnes qui partageaient sa passion pour les jeux vidéos l’a emmené à consulter des forums en ligne. Dans un premier temps il a lu sans participer – juste pour obtenir une idée du ton et des attentes de la communauté. Il a repéré les formes de communication écrite qui fonctionnaient le mieux – c’est à dire les messages qu’il trouvait les plus intéressants, ceux qui l’ont aidé à en apprendre d’avantage sur le sujet. Il a remarqué que l’orthographe, la grammaire et la ponctuation faisait une différence dans la façon dont le message était reçu.

Quand il s’est enfin décidé à participer, il voulait que sa communication soit claire, et il a donc incorporé ces conventions linguistiques à son style de rédaction. Les réponses fournissaient aussi un retour d’information immédiat: si ce qu’il écrivait était mal compris, c’était un indice; s’il n’y avait pas de réponses, c’était un indice. C’était de la communication réelle. Et puis, vous êtes là pour répondre à leur myriade de questions, comme «Pourquoi ce mec-là poste toujours des trucs quand il sait très bien que ça va faire enrager les autres ? » Il a aussi appris les nuances de la communication écrite au-delà de la grammaire.

_MG_9811

Ou peut-être qu’ils commencent par copier des textes qu’ils aiment (comme ma fille et Harry Potter) et finissent par ajouter leurs propres idées (elle a ensuite écrit des textes de fan fiction). Quand elle a voulu recevoir des critiques constructives sur ses écrits, elle a posté ses histoires sur un forum de fan fiction en ligne. Ensuite, elle a commencé à écrire des histoires sur ses propres mondes imaginaires. Parfois manuscrites, parfois dactylographiées – c’était toujours de la communication. Au début de son adolescence, son processus de communication est devenu visuel, par le biais de la photographie. Aujourd’hui, elle apprend le style de langage et de communication qui appartient aux contrats et aux relations avec les clients (NdT: elle est photographe professionnelle.)

Pour mon plus jeune, pour le moment, la communication écrite est la plupart du temps un outil pour ses interactions sociales. Mais même là, en me basant sur les textos qu’il m’envoie, je peux voir qu’il est assez à cheval sur la grammaire et la ponctuation.  Et quand bien même il ne le serait pas, ça ne me dérangerait pas. Ce qui est important c’est l’individu, c’est de faire attention à ce qui est intéressant pour *lui*, car c’est là que l’apprentissage est utile.

_MG_9989

La vie, si elle est vécue activement, en étant ouvert aux possibilités, donne à chacun la chance d’acquérir les compétences qui l’aideront au mieux à suivre sa propre voie – cela inclut la communication écrite. Ce qui est merveilleux, chez les enfants qui font du unschooling, c’est qu’ils ont le temps d’explorer, le temps de trouver les choses qui les intéressent et de développer les compétences qui leur seront utiles dans leur vie, au lieu de passer une grande partie de leur enfance dans une salle de classe, déconnectés de la vie, à essayer de maîtriser des compétences que d’autres pensent qu’ils pourraient avoir besoin un jour.

Comment pouvez-vous aider ?  Soyez ouverts avec vos enfants et partagez avec eux vos expériences avec la communication écrite. Avez-vous écrit une lettre au rédacteur en chef de votre journal local ? Ou participez-vous à des discussions intéressantes sur un forum en ligne? Ou venez-vous de recevoir une lettre-type particulièrement ridicule qui vous a fait rire ? Partagez ces moments avec vos enfants. Pas dans l’attente d’une réponse, mais parce que ce sont des bribes intéressantes de communication dans le monde. Partagez. Partagez. Partagez. Vivez et apprenez ensemble.

Publicités

Apprendre à lire sans leçons

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Learning to Read without lessons
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

La semaine dernière, j’ai exploré certaines des différences fondamentales entre le unschooling et l’école. Mais même si cela paraît intéressant et assez logique, il peut être difficile de lâcher complètement l’idée que les compétences de base doivent quand même être enseignées: “Une fois que mon enfant saura lire et écrire,  je me sentirais suffisamment à l’aise pour le laisser explorer ses centres d’intérêts librement.”

_MG_0385

Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est “quelque chose qu’on doit faire”, et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs .

