Par quoi remplacer l’école, partie 2

De Pam Laricchia
Traduit de l’anglais américain par Christelle Lafourcade
L’article original : What to do instead of school – Part 2

Reprenons là où nous en étions à la fin de la partie 1. Plongeons vers d’autres suggestions de choses à faire à la place de l’école quand on pratique le deschooling.

Ne précipitez rien

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Désormais, l’essentiel réside dans l’édification de solides relations avec vos enfants. Il s’agit d’apprendre à bien les connaître. Soyez ouvert et permettez-leur de bien vous connaître également. Essayez de toujours avancer dans le unschooling en veillant à ne pas faire trop de changements brusques afin que votre famille ne perde pas pied – vous ne voulez pas les mettre dans une situation trop déstabilisante.

Si vous venez juste de retirer vos enfants de l’école ou si vous avez décidé de ne plus mettre en place un horaire contraignant d’école à la maison, il est probable que votre priorité actuelle consiste à explorer comment ils vont apprendre quand on ne leur impose pas de matière ni la façon d’intégrer celle-ci. Pour que le unschooling fonctionne bien au sein de votre famille, vous devez comprendre comment les gens apprennent en dehors de l’école jusqu’à ce que vous soyez familiarisé avec ça.

Un conseil : pendant cette succession de samedis, ne vous contentez pas de ne pas sortir de cahiers ou de ne pas asseoir vos enfants devant une leçon dans une vidéo en ligne. Veillez aussi à ne pas profiter d’un de leurs moments de spontanéité pour le transformer en « cours ».

Pourquoi?

Parce que cela interrompt leurs pensées, ce qui se déroule dans leur cerveau et les connexions qui s’y forment et parce que cela dérange également la façon dont votre cerveau traite ce qui se passe. Ce que vos enfants retirent d’une activité sur le moment peut être très différent de ce qui se dégage pour vous-même. Et c’est parfaitement bien ainsi. Alors, au lieu de vous précipiter et de risquer de prendre le contrôle, concentrez-vous sur vos enfants. Essayez de relever les indices qu’ils vous offrent – souvent, vous pouvez découvrir ce qu’ils perçoivent et ce sur quoi ils mettent l’accent en observant leur action suivante ou leur prochain commentaire. Guettez ce qu’ils regardent et ce qu’ils apprennent. C’est ce que je veux dire lorsque je parle de « regarder à travers leurs yeux » — ce que je répète assez souvent ;-). En agissant ainsi encore et encore, vous commencerez à vous apercevoir de la manière dont quelqu’un apprend quand il n’est ni contraint ni dirigé. Étudiez attentivement vos enfants. Non seulement vous verrez l’apprentissage en action grâce au unschooling mais, en plus, vous les connaîtrez mieux. Merveilleux!

Et souvenez-vous de laisser le temps qu’il faut à ce processus. Arrêtez-vous dès que vous vous surprenez à essayer de diriger leurs activités ou à les inciter à lire ou à écrire dans un journal une heure par jour. Le mot-clé ici est inciter. Si vous leur proposez de lire et qu’ils se joignent à vous avec joie, c’est parfait! Si vous pensez qu’ils pourraient vraiment aimer écrire ou dessiner dans leur propre journal, sortez ensemble pour aller en acheter un ou surprenez-les en en rapportant un à la maison la prochaine fois que vous allez faire des courses. Le deschooling consiste à découvrir vos motivations et vos attentes, puis à ne pas les charger sur le dos de vos enfants; aidez-les plutôt à découvrir les leurs. Cependant, si vous vous surprenez à glisser vers le rôle de professeur, ce n’est pas la fin du monde. Simplement, arrêtez-vous, rassemblez vos idées et recommencez. Observez ce qui se passe en direct. Je vous avais averti que vous seriez la personne qui aurait le plus besoin de deschooling, n’est-ce pas? Ha! Ha! Mais, je vous promets que vous vous amuserez en observant! Les enfants sont des apprenants extraordinaires lorsqu’ils baignent dans leurs intérêts et dans leurs passions. Et c’est notre cas également.

Accueillez les passions

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Ce qui peut facilement faire trébucher un parent en cours de route, c’est la passion avec laquelle un enfant se plonge dans un intérêt pour lequel on l’avait limité jusque-là. Le plus souvent, je vois des parents s’inquiéter de « trop » de télévision, de films ou de jeux vidéo. Quelle que soit l’activité en question, on peut expliquer cette subjugation par le fait qu’elle a été restreinte. Une fois que la limite est levée, il y a de fortes chances pour que votre enfant en profite et s’y adonne à cœur joie. Et cela risque de prendre du temps pour rattraper celui où la chose était interdite! Il est également possible qu’il craigne que cette trêve ne soit que temporaire, c’est pourquoi il essayera de passer autant d’heures que possible à profiter de l’activité en prévision de la perte de cette liberté au moment où vous changerez finalement d’avis, et ce, surtout si vous avez déjà effectué ce genre d’allers et retours auparavant. Cela demandera du temps pour créer avec lui la confiance que cette liberté ne sera pas révoquée. Quand il commencera à vraiment croire qu’il est libre de choisir ces activités à tout moment et lorsqu’il aura fait le plein de ce qui lui manquait lorsqu’il y avait des restrictions; il se sentira, petit à petit, en sécurité et libre de faire d’autres choix.

Si vous vous trouvez dans cette situation, peut-être que vous pourriez vous poser quelques questions pour cerner le problème. Serais-je inquiet si leur passion était la lecture? Ou un sport? Est-ce le temps qu’ils y passent qui me préoccupe le plus? S’agirait-il de la passion de leur vie sur laquelle ils pourraient passer avec bonheur 10 000 heures? Les lecteurs pourraient-ils devenir des écrivains et les joueurs des programmeurs? Ceux qui visionnent des films seraient-ils destinés à être réalisateurs? Est-ce que je me sens seulement à l’aise si je pense à cette période comme à une formation pour une carrière? Quand j’étais enfant, à quoi ai-je consacré de longues heures? Est-ce devenu une carrière? Si ce n’est pas le cas, ce temps a-t-il été gaspillé? Pour ma part, j’ai investi d’innombrables heures chaque année, pendant treize ans, dans la danse classique, mais je ne suis pas devenue une ballerine pour autant. Est-ce du temps perdu? Certainement pas. C’était la fenêtre à travers laquelle j’en apprenais sur moi-même. Vos enfants sont-ils engagés, heureux et stimulés? Travaillent-ils avec ardeur pour comprendre des choses et progresser? Même s’ils vivent de la frustration? N’est-ce pas plutôt réjouissant?

Il est également possible qu’il s’agisse pour eux de l’outil d’apprentissage qu’ils privilégient pour le moment, et que vous ne voyiez pas cette passion faiblir avant longtemps. Cependant, ce qui est formidable, c’est que, pendant qu’ils s’adonnent à leur passion, vous passerez beaucoup de temps avec eux pour les observer, avoir des discussions ou les aider à explorer leur intérêt. Donc, si cela ne s’efface pas après une certaine période, il est très probable que vous en arriviez à un point où vous serez à l’aise avec cet outil d’apprentissage. Tout peut tenir lieu de fenêtre sur le monde et sur soi.

Analyser les habitudes

En examinant vos motivations, vos attentes, votre compréhension de l’apprentissage et de la vie, il est possible que vous, ainsi que vos enfants, commenciez à remettre en question la myriade de règles qui nous entourent chaque jour. Cela peut être une excellente source de questionnements mais, si le processus devient fatigant, vous pourriez être tenté de baisser les bras en déclarant vos règles familiales nulles et non avenues. S’il vous plaît, essayez d’éviter cela. Je pense que cela risque de ressembler à la perte de stabilité que j’ai mentionnée au début de ce texte. Cela ne serait pas plus plaisant et pourrait même compliquer la situation.

16895407068_cf2341b210_bPourtant, il vaut mieux examiner les règles strictes – au moins quand quelqu’un se rebiffe à ce sujet. Le dîner est à 18 h? On se couche à 21 h? Pourquoi? Quel but est visé ici? Y a-t-il un autre moyen d’atteindre ce but? Parlez des règles, exprimez vos pensées, écoutez attentivement et respectueusement les leurs. Et faites cela dans des moments de détente, non pas lorsque l’énergie des luttes de pouvoir est dans l’air.