Ce type de processus d’apprentissage diffère de l’apprentissage axé sur les leçons en deux points majeurs. Tout d’abord, il n’y a pas de calendrier ou d’emploi du temps externe. Et en second lieu, la définition des compétences est plus large, tout comme le monde est plus vaste que la salle de classe.

Cette semaine, nous allons aborder le sujet de la lecture.

IMG_3112

À l’école, les enseignants ont besoin que les élèves apprennent à lire le plus tôt possible, car c’est un moyen efficace pour communiquer avec une salle remplie d’élèves. Le système éducatif est conçu autour de la communication écrite: les enseignants utilisent des livres de cours et des cahiers d’exercices pour partager l’information avec les élèves, et se basent sur des examens écrits pour évaluer les progrès.  Il n’est donc pas étonnant que les enfants qui savent lire tôt y sont plus valorisés. C’est d’autant plus difficile pour les jeunes enfants, parce qu’ils n’ont pas encore vraiment besoin de lire au-delà de l’école: leur passion est le jeu actif.  Malheureusement, les enfants qui n’apprennent pas à lire selon le calendrier de l’école sont triés et étiquetés et jugés inférieurs.

Avec le unschooling, la lecture précoce n’est pas nécessaire parce que nous avons le temps de communiquer avec nos enfants en nous servant d’outils qu’ils maîtrisent déjà. Nous pouvons parler avec eux, nous pouvons interpréter le langage du corps et des émotions, nous n’avons pas besoin de nous appuyer sur la lecture. Notre communication est riche.

IMG_0666

À l’école, le processus d’apprentissage de la lecture est réduit à réciter l’alphabet, remplir des feuilles d’exercices de phonétique et pratiquer la prononciation.  On décerne le label «lecteur» aux enfants quand ils savent déchiffrer un livre de lecture. Mais ce n’est que le début: ils doivent rester à la hauteur. Ils se sentent poussés à continuer à se développer au même rythme que le programme, ou ils risquent de perdre leur badge d’honneur.

Avec le unschooling, les enfants sont entourés par l’environnement lettré du monde réel. Ils voient la valeur réelle de la lecture: le dialogue et les instructions dans leurs jeux vidéo, les pancartes dans les magasins pour trouver leur nourriture préférée, les statistiques sur leurs cartes de jeu, des sites web sur les choses qu’ils aiment, des livres et des magazines remplis d’informations et de récits intéressants. Pourtant, cette valeur n’est pas tenue au dessus de leurs têtes comme une motivation perverse à apprendre plus vite: «essaye de lire tout seul! » Les parents unschoolers sont heureux de lire pour leurs enfants jusqu’à ce qu’ils soient prêts à le faire eux-mêmes. Et apprendre est plus facile, et plus efficace, sans cette pression extérieure. Voici une observation intéressante que j’ai faite au fil des ans: les enfants qui font du unschooling sont plus susceptibles de se dire “lecteurs” une fois qu’ils sont capables de lire aisément un livre de niveau adulte. C’est ce à quoi ressemble la lecture dans le monde réel.

IMG_0365

Comme je l’ai mentionné précédemment, le système éducatif est conçu autour de la communication écrite, donc être en mesure de lire est primordial pour réussir dans cet environnement. Ne pas être capable de lire met les élèves en situation désavantageuse dans *toutes les matières*. Mais sans cette contrainte, les unschoolers absorbent des informations tout aussi efficacement de nombreuses autres façons! Vous pouvez les trouver en train de regarder des vidéos (des documentaires, des chaînes spécialisées, des vidéos amateurs, … ), de découvrir et d’explorer par eux-même (dans des centres de sciences, musées, zoos, …) ou de jouer avec à peu près n’importe quoi (des ordinateurs, des logiciels de conception de jeux vidéo, des instruments de musique, des appareils photo, dehors en train d’explorer, …) En fait, pour beaucoup de gens, la lecture n’est ni le moyen préféré, ni la façon la plus efficace, d’apprendre de nouvelles choses. A l’école, l’apprentissage est compromis pour les enfants qui apprennent à lire tard, mais ce n’est pas le cas avec le unschooling.

La logique est la même pour la fiction: en dehors de la salle de classe, il y a plusieurs façons de découvrir des histoires, au-delà de la lecture. Le monde est plein de récits racontés par différents moyens: séries télé, films, bandes dessinées, jeux de société, jeux vidéo, pièces de théâtre, conteurs, livres audio. Je me souviens avec émotion des nombreuses heures agréables passées à lire à haute voix à mes enfants.  L’accès aux histoires ne dépend pas de la capacité de lire.

_MG_9783

Les âges auxquels les enfants sont capable de rassembler les nombreuses pièces du puzzle de la lecture varient énormément. Essayer de rajouter des leçons à ce processus implique non seulement que l’apprentissage doit se faire selon le calendrier de quelqu’un d’autre, mais que l’intérêt de l’enfant et ses questions et connexions personnelles ne sont en quelque sorte pas dans le « bon » ordre pour rassembler les morceaux du puzzle de l’apprentissage de la lecture.

Mais n’en déduisez pas que ne pas donner de leçons signifie que les parents unschoolers ne font rien. Au contraire, nous sommes très impliqués dans le processus. Simplement, au lieu de suivre un programme prédéterminé qui est censé emmené l’élève à la lecture, nous participons activement à la vie avec nos enfants. Les mots sont partout. Nous leur faisons la lecture, nous répondons à leurs questions sur les mots – avec des réponses directes, et non des  mini-leçons improvisées. Peut-être qu’ils aiment les jeux de mots, ou mettre les sous-titres quand ils regardent des films, ou écouter un livre audio en suivant avec le livre. Pour chaque personne, les connexions dans le cerveau se font différemment, donc les choses qui stimulent ces connexions seront différentes. S’ils ne lisent pas, c’est probablement parce que leur cerveau n’est pas encore prêt pour cela. La culpabilité et la pression n’aideront pas leur cerveau à établir ces liens et à se développer plus rapidement. Ce qui aidera, c’est d’explorer le monde à travers leurs propres yeux.

IMG_1228

J’ai écrit un article pour le magazine Life Learning, en 2004, sur le cheminement de ma fille vers la lecture. Voici le lien, si ça vous intéresse: « Je sais lire, tu sais »

En dehors de la salle de classe, il y a tellement de façons de découvrir et d’apprendre sur le monde sans passer par la lecture. Et en plus de ça, les enfants qui apprennent à lire plus tard ne se sentent pas défectueux – ils apprendront à lire selon leur propre calendrier, et ajouteront cette façon-là de découvrir des histoires et de recueillir des informations à leur répertoire déjà abondant.

« Je sais lire, tu sais! »

Traduction de l’article de Pam Laricchia  « I can read, you know! »
Publié dans:
Life Learning Magazine, May/June 2004
Photos de Lissy Larrichia quand elle était enfant.
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

« Je sais lire, tu sais! » répliqua nonchalamment ma fille de neuf ans à son frère aîné l’été dernier. Je ne me souviens même pas ce qu’il lui avait dit, mais la réponse fut remarquable. Ce fut un tournant pour elle, de déclarer qu’elle pouvait lire.

J’avais retiré mes trois enfants de l’école un peu plus d’un an avant cet incident. Ou, plus justement, ils avaient sauté sur l’occasion de partir quand elle leur avait été offerte! À l’époque, ma fille était en deuxième année (Ndt: équivalent du CE1) et l’une des élèves préférées de sa maîtresse. C’était une bonne élève et elle semblait prendre plaisir à aller à l’école, même si elle était dans l’un des groupes les plus faibles en lecture. J’ai donc été surprise, bien qu’agréablement, qu’elle aie été sur un petit nuage pendant trois jours en envisageant le fait de ne pas avoir besoin de retourner à l’école après les vacances de mars.

Même si elle avait lu les premiers livres de lecture donnés par l’école sans trop se plaindre, elle ne voulait pas lire de livres une fois à la maison. On pouvait souvent l’entendre déclarer « je ne peux pas lire”, et rien de ce que je disais ne pouvait la convaincre du contraire. Je lui ai dit que si ça l’intéressait de lire un livre elle-même, elle pouvait me demander n’importe quel mot qu’elle rencontrerait et qu’elle ne connaissait pas encore, et je le lirai pour elle. Non merci fut sa réponse.