Ce qui pourrait vous aider, c’est de changer votre angle de vue en transformant les règles en routines. Prenons l’exemple de l’heure du coucher. Le but est-il d’aller dormir quand on est fatigué? Les circonstances pourraient-elles changer au jour le jour? Est-ce que c’est le cas pour vous? Êtes-vous parfois fatigué à 20 h et, d’autres fois, à 22 h ou à minuit? Qu’est-ce qui serait différent si vous pensiez que l’heure du coucher était une routine pour aider vos enfants à s’endormir quand ils sont fatigués, plutôt qu’une règle fixe avec vos yeux rivés sur l’horloge? Vous semble-t-il raisonnable de les aider à écouter leur corps et à suivre les signaux que celui-ci envoie, plutôt que d’essayer de contrôler ce corps en fonction de facteurs extérieurs? Quelles que soient vos réponses, il est préférable de savoir ce que vous pensez et d’agir en conséquence plutôt que de suivre aveuglément les règles.

Un autre aspect utile du fait de réfléchir en termes de routines plutôt que de règles, c’est que, pour beaucoup d’enfants (et d’adultes!), les routines sont rassurantes puisque l’on sait à quoi s’attendre avec elles. En effet, elles favorisent les transitions : une routine de détente pour se préparer à aller au lit quand les enfants sont fatigués; une routine pour s’apprêter à sortir sans rien oublier; une routine apaisante pour surmonter la frustration, etc. Tout revient à connaître et à comprendre vos enfants. Ainsi que vous-même.

Vous pouvez également consulter les articles sur le thème « En quoi le unschooling diffère-t-il de l’école? ». Il y a un message en particulier que je ne réexpliquerais pas ici concernant les raisons de l’utilité d’éviter les leçons pendant le deschooling. (NDT: l’article auquel Pam se réfère est le dernier dans la série et n’a pas encore été traduit). Si vous êtes curieux de savoir à quoi pourrait ressembler un apprentissage non scolarisé, vous trouverez également des articles sur la façon dont les enfants apprennent à lire, à écrire et à compter en dehors de l’école.

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Soyez patient. Le deschooling est une période de dégourdissement, de croissance, d’analyse, de jeu, d’apprentissage, d’observation, d’exploration et de présence à sa famille. C’est stimulant et magnifique. C’est tout autant du travail que du plaisir. N’oubliez pas de savourer ces moments.

Par quoi remplacer l’école, partie 1

De Pam Laricchia, 13 février 2013
Traduit de l’anglais par Christelle Lafourcade
L’article original : What to do instead of school – Part 1

24834215732_ee9c4a4aab_nVous avez décidé d’essayer le unschooling et cela provoque en vous un tourbillon incroyable composé à la fois d’excitation et d’appréhension! Vous comprenez que vous, ainsi que tous les autres membres de votre famille qui ont fréquenté l’école, allez vous « deschooler » pendant un certain temps.

Seulement voilà, sans l’école, à quoi allez-vous bien pouvoir occuper votre journée entière?

Bonne question! Maintenant, nous allons pouvoir discuter sérieusement d’affaires plaisantes!

Une succession de samedis

Pour vous aider à entrer dans un état d’esprit détendu et ouvert (ce qui est bien meilleur pour votre apprentissage!), essayez de penser à vos journées comme à une succession de samedis. Si vous vous réveillez en pensant : « C’est lundi, il est temps de retourner travailler et d’apprendre », essayez de vous ressaisir avant de mettre ce filtre en place en déclarant : « Oups, j’avais oublié : c’est samedi! »

Que feriez-vous en compagnie de vos enfants si c’était samedi? Les fins de semaine sont généralement consacrées à la détente et au fait de laisser la journée se dérouler sans horaire prédéfini. Vos enfants aimeraient-ils dormir? Voilà un pan merveilleux de la transition par rapport à un horaire imposé : dormir autant que leur corps le réclame. Sont-ils plutôt des lève-tôt? Alors, ils peuvent savourer la beauté du petit matin sans la pression d’avoir à s’habiller, se nourrir et sortir. Sont-ils plutôt un mélange des deux? Alors, ils peuvent apprendre à se connaître eux-mêmes, à découvrir leur propre rythme de sommeil et à trouver comment mieux répondre à leurs propres besoins.

Y a-t-il des endroits que vous et vos enfants avez toujours eu envie de visiter (ou visiter plus souvent), mais vous manquiez de temps pour cela? Maintenant, vous l’avez! Un musée? Un centre de sciences? Une galerie d’art? Chouette! Par contre, souvenez-vous qu’il n’est pas nécessaire de diriger vos enfants pendant ces expositions pour vous assurer qu’ils verront tous les éléments qui les composent. Si vous êtes tenté de le faire, prenez un moment pour vous demander ce que signifie réellement « en avoir pour son argent ». Est-ce une question de quantité ou de qualité? Au lieu de les piloter, suivez leur curiosité. Regardez le plan du site ensemble, discutez avec eux pour savoir ce qu’ils aimeraient voir et faire, laissez-les vous guider, s’ils le souhaitent.16895884010_26cbb962b3_nS’ils sont absorbés et enthousiastes pour un sujet en particulier, laissez-les rester aussi longtemps qu’ils le désirent. Notez que l’apprentissage le plus efficace se passe dans ces conditions! Si vous ne prenez part qu’à trois expositions ce jour-là, super! Ce n’est pas une compétition. Si vous les voyez toutes en un tournemain, c’est bien aussi! Vous avez préféré la variété à l’intensité. Les deux sont parfaitement appropriés : vous suivez les intérêts de vos enfants en observant leur esprit en action. Pour moi, le plaisir au fil du temps réside dans la constatation que chaque visite est unique. Et, en connaissant mieux mes enfants, j’ai commencé à voir des liens entre le déroulement d’une visite et tout ce qui se passait par ailleurs dans leur vie. Tout est connecté. Tout est apprentissage.

Sinon, pourquoi ne pas envisager quelque chose de plus proche de la maison? Un terrain de jeux par exemple. Et si vous exploriez un parc différent de votre ville chaque semaine? Ou alors des sentiers pédestres? Vous pouvez vous y rendre chaque semaine ou tous les quinze jours afin d’observer les changements dus au printemps ou à l’automne. Ou à la saison des pluies.  Vous pouvez acheter des jumelles de vision nocturne et les emmener faire une promenade dans la nature la nuit, pour voir à quel point la nature est différente une fois que le soleil se couche. Trouvez ce qui capte l’attention de vos enfants et livrez-vous à cette activité quand vous en avez l’occasion. Qu’est-ce que ce sera : le bowling, un jeu laser, le trampoline? En prime, les endroits que peuvent fréquenter les familles sont moins bondés pendant la semaine – la plupart des enfants sont à l’école! En ce qui concerne ma famille, nous programmons également nos vacances hors saison; c’est moins onéreux et il y a moins de monde.

Si vous vivez en ville, organisez des excursions au-delà des banlieues et explorez les fermes et les parcs. Effectuez une promenade en calèche. Visitez une plantation de citrouilles en octobre. Si vous vivez en campagne, allez faire un tour en ville et parcourez les attractions qui y sont proposées. Marchez dans ses rues et admirez la taille des bâtiments. Prenez le métro. Furetez partout dans le monde qui vous entoure, pas seulement dans celui qui se trouve devant votre porte.

Déjà fatigué? Ha! Ha! Je vous ai livré un large éventail d’idées pour vous aider à entamer des discussions avec vos enfants et je suis sûre que vous en trouverez bien plus ensemble! D’ailleurs, voici une autre chose agréable à faire avec eux maintenant qu’ils sont à la maison : discuter. Il est très peu probable qu’ils se passionnent pour toutes mes suggestions, et certainement pas pour toutes en même temps. Mais, n’angoissez pas s’ils ne s’intéressent qu’à une poignée d’entre elles. Chacun d’entre nous est unique; partez à la découverte de ce qui plaît à vos enfants.

Rencontrez vos enfants

20666814576_d7aba76cd9_nCela nous amène justement à une partie très importante d’un parcours de deschooling : apprendre à connaître vos enfants. C’est la base sur laquelle vous explorerez le monde ensemble. Que sont-ils en train de faire au moment où leur visage s’illumine? Qu’est-ce qu’ils demandent régulièrement? Quelle nouveauté pourraient-ils avoir envie d’essayer? Qu’est-ce qui les transporte de joie? Quelle activité les absorbe au point qu’ils ne réalisent pas le temps qui passe? Adonnez-vous souvent à ces activités.

Suggérez-leur des occupations apparentées que vous pensez pouvoir leur plaire. Si Bob l’éponge les amuse, aimeraient-ils assembler un puzzle représentant une scène de cette série télévisée? S’ils apprécient un film en particulier, aimeraient-ils regarder des scènes montrant des gaffes de tournage ou un documentaire sur un DVD portant sur la préparation du tournage? Il n’est pas nécessaire que vous le leur demandiez; faites-leur simplement savoir que cela existe et voyez si cela les attire. Par contre, veillez bien à ce qu’il s’agisse d’activités que vous pensez qui leur plairont et non pas d’activités que vous souhaitez qui leur plairont. Comme ce cahier de mathématiques utilisant l’image de Bob l’éponge sur lequel vous louchez au supermarché – gardez le cap du deschooling! S’ils ne manifestent aucun intérêt pour ce que vous leur présentez, ne vous inquiétez pas; vous venez seulement d’apprendre quelque chose de nouveau sur eux. Peut-être que vous avez fait une légère erreur de supposition pour l’instant, ou peut-être que vos enfants étaient occupés et que ce que vous leur proposez les attirera la semaine prochaine, ou le mois suivant, ou l’année d’après. Cela dit, leur monde est maintenant un peu plus grand du fait qu’ils savent qu’une telle chose existe.

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N’oubliez pas tout ce qui peut être fait à la maison où la vie peut également être amusante et intéressante! Quelles sont les occupations préférées de vos enfants quand ils sont en pyjama? Des jeux de société? Des jeux de cartes? Jouer à Twister? À Feu rouge feu vert? Faire du coloriage? Du bricolage? Des puzzles? Construire un fort avec le canapé, des coussins et des couvertures? Sculpter dans la neige après une grosse tempête? Jouer à s’attraper? Faire du hula-hoop? De la pâte à modeler? Jouer avec un ballon à l’extérieur? Au frisbee? Lire des histoires ensemble? Jouer à cache-cache? Dresser une tente dans la cour? Regarder des films? Des vidéos sur YouTube? Faire le poirier ou des culbutes? Jouer à des jeux vidéos? À des jeux en ligne sur l’ordinateur? Préparer des biscuits? Jouer des personnages de séries télévisées? Sans oublier, bien sûr, les jeux de construction en tout genre. De vastes possibilités s’offrent à vous.

Quoi qui leur fasse plaisir, faites-le avec eux. Apportez-leur des morceaux du monde qui pourraient les intéresser.

Souvenez-vous, c’est samedi! Détendez-vous et profitez du temps que vous partagez.

Comment est-ce que, vous, vous apprenez?

Je me souviens que les amies préadolescentes de ma fille lui faisaient remarquer combien sa vie devait être ennuyeuse sans l’école. Qu’est-ce que vous en pensez? Est-ce que cela vous semble inévitable? Ce n’est pas mon avis!

En plongeant avec votre famille dans cette vie amusante (et instructive!), n’oubliez pas de garder du temps pour vous afin de continuer à vous renseigner sur le unschooling. À ce stade, il se peut que vous soyez dépassé! Tant d’informations proviennent de tellement d’endroits :

    • Observer et interagir avec vos enfants
    • Considérer les souvenirs de votre propre parcours scolaire
    • Lire beaucoup sur le unschooling et sur le rôle parental qui soutient ce mode de vie
    • Rencontrer des personnes partageant les mêmes idées pour savoir comment elles abordent les choses
    • Réfléchir aux méandres philosophiques quant à la façon dont vous voulez vivre votre vie
  • Et… questionner, eh bien, tout!

Comment allez-vous relier tout cela pour vous donner une image cohérente du unschooling?

Donc, comment aimez-vous apprendre?

Est-ce plus efficace pour vous à travers l’écriture? En tenant un journal par exemple? Vous pouvez choisir un beau cahier (ou en décorer un vous-même si vous y êtes enclin) afin de le remplir d’observations, de pensées, d’idées pendant que votre famille fait son chemin dans le deschooling. Peut-être préfèreriez-vous créer un blogue, qu’il soit privé à l’attention de vos proches seulement, ou qu’il soit public afin de partager les hauts et les bas de votre aventure avec autrui.

15799422686_96573bf078_nÊtes-vous plus à l’aise en traitant des informations de façon visuelle? Comme en prenant des photos? Vous pouvez vous lancer dans la confection d’albums de photographies en regroupant les images par thème. Vous pouvez également constituer un blogue en photo si vous souhaitez communiquer ce que vous apprenez.

Vous vous instruisez peut-être mieux par le verbal en profitant de conversations avec d’autres personnes engagées dans le même type d’aventure? Vous pouvez trouver d’autres unschooleurs dans votre localité et les inviter à bavarder dans un parc le jour ou dans un café le soir. Vous pouvez assister à des conférences sur le unschooling ou à des rencontres de unschooleurs (il y en a de plus en plus!). Vous pouvez enfin approcher quelques personnes de ce milieu que vous avez rencontrées en ligne et leur demander si elles sont intéressées à des conversations téléphoniques ou par Skype.

Il est possible que vous ayez besoin d’un mélange éclectique de toutes ces idées. Cela dit, trouver comment vous aimez apprendre est une étape salutaire dans le deschooling. Cela aide à découvrir la vaste gamme des façons personnelles d’apprendre en dehors de l’école, ce qui vous prépare à toutes les voies possibles qu’il vous faudra utiliser pour soutenir les explorations et les apprentissages de vos enfants.

Et c’est bien là que réside tout le véritable plaisir du unschooling.


Lire la deuxième partie

Jouer, un sérieux travail

De Sandra Dodd – traduit par Sylvie Martin Rodriguez (révisé par Catherine Forest)
Lien vers l’article original : Playing
La traduction sur le site de Sandra Dodd est ici, elle est republiée sur ce blog avec son autorisation.

8413105658_6968a4fa2e_zJouer peut être un sérieux travail. Jouer est certainement la méthode d’apprentissage principale des jeunes enfants, jusqu’à ce qu’ils aillent à l’école.

Qu’en est-il s’ils ne vont pas à l’école ? Qu’en est-il si, à cinq et six ans, il ne se produit pas de changement majeur dans le style de vie des enfants, et si le jeu continue de progresser naturellement ?

Beaucoup de gens ne sauraient comment répondre à cette question. L’idée que les jeux de bambins puissent progresser naturellement jusqu’à d’autres niveaux sans interruption, sans séparation d’avec la famille, sans professionnels pour dire aux enfants quand, où et comment jouer est étranger à la plupart des gens dans notre culture.

Bien que d’une certaine manière, ce soit un savoir commun. Il y a des unschoolers dont les enfants n’ont pas été à l’école et qui ont continué à jouer.

Récemment, sur une liste de discussion, quelqu’un disait qu’elle comprenait comment les jeunes enfants apprennent à travers le jeu, mais elle se demandait ce qui se passait quand ils deviennent plus vieux et qu’ils arrêtent de jouer ?

J’ai connu des gens qui avaient arrêté de jouer, mais je n’en ai jamais fait partie. Dans ma dernière année de lycée, mon petit ami qui était déjà diplômé a construit une sorte de petite maison dans les bois destinée à être « notre maison ». C’était un trou sous les racines d’un peuplier, un peu dégagé, couvert par des branches et des bâtons trouvés du côté du Rio Grande derrière le lycée. Je séchais mes cours à l’école quelquefois et le retrouvais à cet endroit. Est-ce que c’était mature ? Non, c’était comme au Pays imaginaire. Au collège, j’ai eu un autre petit ami et nous avions le fantasme de vivre dans les années 1600 en Angleterre et de tenir un joli orphelinat paisible, plein de musique.

Il n’a pas fallu longtemps pour que je me retrouve engagée dans des activités médiévales de la Société d’anachronisme créatif, qui est un jeu international grandeur nature sur le thème de la vie médiévale.

Comme dans tous les jeux, il y avait aussi la réalité. Nous avons vraiment fait des choses, appris la musique, fait des recherches, fait des vêtements et des armures. Nous avons cuisiné de la vraie nourriture. Puis, nous avons mis nos nouveaux habits, nos nouveaux noms et avons joué à des jeux élaborés.

21153700523_05ba3833f2_z.jpgMes trois enfants ont grandi entourés par des adultes qui jouaient, qui n’organisaient pas seulement des festins et des tournois, et qui ne construisaient pas seulement des camps médiévaux, mais qui jouaient aussi à des jeux de stratégie, à des jeux de mystère, qui faisaient des bals costumés en dehors de l’Halloween, et qui parodiaient des chansons pendant les longs voyages en voiture.

Peut-être que parce que j’ai continué à jouer, j’ai un avantage, mais je ne pense pas que ce soit pour autant difficile pour les adultes sérieux de retrouver leur côté joueur.