J’ai donc complètement lâché prise; aucune pression ou attentes. En même temps j’ai veillé à lire des livres à haute voix pour elle et ses frères à peu près tous les jours. Son frère aîné avait reçu le premier livre de Harry Potter, donc nous avons commencé par là. Tous ont énormément apprécié l’histoire et nous avons lu les quatre livres de nombreuses fois, avons attendu avec impatience la sortie du cinquième livre en juin, puis l’avons dévoré ensemble en trois jours. Si un film que nous regardions était basé sur un livre, je pouvais le mentionner. Si quelqu’un posait une question dont la réponse devait être cherchée dans un livre, je le faisais moi-même. Les livres étaient juste une autre partie de notre vie, je n’en faisais pas tout une histoire. Et quand elle me le demandait, je lisais pour elle. Ou son frère aîné le faisait, généralement quand ils étaient en train de jouer à des jeux vidéo. Je lui ai dit en passant que je découvrais encore de nouveaux mots, que personne ne les connaît tous … et ça a probablement aidé de me voir buter en essayant de prononcer des mots nouveaux et des noms dans les livres de Harry Potter.

De temps en temps, elle lisait un mot ou deux, ici et là. Occasionnellement je le lui faisais remarquer, mais elle insistait quand même sur le fait qu’elle ne pouvait pas lire. Il semblait que sa définition d ‘«être capable de lire» était d’être capable de lire les livres de Harry Potter couramment. Ou, plus généralement, je pense, être capable de lire et de comprendre des «vrais» livres, ceux au niveau de son vocabulaire, de sa compréhension et de son intérêt, pas des livres de lecture débutants où le vocabulaire est limité et l’histoire sacrifiée sur l’autel du « savoir lire ». Je sais maintenant que c’était un bon raisonnement. Où est l’urgence?

Notre première année d’apprentissage naturel s’est passée comme ça. Mais je pouvais voir des indices. Comme toujours avec le unschooling, les moments venaient à l’improviste et passaient ensuite. C’est quand vous les mettez tous ensemble sur une certaine période de temps que vous pouvez commencer à voir l’image en train de prendre vie sur la toile. Pendant nos trajets en voiture, elle commença à faire des commentaires sur les panneaux. Intéressant. Et à lire des trucs sur les publicités à la télé. Très intéressant.

Et puis, comme sorti de nulle part, l’été dernier, son commentaire à son frère: «Je sais lire, tu sais! » Ça peut ne pas sembler beaucoup, mais je sentais qu’elle avait pris un tournant. Même si elle n’avait pas encore pris un livre pour le lire, même si elle déclarait encore ouvertement qu’elle «détestait les livres», dans son esprit, il ne s’agissait plus d’ »être un lecteur », il s’agissait d’être intéressé par la lecture.

J’avais lu les livres de Harry Potter aux enfants à maintes reprises durant l’année et nous les avions enfin obtenus sur CD à la mi-été. Les garçons avaient eu leur dose, mais elle se blottissait régulièrement dans sa chambre pour les écouter. Parfois, je lui apportais de la nourriture, ou du thé, et elle souriait et disait merci et continuait d’écouter.

Septembre arriva et après les avoir écoutés tous les cinq un certain nombre de fois elle commença à écrire les choses qui lui semblait intéressantes: le discours de Dolorès Ombrage, la prophétie, l’énigme du Sphinx, les noms des centaures, les indices qu’elle constatait et étaient communs d’un livre à l’autre, etc. Je remarquais que son carnet se remplissait vite, et une nuit, alors que je faisais les courses, je lui en achetai un nouveau, que je pensais qu’elle aimerait. Elle apprécia vraiment et l’utilisa pour ses «bonnes copies» – elle dit que parfois elle écrit si vite qu’il est difficile de lire.

Écrire l’a conduite à rechercher des choses dans les livres, car parfois elle ne parvenait pas à bien comprendre les mots à partir des CD.

Elle prit les cinq livres dans sa chambre et les plaça à côté du lecteur CD pour y avoir accès plus rapidement. Peu de temps après, elle mentionna qu’elle suivait parfois dans le livre tout en écoutant. Je pensais que c’était chouette.