Mais (pourraient penser certains), si vous jouez tout le temps, comment saurez-vous que vos enfants apprennent ? J’ai su que mes garçons avaient appris toutes les règles de sécurité de la natation quand ils ont récité, de façon rythmique, ces règles à l’opposé de ce qu’elles étaient : ne jamais nager avec un copain ; toujours nager seul ; toujours nager sous l’orage ; toujours courir autour de la piscine…

Je n’avais aucune raison de dire : c’est faux. J’aurais gâché leur joie si je l’avais fait. Je n’ai rien dit. J’en savais déjà assez parce que j’avais les renseignements suivants :
Ils connaissaient toutes les règles
2) Ils avaient compris le concept des contraires
3) Ils avaient le sens de l’humour et n’avaient pas peur de l’utiliser.

Comment savez-vous qu’ils apprennent ? Les gens qui posent cette question regardent le monde à travers des lunettes teintées de « scolarisation ». Ces mêmes parents savaient quand leurs enfants pouvaient utiliser une cuillère. Ils savaient quand leur enfant était prêt à boire à la tasse. Ils savaient quand ils ont appris à marcher, à parler et à faire du vélo.

Voilà comment j’ai appris que Kirby connaissait les Huns : il attendait que je l’emmène quelque part, je parlais au téléphone à une maman qui s’intéressait à l’école à la maison et nous parlions des études – je disais qu’elles n’étaient pas nécessaires, que les gens apprenaient tout au long de leur vie. Je lui dis « vous ne pouvez pas « terminer la Chine », et Kirby commenta sèchement : « les Huns ont essayé ».

Donc, dans ma liste mentale, je notais que Kirby identifiait les Huns, utilisant le mot dans une phrase, et qu’il connaissait un peu l’histoire de la Chine.

Mais est-ce que je testais ? Est-ce qu’il me faisait un rapport ? Bien sûr que non. Il faisait juste une blague. C’était suffisant pour moi, pour découvrir ce qu’il savait.

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Toute ma vie, on m’a donné des conseils :
Sois sérieuse
Agis en fonction ton âge
Ne prends pas ça à la légère.

Maintenant que je suis engagée dans le unschooling, je dis aux adultes et aux enfants « prenez ça à la légère. Jouez ».
Jouez avec les mots, les idées, les pensées
Jouez avec la musique
Jouez sous la pluie
Jouez dans l’obscurité
Jouez avec votre nourriture

Mais jouez en toute sécurité. Le jeu est un jeu quand les personnes engagées n’ont aucune objection. C’est un jeu seulement si tout le monde joue.

Les jeux les plus doux peuvent être dangereux. Le tennis est un sport sans contact, mais vous pourriez tuer quelqu’un avec une raquette de tennis. Les échecs sont plutôt passifs, mais l’humiliation peut blesser de façon permanente. Je connais des adultes (et malheureusement des enfants) qui évitent l’humour et qui évitent de jouer parce qu’ils ont été blessés par les prétendus « c’est juste un jeu » des autres.

La connexion entre l’humour et l’apprentissage est bien connue. Des juxtapositions inattendues sont la base d’un certain humour, et encore plus, de l’apprentissage. Cela peut être physique, musical, verbal, mathématique, mais au fond, ce que cela signifie, c’est que les combinaisons ou les résultats inattendus peuvent être amusants.

Il y a des expériences chimiques amusantes, des jeux de mots, des jeux de maths, des textes historiques amusants et embarrassants, et il y a des parodies de pièces célèbres ou de styles artistiques et de musique.

Voici des sources d’inspiration récentes chez nous :

The Transitive Vampire
The Marx Brothers
Animaniacs
Monty Python and the Holy Grail
P.D.Q. Bach
Weird Al
The Reduced Shakespeare Company
Eddie Izzard

A partir de celles-ci et d’autres livres, vidéos et cassettes qui visent à susciter l’hilarité, mes enfants (et mon mari et moi-même) avons appris sur l’histoire, la géographie, la grammaire, la littérature, la musique, la mythologie et la religion. Il n’y a aucun besoin de séparer l’apprentissage du rire.

Pendant que je travaillais à cet article, je me suis arrêtée pour faire des gaufres. Un œuf était cassé dans le carton et avait séché. J’aurais pu le mettre calmement à la poubelle, mais je l’ai amené à Holly et j’ai dit, sur un ton dramatique « cet œuf doit être détruit ». Elle a sauté pour l’attraper, je lui ai dit que je ne savais pas depuis combien de temps il était cassé, et qu’elle pouvait le jeter si elle voulait. Elle s’en alla et je demandais où elle allait le jeter. J’aurais pu faire des suggestions, mais elle avait décidé « sur le balcon ». Le balcon était loin. C’était un bon choix.

Elle a cassé des œufs avant. Ce n’était pas nouveau, mais c’est toujours amusant. Quand elle est revenue dans la cuisine, elle était excitée d’avoir raté sa cible. « J’ai visé la terre, mais j’ai touché la traverse de chemin de fer, il s’est cassé et a explosé ».

24584529329_1bf4c024ea_zS’il y a parmi les lecteurs des gens qui préfèrent des justifications plus savantes pour vivre de manière plus créative et légère, vous devriez lire « conceptual Blockbussing » de James Adams ou « Free Play » de Stephen Nachmanovitch, ou vous pourriez aussi laisser tomber la recherche. Vos enfants deviendront peut-être vos professeurs et vous pourriez simplement prendre la résolution de jouer plus, pour eux. Les avantages que vous en tirerez seront simplement un bonus.

Refuser une vie préfabriquée

De Sandra DODD – Traduit par Sylvie Martin-Rodriguez
Lien vers l’article original : REJECTING A PRE-PACKAGED LIFE
La traduction sur le site de Sandra Dodd est ici, cette traduction est republiée sur ce blog avec son autorisation.

24970656465_86e6db8ea0_oCombien de choses faites-vous parce que vous êtes supposés les faire, parce que votre entourage et vos voisins s’y attendent, parce que c’est facile et que nous n’avez pas à y penser ? Combien de ces choses vous mènent, vous et vos enfants, dans une direction positive et saine ?

« Changer de modèles » est une option ! Si vous agissez selon un plan, avec une série de règles et d’attentes, il est possible et même recommandé de changer et de voir les choses différemment. Il s’agit juste d’y réfléchir. Cela ne vous blessera pas.

L’école est-elle le centre de la vie des enfants ? Faut-il qu’elle le soit ?

Le seul but acceptable dans la vie d’un adulte est-il d’avoir la maison la plus chère et de pouvoir acheter des meubles à crédit ?

Cela ne demande pas tellement de changements de considérer la maison et l’éducation comme secondaires et non comme prioritaires. Qu’est-ce qui devrait être prioritaire alors ? La santé ? La joie ? L’unité et l’amour ?

Une partie de la vie pré-fabriquée dont les Américains sont issus comporte l’idée que le bonheur vient après l’université, après l’achat d’une maison, après une nouvelle voiture. Le bâton qui tient cette carotte ne pliera pas. Si le bonheur dépend de la performance et des acquisitions, combien de temps cela va-t-il durer ? Combien de temps votre voiture sera la plus récente, dans votre rue, avant que la tristesse ne revienne ?

24852738092_ecdeaa6982_oVoici un petit changement de modèle à mettre en pratique. Peut-être que le bonheur ne devrait pas être le but premier. Essayez la joie. Essayez l’idée qu’il peut être agréable de cuisiner, de mettre la table, de voir votre famille, plutôt que l’idée que vous serez heureux après le dîner et après avoir tout nettoyé. Je suppose qu’un tel bonheur pourrait durer quelques secondes avant que vous ne regardiez autour de vous et que vous ne voyiez autre chose entre vous et votre bonheur. La joie, pourtant, peut être continue, et ressentie avant, pendant et après la réalisation de vos objectifs.

Le Plaisir – ce mot est difficilement utilisé. Le plaisir est presque considéré comme un péché par certaines personnes. « Vous n’êtes pas là pour avoir du plaisir, vous êtes là pour travailler ». Pourquoi le travail ne peut-il pas apporter de la joie ? Chaque petit moment peut être apprécié : la sensation de l’eau chaude qui coule lorsque vous vous lavez les mains ; la lumière et l’ombre sur le sol ; les formes dans les nuages ; toucher un vieux livre ; la présence d’un vieil ami vous inspirant une joie pure, pour laquelle il n’y a pas de mot.

Lorsque vous ressentez et expérimentez la joie, lorsque vous prenez une seconde par heure pour redécouvrir la joie, votre vie s’améliore avec le souvenir de chacune de vos nouvelles priorités. Vous n’avez besoin de personne pour vous donner la permission, ou pour décider si oui ou non ce qui vous donne de la joie est une source acceptable de plaisir.

Apprendre peut-il être agréable ? Si ça ne l’est pas, cela ne collera pas. La lessive peut-elle être agréable ? Si vous devez faire la lessive et que vous choisissez de ne pas y prendre du plaisir, une heure, ou plus, de votre précieux temps sur terre est perdue. Regarder votre enfant peut-il vous donner de la joie, même lorsqu’il a besoin d’un bain, qu’il a perdu une chaussure, qu’’il n’a pas répondu à une de vos attentes, une de celles qui n’existent que dans votre esprit ?24340095074_154833630f_o Si la réponse est non, un changement de modèle pourrait tous vous aider.

Votre vie vous appartient, et elle est vécue au moment même où vous lisez ceci. N’attendez pas d’approbation. N’attendez pas d’instructions du style : « Ouvrez maintenant le livre de votre vie et écrivez-le ». Éprouvez toute la joie que vous voulez, et aidez vos enfants, vos voisins, vos relations à en trouver aussi. La joie ne coûte rien, si ce n’est une réflexion réutilisable et consciente. Dites à vos enfants qu’elle est recyclable. Ils adoreront !!

Ce qu’apprendre ne peut pas être

De Sandra Dodd
Traduit par Sylvie Martin Rodriguez et Jeanine Barbé (Révisé par Catherine Forest)
Traduction republiée sur ce blog avec l’autorisation de Sandra Dodd (la traduction sur son site est ici)
L’article original en anglais : What Teaching Never Can Be

Pendant des années, j’ai recommandé aux nouveaux unschoolers de ne plus utiliser les expressions « enseigner » ou « apprendre quelque chose à quelqu’un » et de remplacer toutes leurs déclarations et pensées avec des phrases utilisant les mots « il a appris à » en lieu et place. J’ai reçu des critiques virulentes provenant de personnes soutenant que ce n’était pas important, que ce n’était que de la sémantique. Ce qui, pour moi, a commencé comme une théorie est devenu une croyance, puis une conviction. Les unschoolers qui s’accrochent à l’idée « d’enseigner » ou « d’apprendre quelque chose à quelqu’un » handicaperont leur propre compréhension de la manière dont fonctionne l’apprentissage.

14424251416_19e8725753_oAPPRENDRE
Le mot existe
Le concept existe

En anglais, nous nous attendons à ce que les mots aient un sens. Nous attendons d’une chose qu’elle soit un objet. Et d’un verbe qu’il soit une action.

L’action d’apprendre n’est pas simple et claire.

Lorsqu’il existe des paires de mots tels que « cruche et tasse » ou « attaquant et défenseur » ou encore « la balle et le trou » nous postulons que les deux éléments sont complémentaires et font partie d’un tout.
Il existe ainsi (et cela dans plusieurs langues, je suppose) « enseignant et étudiant ». A présent que j’y réfléchis, c’est peut-être en partie un problème de langue anglaise. Parce que dans les langues latines (italienne, française, espagnole, etc.), ils utilisent le mot « maestro » ou ses dérivés. Maître ou maîtresse d’un art ou d’un savoir. Quelqu’un peut être un maître sans disciple ou étudiant. Cela veut dire qu’il excelle. Quelqu’un ne peut pas véritablement être un enseignant sans la présence d’un élève.

Mais de toute façon, nous avons, en anglais moderne, la paire « enseigner et apprendre ».

Si je veux apprendre à quelqu’un comment utiliser les guillemets, je peux parler, lui montrer, plaisanter, dessiner des bonhommes allumettes avec des phylactères, et je pourrais illustrer le concept en chanson. SI cette personne qui est dans la pièce et « reçoit l’enseignement » se met à penser à « comment tailler une pièce d’une arme à feu semi-automatique légale pour en faire une arme automatique illégale, et comment planquer la partie transformée ? », MOI, que suis-je en train de faire ?

Je parle, j’écris, je dessine, je danse et je chante. Mais je n’apprends rien à personne, je n’enseigne pas, je révise pour moi-même quelque chose que je sais déjà. Je joue un rôle, si on peut dire, sans aucune audience. Je joue avec moi-même. Je… hum vous savez…

Donc, si je suis en train de lire un magazine sur les armes à feu, et que quelqu’un vient et me dit : « comment dois-je ponctuer une citation à l’intérieur d’une citation ? ». Je peux lui montrer. S’il ne comprend pas totalement, je peux faire des dessins ou donner d’autres exemples. Quand je perçois qu’il a compris ce qu’il voulait apprendre, je me tais et je retourne à mon magazine, parce que l’action est terminée.

Il a appris. Je l’ai aidé à apprendre. J’étais « l’enseignant », mais je n’ai pas fait le travail qui a consisté à apprendre. L’ « apprenant » a fait ce travail dans sa propre tête. Je pouvais émettre des idées, mais lui seul pouvait entendre et poser plus de questions. Sans son travail actif, aucun enseignement ne pouvait prendre place.

Alors, s’il est vrai qu’ « apprendre quelque chose à quelqu’un » veut dire faciliter l’apprentissage de façon compétente et personnalisée, alors peut-on vraiment enseigner ou apprendre quoi que ce soit à quelqu’un ?

Il y a un texte bouddhiste qui parle d’être l’eau, d’être l’océan. Pensez-y comme s’il s’agissait de pétrir la pâte à pain.

17055689289_0c039d81ca_oUne chose est sûre : apprendre n’a pas d’action pour démontrer ce qu’est apprendre. On ne peut réellement faire entrer une information utile dans la tête de qui que ce soit contre son gré. Les gens peuvent apprendre comme des forcenés, mais on ne peut pas les faire apprendre.

Pétrissez. Les gens apprennent à travers d’autres personnes.

Il y a des gens payés pour enseigner. Certains sont conscients qu’il y a des limites à ce qu’ils peuvent faire. D’autres ne sont pas philosophes et croient que s’ils ont « enseigné » (présenté l’information), seuls les fainéants et les non coopératifs ne parviendront pas à apprendre.

Pétrissez énergiquement.

« Apprendre » est une idée que la plupart des gens comprennent à un niveau basique. C’est un concept que les meilleurs enseignants et les meilleurs homeschoolers (c.-à-d., nous les unschoolers) examinent avec le plus grand soin.

Par exemple, j’ai l’impression d’avoir appris à mes enfants à être gentils et patients. S’ils rejettent cet enseignement, j’aurai lamentablement échoué à leur apprendre tout cela, je les aurai juste formatés. Mais, d’une façon ou d’une autre, je les ai convaincus de croire que ce que je crois est important. De temps à autre, d’une manière ou d’une autre, je persuade les gens de croire que le unschooling marchera et que c’est important. Certains ne parviennent pas à l’apprendre, mais pour autant je continue à chanter et à danser.

Je n’aime pas tellement le jazz, mais la philosophie, les idées, et les apprentissages c’est un peu comme le jazz. Au début, quand on joue d’un instrument, on vous dit comment le tenir, comment souffler/pincer… comment utiliser les clés pour ne pas les abîmer, comment rester debout ou comment s’asseoir, pour vous faciliter les choses et pour conserver l’instrument. Ce sont les Règles… Si vous devenez suffisamment doué avec votre instrument, au point de pouvoir jouer dans le noir, rapidement, tout en discutant, les règles ne s’appliquent plus à vous.

A ce stade-là, vous n’êtes plus ce débutant qui peut accidentellement casser un instrument par ignorance ou par inadvertance. Vous aimez cet instrument et vous le connaissez vraiment bien, et peut-être êtes-vous même capable de le réparer.

Au début, l’instrument était le but sacré, mais à partir du moment où vos talents de musicien sont meilleurs que l’instrument en tant que tel, vous vous situez au-delà des simples règles.

Voici une de ces règles : vous devez être debout pour chanter. Sinon, votre diaphragme est comprimé et ne pourra soutenir vos notes et contrôler votre tonalité. Vous DEVEZ être debout. Les professionnels dans les spectacles de musique et dans les opéras…chantent assis, ils chantent allongés sur des lits, ils chantent en dansant, ils chantent dans toutes sortes de positions. Les chanteurs de folk et les musiciens traditionnels chantent assis dans diverses situations.