Puis, un après-midi quelques jours plus tard, elle descendit de sa chambre pour me montrer qu’elle avait lu les deux premiers chapitres de “L’Ecole des Sorciers”! Et elle dit qu’elle était très surprise de voir que les mots ne sont pas aussi difficile que dans son souvenir (quand elle regardait les livres quand j’ai commencé à les lui lire, j’imagine). Et elle fit remarquer que la plupart des mots dans les livres de Harry Potter sont plus difficiles à lire, car ce sont des mots inventés, qu’elle ne voit pas ailleurs. Chouette! Elle passa le lendemain matin dans son lit et lut jusqu’au chapitre quatre. Elle était très contente d’elle. Les jours suivants, elle lut dans son lit tous les matins et à divers moments de la journée et de la nuit. Une nuit, elle emmena sa couverture chauffante dans la cour arrière jusqu’à la balançoire, sortit la rallonge, apporta ses oreillers et une lampe de poche et s’installa pour lire … jusqu’à ce qu’il commence à pleuvoir! Elle était tellement enthousiasmée qu’elle apportait le livre partout et disait sans cesse « je veux lire » en cherchant un endroit tranquille. Et je trouvais discrètement un moment ici et là pour filer trouver où elle se terrait et l’entreapercevoir plongée dans un livre.

Tout au long du mois d’octobre, elle fonçait encore à toute vapeur dans la lecture et l’écriture, elle se plongeait dans les mots. Terminer la lecture de “L’Ecole des Sorciers” ne lui prit pas beaucoup de temps et elle commença vite “La Chambre des Secrets”, mais après quelques chapitres elle dit que c’était assez ennuyeux car elle savait déjà tout. Elle dit qu’au moins pendant qu’elle écoutait des livres audio elle pouvait aussi faire d’autres choses. Et wow, elle en fait des autres de choses! Hmmm, voyons si je peux en citer quelques-unes: coudre des costumes pour ses animaux en peluche; coudre des coussins pour les vendre; créer des bijoux en fil de fer en utilisant des perles qu’elle a trouvées autour de la maison et des fermoirs qu’elle crée elle-même; réparer les coussins du canapé, des pyjamas et des bas de Noël. Puis elle repassa à l’écriture – elle marqua tous ses endroits préférés dans les livres et écrivit de nombreux signes, lettres, chansons, etc. qu’elle trouva dans le scénario. Parfois, elle les écrivait à la main, parfois, elle les tapait à l’ordinateur. Certains sont accrochés à sa porte, d’autres placés en décoration autour de sa chambre, et d’autres encore stockés en sécurité pour être utilisés comme accessoires au concours de jeunes talents à la conférence Live and Learn cet été (Ndt: conférence de unschooling qui a eu lieu annuellement de 2002 à 2008.) Encore des jeux avec les mots.

En Novembre, elle sortit notre livre “les mondes magiques de Harry Potter” et les jours suivants, elle lut régulièrement. Passant en douceur au-delà de la saga Harry Potter à un livre qui avait probablement encore un vocabulaire avec lequel elle était à l’aise, elle nourrissait en même temps sa passion. De temps en temps elle me lisait certains passages à voix haute et à d’autres moments elle m’expliquait ce qu’elle avait lu. Puis, quelques semaines plus tard, elle lisait tout les emails envoyés par ses amis de la conférence. Jusque-là elle m’avait toujours demandé de les lui lire. Puis elle prit un livre de Alice Roy dans notre bibliothèque à la maison, et commença à le lire. Elle était maintenant décidément plus à l’aise avec la lecture et s’étendait au-delà de son domaine initial « Harry Potter ».

Je trouve ça tellement intéressant de suivre son chemin vers la lecture, qui commença à l’école avec les livres de lecture pour débutants. Mais elle rejeta ces livres une fois rentrée à la maison. Elle ne fit aucune tentative de lecture de son propre chef l’année et demie suivante, mais écouta beaucoup la série Harry Potter et quelques autres livres que je lus pour eux. Puis il y eut une percée quand elle déclara qu’elle pouvait lire, le point crucial n’étant plus de devenir un lecteur mais de s’intéresser à la lecture. Trouvant un intérêt passionné, au cours d’un mois elle passa à toute vitesse les étapes: écrire en écoutant les livres audio, chercher des informations dans les livres, suivre la lecture dans les livres, puis lire un des livres de façon indépendante. Je suis tellement reconnaissante que le unschooling lui ait permis de trouver sa propre voie vers la lecture.

Et, il y a quelques semaines, nous discutions dans la cuisine et elle posa une question au sujet d’un livre sur les noms que nous avions et puis s’écria avec une horreur feinte « Arghh! Je deviens un rat de bibliothèque! »