Je peux enseigner ou apprendre quelque chose à quelqu’un aussi bien qu’ils peuvent chanter. Alors pourquoi est-ce que je dis qu’enseigner ou apprendre quelque chose à quelqu’un n’existe pas ? Les débutants doivent savoir qu’apprendre n’est pas une chose que l’on « fait subir » à quelqu’un d’autre. Mais plutôt qu’apprendre est une chose à laquelle on peut, éventuellement, avoir la chance d’assister.

17226973006_459dfb6344_oDans les premières étapes, les enseignants en formation, les homeschoolers débutants, les assistants du professeur de karaté (comme mon fils Kirby) et les professeurs de jeux (Marty et Holly ont tous deux récemment « enseigné un jeu » c.-à-d. récité les règles du jeu devant un public) tendent à percevoir l’apprentissage comme un processus séparé de leur propre musique et de leur propre danse.

Dans les étapes plus avancées, ils enseignent, ils apprennent des choses à d’autres personnes, mais il s’agit plutôt de faciliter d’autres apprentissages de la façon la plus compétente et personnalisée possible.

Deschooling pour les parents

de Sandra Dodd – Traduit par Sylvie Martin Rodriguez (révisé par Béatrice Mantovani)
L’article original en anglais : Deschooling for parents
La traduction française originale sur le site de Sandra Dodd est ici.
Publié sur ce blog avec la permission de Sandra Dodd.

Comment se « déschooler » expliqué aux parents !

Il était une fois un étudiant expérimenté et sûr de lui qui allait rencontrer le meilleur professeur zen qu’il connaissait, pour lui demander s’il pouvait être son élève. Le maître lui offrit du thé et lui tendit une tasse. Pendant que l’étudiant récitait tout son savoir et tout ce qu’il avait accompli jusqu’à ce jour, le maître continuait de verser le thé, lentement. Le vantard continuait à parler, le maître continuait à verser le thé, jusqu’à ce que l’étudiant se rende compte que sa tasse était pleine et qu’il s’écrie : « ma tasse est pleine ! ». Le maître sourit et dit : « oui, elle l’est. Et jusqu’à ce que tu te délestes toi-même de ce que tu penses savoir, tu ne seras pas capable d’apprendre ».

Weird Al le dit d’une autre manière dans « Everything you know is wrong » (« tout ce que vous savez est faux »). Ce que cela signifie, en terme de « homeschooling », c’est qu’aussi longtemps que vous pensez pouvoir contrôler et ajouter ce que vous savez déjà, il vous sera difficile de vous ouvrir au « unschooling ». Plus vite vous viderez votre tasse, plus vite vous vous ouvrirez aux nouvelles idées avec tolérance, plus vite vous verrez l’apprentissage naturel s’épanouir.

Assez de philosophie…
Comment faire ?

Cela peut-il marcher pour les anciens professeurs ? Qu’en est-il des ingénieurs qui sont persuadés que leurs enfants ont besoin d’une certaines quantité de mathématiques, et d’être très organisés ? Qu’en est-il des mamans qui aiment les programmes et l’organisation ?

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Le deschooling est bien plus nécessaire aux parents qu’à leurs enfants. Je dois encore me débarrasser de tout un tas de manies scolaires et inconscientes, qui refont surface au moment où je m’y attends le moins : je les attrape, je les mets dans une boîte et j’essaie d’oublier.

Voici un moyen de se préparer au deschooling et d’éliminer le stress dû aux pertes de temps lorsqu’on tente de mettre en place le unschooling avec du scolaire :

Pour une rapide mise en place du unschooling : Arrêtez !

Arrêtez de pensez de façon scolaire. Arrêtez d’agir comme un enseignant. Arrêtez de parler de l’apprentissage comme étant séparé de la vie.

Pour une mise en place graduelle (nécessaire pour la plupart de ceux qui ont été élevés de façon scolaire) :

  • Pensez à tout ce que vous avez appris. Vous pouvez faire une liste dans laquelle vous compterez certaines choses comme changer l’huile de votre moteur, ou celle de votre friteuse. Comptez aussi l’utilisation d’une machine à calculer, ou d’une machine à coudre. Comptez le vélo, l’observation des oiseaux. Comptez comment vous avez appris à roter et comment vous avez appris à tourner comme une toupie les yeux fermés, si vous voulez. Pensez à tout ce qu’il était amusant d’apprendre et à tout ce que vous avez appris en dehors des murs de l’école.
  • Regardez certains ou tous les films de la liste ci-dessous. S’ils vous font penser à d’autres films que vous n’avez jamais vus, regardez-les aussi. Regardez ces films avec ou sans vos enfants :
    • Mary Poppins
    • Heidi (avec Shirley Temple)
    • The sound of music (« La Mélodie du bonheur »)
    • Searching for Bobby Fisher (« À la recherche de Bobby Fischer »)
    • La folle journée de Ferris Bueller.

Vous n’avez pas besoin de réfléchir trop profondément au sujet de ces films. Pas de tests, d’analyses ou de comptes-rendus. Laissez simplement les images et les idées vous traverser et flotter en vous. Revenez à ces films un peu plus tard, après avoir unschoolé quelque temps.

  • Souvenez-vous de l’école. Respirez et imaginez l’année que vous avez préférée. Voyez tous les éléments qui la composaient et son organisation. Est-ce que c’est précis ?

OK. Voici comment apprendre à ne pas recouvrir votre vie de unschooling avec tout cela, là où la structure et la terminologie dérangeront la paix et entraveront le progrès. Je vous demande de prendre vos souvenirs d’école, d’y ajouter de la lumière et d’agiter le tout. 

Première phase : « Apprendre » remplace « Enseigner ».

Remplacez toutes les formes du verbe « enseigner » par « apprendre ». Cela impliquera quelques modifications dans la tournure de vos phrases, et quelquefois, vous devrez remplacer et réviser totalement le discours ou l’idée. Remplacez : « Je lui ai enseigné… » par « Il a appris… ». Remplacez : « Je projette de lui enseigner… » par « Quand il apprendra… » (peut-être voudrez-vous, rétrospectivement, réviser vos pensées antérieures. Si vous pensez que vous avez appris à manger à votre enfant, ou à parler ou à marcher, peut-être voudrez-vous remplacer ces souvenirs par « Il a appris à marcher en se mettant debout et en essayant », et ainsi de suite…).

Phase avancée : L’abandon d’une certaine façon de parler

N’utilisez plus aucun de ces mots scolaires : semestre, note, niveau, classe, matière, année scolaire, heures scolaires, jour d’école. N’ayez même pas une minute scolaire. Lorsque l’école sera évacuée, la vie restera.
Prenez une boîte avec un trou. C’est important. Au sens littéral ou imaginaire, si vous êtes timide. Si vous prononcez un mot scolaire, mettez une pièce dans votre « boîte à amendes ». Si vous utilisez ce mot pour vous convaincre que le unschooling ne marchera pas, doublez l’amende.

Quand la boîte est pleine, dépensez cet argent pour votre enfant et vous-même. Une glace, ou un film peut-être… ou un ballon à l’hélium. Surtout pas un cahier d’exercices ou un rapporteur. Si, au bout d’une année, la boîte n’est pas remplie, emmenez toute votre famille dîner dans un bon restaurant que vous ne connaissez pas et fêtez l’évènement !

Phase finale : L’abandon de certaines pensées.

Si seulement ces pensées scolaires effleurent votre esprit, donnez-vous une amende.

Après avoir supprimé les concepts problématiques, vous aurez davantage de place disponible dans votre tête pour votre toute nouvelle conscience du « unschooling ».

  • Changez votre programme. Certaines personnes aiment que l’apprentissage soit fragmenté, uniforme sur une année, une semaine ou un jour. Mais la vie est pleine d’aspérités. Comme dans la théorie du chaos, ou dans les statistiques et les probabilités, il y a des périodes actives et des périodes très calmes qui semblent ne mener nulle part, mais qui, en fait, ont une destination. Pensez à des bonds, des sauts, suivis de pauses.

Au lieu de vouloir un rythme régulier, recherchez les « à-coups ». Quelle importance si un enfant joue du piano pendant une semaine entière en pratiquant deux heures par jour, et qu’ensuite, il en ait marre et qu’il arrête pour le reste du mois ? Tout ne serait pas perdu, fini, ruiné. Quelle importance si un jour, il comprend un concept mathématique ? Allez-vous re-calibrer le niveau auquel vous voulez qu’il travaille ? Ou peut-il faire une pause pour un mois ou un an sans que vous paniquiez ? A l’école, on explique à chaque enfant les tables de multiplication. Ensuite, ils entendent cette même explication encore et encore lorsque le professeur la répète encore et encore dans l’espoir que quelques autres enfants la comprendront aussi ce jour-là.

Le rythme régulier de l’école est un faux-semblant parce que :
1) Il n’est pas réel ;
2) Il n’est pas applicable à un apprentissage naturel.

Faire de l’Histoire 180 fois par an, c’est comme essayer d’apprendre à chanter à un cochon. En une bonne demi-heure, un enfant motivé et curieux (un enfant prêt) pourrait en apprendre autant sur la guerre civile ou sur Apollo 11 que ce qu’il apprendrait en une semaine d’école. Et l’Histoire est tout autour de nous, en permanence. Nous faisons l’Histoire, aujourd’hui même.

  • Observez votre enfant. Observez-le sans aucune attente. Essayez de voir ce qu’il fait vraiment, plutôt que de voir ce qu’il ne fait pas. Si vous tenez vraiment à évaluer l’apprentissage et que vous observez votre enfant avec cette intention, il vous sera difficile d’y voir clair. Observez simplement.

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Lorsque vous aurez fait certains ou la plupart des exercices ci-dessus, que vous ne serez plus tendu à l’idée de savoir si votre enfant pourra éventuellement entrer à l’université, et que vous pourrez entendre les mots « exercices de math » sans penser « peut-être que nous pourrions en essayer certains… », vous pouvez vous considérer comme diplômé de l’Université de Deschooling de Sandra Dodd.

Félicitations !

Ci-dessous, voici la combinaison de votre projet final et de votre voyage d’étude : Louez des films et regardez-les avec vos enfants. Voici la liste que je recommande, mais donnez la priorité à vos préférences. Vous pourriez avoir de meilleures idées :

Spartacus
Le Cid
Ben Hur
Le Roi et moi
Monty Python
Star wars (la totale)
Karaté Kid (les trois d’un seul coup, c’est super !)
Hamlet (j’aime celui avec Mel Gibson)
Roméo et Juliette (celui de Zeffirelli, dans les années 60)
Chantons sous la pluie
Joseph and the amazing technicolor dreamcoat
O Brother
The music man
Last action hero
Galaxy Quest
The miracle worker
Fly away home
Paper moon (recommandé par Holly)

Discutez-en un peu, ou aussi longtemps que vos enfants s’intéressent à la discussion. A cette étape là, vous aurez déjà passé le cap d’avoir besoin de savoir s’il y a quelque chose de valable à apprendre dans ces films, et vous verrez vos enfants apprendre et rire, heureux que vous soyez là.

Prenez du plaisir à apprendre pour le reste de votre vie !

Et si apprendre ne l’intéresse pas ?

Traduction de l’article de Joyce Feteroll « What if they aren’t interested in learning? » Traduit de l’anglais par Claire Darbaud et Béatrice Mantovani

Mon mari se demande: «Est ce que ça pourrait arriver qu’un parent fasse du unschooling mais que l’enfant soit trop paresseux, ou totalement désintéressé des choses qu’il aura besoin de savoir dans la vraie vie ? Est ce que le unschooling peut échouer avec des enfants comme ça ? Est-ce vraiment mal d’avoir des attentes ? »

Quand on aborde quelque chose de nouveau et qui semble potentiellement désastreux, on suppose que les gens qui font ça soit 1) ne se soucient pas de leurs enfants ou soit 2)qu’ils ont un problème dans leur tête qui les empêche de voir l’évidence.

Les peurs que votre mari expriment sont tout à fait normales. Tous les parents qui font du unschooling sont passés à travers ces peurs là et la plupart continuent de passer à travers des moments de panique périodiques.

Ces craintes là ne peuvent pas être apaisées par la logique. D’un point de vue « scolaire » ces craintes sont tout à fait fondées. Ce qui aide à les éliminer c’est d’avoir une connaissance approfondie et une expérience directe du unschooling.

Ce que les unschoolers expérimentés ont, c’est une grande connaissance des résultats du unschooling et de ses autres avantages. Ils comprennent comment et pourquoi on apprend et le pour et le contre de l’apprentissage sous contrainte par rapport à un apprentissage guidé par la curiosité.

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Dans la vie, chaque choix a de bons et de mauvais cotés. Choisir consiste à sélectionner la solution qui a plus de bons cotés que de mauvais. Il est utile de lire des témoignages des réussites du unschooling. Mais, bien sûr, les écoles ont des histoires de réussite aussi, donc les témoignages de réussite du unschooling ne sont pas une raison suffisante pour choisir le unschooling.

Je pense que plutôt que de les lire comme des histoires qui prouvent que ça fonctionne, il est plus important de les lire comme des illustrations de comment fonctionne l’apprentissage guidé par les centres d’intérêts. Le fait que Kirby, le fils de sandra Dodd, se soit vu confier d’importantes responsabilités à seulement 16 ans, dans la boutique de jeux où il travaillait depuis plusieurs années, n’est pas significatif en soi. Ce qui est significatif en revanche, en terme de unschooling, c’est que c’est le résultat de sa passion pour les jeux qui a toujours été prise au sérieux et encouragée.

Il est également utile de se rendre compte que les objectifs du unschooling sont différents de ceux de l’école ou de l’école à la maison. Le but du unschooling est d’aider l’enfant à être qui il est en ce moment et de l’aider à grandir en qui il deviendra. L’objectif de la scolarisation est d’obtenir qu’un enfant arrive à un endroit précis qui, selon la société, sera un point de départ pour une carrière réussie (et à ne pas devenir un fardeau pour la société.)

Le but du unschooling peut être difficile à saisir.  Au premier abord, on peut avoir l’impression que les unschoolers ne se soucient pas de ce que les enfants deviennent. Mais ce que c’est, c’est faire confiance au  processus – que la curiosité constitue la meilleure base pour poursuivre ses buts dans la vie. Être en mesure de faire les choses qui nous passionnent est ce qui nous fait sauter hors du lit le matin. C’est ce qui nous rend prêts à supporter les choses que nous n’aimons pas, parce que nous savons que c’est ce qui nous permettra de faire quelque chose dont nous avons vraiment, vraiment envie.

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Et faire confiance aux enfants eux-même, au fait que ce sont des personnes à part entière qui veulent faire des choses dans la vie, pas seulement se laisser vivre. (Même – ou surtout – quand ce qu’ils font à présent peut sembler être tout ce dont ils se soucient.  C’est à ce moment là que nous avons le plus besoin de regarder plus loin et de savoir ce qui se passe réellement, plutôt que ce à quoi ça ressemble en surface.) Et faire confiance à l’instinct biologique, qui nous pousse à vouloir quitter la maison et mener notre propre vie. La biologie est ce qui motive les lions mâles à quitter la bande où ils sont nés, même s’il serait plus facile pour eux de rester.

Il est utile de réfléchir à la raison pour laquelle l’école fonctionne et la raison pour laquelle elle ne fonctionne pas. L’école produit des enfants honnêtes qui vont trouver un emploi et ne pas être un fardeau pour la société. Les gens peuvent vouloir qu’elle fasse plus, ou autre chose, mais c’est essentiellement pour ça qu’elle a été conçu.

Mais parfois, l’école échoue. Parfois, elle fonctionne pas trop mal.

Si l’apprentissage forcé fonctionne parfois et échoue parfois, alors ce n’est pas l’apprentissage forcé qui marche. Il y a d’autres facteurs qui font qu’apprendre sous la contrainte fonctionne. Et, malheureusement, ces facteurs ne sont pas contrôlables. Ils ont à voir avec la personnalité, le milieu familial, le milieu scolaire, le style d’apprentissage, et ainsi de suite. Si quelqu’un possède la bonne combinaison de tous ces facteurs – ils ont un style d’apprentissage qui correspond à l’école, ils ont des centre d’intérêts qui correspondent à ce qui est enseigné, ils ont une personnalité qui peut se conformer à se faire dire quoi apprendre et comment s’y prendre pour l’apprendre – alors l’apprentissage forcé «marchera» (c’est à dire, aura les résultats pour lesquels l’école est conçue.)

La beauté du unschooling est que ça ne dépend pas de la plupart des facteurs dont l’apprentissage sous contrainte dépend. Le unschooling s’adapte à l’enfant et à ses besoins, plutôt que ce soit à l’enfant de s’adapter aux besoins de l’école et aux besoins des projets que les adultes ont pour lui.

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La seule chose dont le unschooling dépend est d’un parent capable de respecter les centre d’intérêts de l’enfant (pas seulement les centres d’intérêts qui semblent pouvoir mener à une future carrière ou à quelque chose qu’il ferait à l’école) et de “semer” et nourrir et soutenir et servir de modèle. (Et apprendre à faire ça bien fait partie des but de la liste Always Learning 🙂

Il y a beaucoup plus à dire sur cela, mais c’est quand même un début!

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J’ai été ravie de lire la réponse, mais la question a fini par aller dans une direction différente de ce que j’attendais.

Je vois ça. Je répondais du point de vue d’enfants qui ont toujours fait du unschooling, s’ils évitent d’apprendre ou non. Peut-être que je vais ajouter cette réponse (ci-dessous) pour ceux qui s’interrogent sur leurs enfants scolarisés.

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Mes enfants ont été à l’école publique la plupart de leurs vies. J’aimerais faire du unschooling, mais quand je demande à mon fils ce qu’il aimerait apprendre, il répond qu’il ne sait pas. Si je lui montre quelque chose qui je pense pourrait l’intéresser et que je lui demande à nouveau il me dit encore qu’il ne sait pas.

La réponse est simple: Ne demandez pas! 😉

Plutôt que de demander ce qu’il aimerait apprendre, faites simplement ce qu’il aime, exposez-le à des choses qui pourraient l’amuser (et non-pas des choses qui seraient bonnes pour lui!)

Plutôt que de le regarder comme un récipient que vous voulez remplir, regardez-le comme une personne qui va vers ce qui l’intéresse. Plutôt que de regarder ce qui l’intéresse à travers la loupe de l’école, qui ne fait ressortir que ce qui est fait à l’école, regardez tout ce à quoi il s’intéresse: jeux vidéo, dessins animés, skate board, natation, jouer avec des amis, …

Pensez-y de cette façon: Que feriez-vous si votre mari vous tournait autour pour voir si vous alliez faire quelque chose qui ressemble à l’école, et vous demandait sans cesse ce que vous aimeriez apprendre ? Que diriez-vous ? Comment vous sentiriez-vous ?

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Comment obtenez-vous qu’un enfant qui a été désensibilisé par l’école ait à nouveau envie d’apprendre ?

Les enfants scolarisés (ou récemment déscolarisés) ont l’air de ne rien vouloir apprendre. Tout ce qu’ils veulent faire est jouer. C’est parce que:

  1. Les parents sont à la recherche de ce que fait l’enfant à travers une loupe scolaire. Si ça ne ressemble pas à quelque chose qu’un enfant ferait à l’école alors ça ne ressemble pas à de l’apprentissage.
  2. Les enfants ont besoin de temps et de la liberté de dire «non merci» à tout ce qu’ils associent à l’ennui et aux difficultés de l’école.
  3. Ils ont besoin de temps pour faire le plein de ce qui a été contrôlé ou autorisé à petites doses: regarder la télé, courir, « ne rien faire” (c’est-à-dire réfléchir!)

Les enfants qui ont été scolarisés à l’école ou à la maison ont besoin de temps pour se “déschooler” avant de pouvoir regarder toute la vie comme potentiellement intéressante. Au début, ils vont faire beaucoup de choses qui ressemblent à du pur divertissement. C’est parce que l’école peint une grande partie de la vie avec un pinceau d’ennui.  Les enfants associent «maths» et «science» et «lecture» et «écriture» et «histoire» au fait d’être forcés de lire et d’écouter et de mémoriser et de pratiquer des idées qui sont barbantes à mourir, de sorte que même s’ils avaient été intéressés au début, ils ont vite envie de les éviter.

Les jeux des enfants scolarisés ressemblent à éviter d’apprendre (ce qui est enseigné à l’école). C’est souvent le cas! (Ils ne peuvent pas éviter d’apprendre. Ils apprennent tout le temps. Mais ils peuvent éviter tout ce qui leur rappelle l’école!) Ils ont besoin d’un temps d’arrêt, où ils ne sont pas obligés d’étudier.  Alors les parents supposent qu’il est naturel pour les enfants d’éviter d’apprendre.  Ce n’est pas vrai. Les enfants veulent apprendre. Ils ne veulent pas – tout comme les adultes – être obligés d’étudier des choses qui n’ont aucun sens pour eux.

Combien d’enfants se ferment quand ils voient des pourcentages dans la vie réelle ?  Ce n’est pas parce que les pourcentages sont difficiles. C’est parce qu’à l’école ils sont difficiles: apprendre les détails de quelque chose dont vous avez eu peu d’expérience, et retiré de tout contexte auquel vous pourriez vous rapporter, est difficile. C’est comme mémoriser des règles de grammaire et de vocabulaire dans une langue que vous n’avez jamais entendu parlée. Dans la vrai vie, les pourcentages sont simplement un moyen utile de présenter de l’information: changer les dimensions des images dans un logiciel d’art, les points de vie qui vous restent dans un jeu vidéo, combien vous allez économiser sur un article en solde, les moyennes des joueurs de baseball …

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L’apprentissage des enfants non scolarisés ressemble aussi à du jeu, mais pour eux, le monde n’est pas divisé en apprentissage et jeu. Il est divisé en choses qui les intéressent et choses et qui ne les intéressent pas encore.  Gengis Khan, Bob l’éponge, les araignées, la comédie, le dessin, les biscuits, Songe d’Une Nuit d’Eté, le Seigneur des Anneaux, jouer au bon et au méchant, les maquettes de fusées, CSI: Miami, les animaux en peluche, les voitures Hot Wheels… Tout ça fait tout simplement partie de la vie qui les intéresse ou pas pour le moment. (Vous pouvez avoir, lorsque vous lisiez la liste, inconsciemment classifié les choses soit en « apprentissage » soit en « divertissement / jeu ». C’est une habitude qu’il est utile de reconnaître et d’essayer d’éliminer!)

L’apprentissage des enfants non-scolarisés ressemble à du jeu. Le processus est similaire à la façon dont ils ont acquis la maitrise du langage: ils n’ont pas décidé qu’ils voulaient apprendre à mieux parler afin qu’ils puissent vivre une vie meilleure. Ils ont simplement vécu leur vie et fait des choses qui les intéressaient.  Le langage était un outil qu’ils ont utilisé de temps en temps pour obtenir ce qu’ils voulaient, parce que c’était plus efficace que de pleurer 😉 L’effet secondaire de l’utilisation du langage, c’est qu’ils ont parlé de mieux en mieux. Et plus ils se sont améliorés, plus ils l’ont utilisé parce qu’il était plus utile. Et ils se sont donc encore améliorés.

C’est comme ça pour toute les choses qu’on apprend. Nous utilisons les choses et l’effet secondaire est que nous nous améliorons. Contrairement au message que nous recevons de l’école, nous n’avons pas besoin de comprendre quelque chose avant de l’utiliser. Nous avons juste besoin de comprendre assez pour le faire fonctionner. Et plus nous l’utilisons, mieux nous le comprenons. Nous utilisons un peu de notre savoir et nous le connectons à d’autres morceaux de connaissance et progressivement nous construisons notre compréhension du monde.

Si vous allez à la page où Sandra collectionne certains de mes écrits et cliquez sur « Transcript » (traduction en français ici), vous trouverez une bonne explication de comment fonctionne l’apprentissage naturel.

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Tous ça fait que, malheureusement, le unschooling est perçu comme: prendre du recul et laisser les enfants jouer. Mais, non, les parents ont un rôle actif. Plus actif après que les enfants ont fini de  “deschooler”. La meilleure chose que vous puissiez faire pendant qu’ils sont en phase de “deschooling” est de les laisser jouer. Et les aider à jouer. Invitez d’autres enfants à venir jouer chez vous. Assurez-vous qu’ils ont des choses avec lesquels ils aiment jouer. Soyez avec eux. Découvrez pourquoi ils aiment tellement quelque chose. Quand ils se sentiront libres – la règle générale est un mois pour chaque année où ils sont allés à l’école, à partir du moment où vous avez arrêter de faire pression sur eux pour apprendre quelque chose – offrez plus activement des choses à faire: des films, des émissions de télévision, des livres, des endroits où aller – restaurants ethniques, musées, balades en forêt, magasins cools ….

Recherchez les choses qui vous font plaisir dans la vie et votre enthousiasme infectera votre enfant 🙂 Tant que c’est un intérêt et un plaisir authentique! Si c’est un faux intérêt pour les amener à accorder une attention à quelque chose que vous pensez être bon pour eux, ils vont le remarquer et l’éviter. C’est la tactique dont ils ont été inondés depuis la maternelle: “L’apprentissage, c’est amusant!”

Il y a un autre article sur ma page sur le site de Sandra, “Cinq étapes vers le unschooling”, qui pourraient aussi vous aider.