Les maths ne se résument pas qu’à l’arithmétique

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Math is More Than Arithmetic
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

Nous poursuivons le thème de ce mois-ci et continuons à explorer les différences entre le unschooling et l’école. Après avoir vu la lecture et l’écriture, attaquons-nous aujourd’hui aux maths. Les unschoolers ne divisent pas le monde en différentes matières: nous avons une vue d’ensemble plus large et nous reconnaissons la myriade de façons dont les mathématiques sont intrinsèquement mêlées au monde. Nous voyons que les maths ne se résument pas qu’à l’arithmétique, la branche des mathématiques concernant le calcul numérique qui est l’objectif principal des programmes de mathématiques de l’école, du moins pour les premières années.

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On m’a récemment demandé de résumer mon expérience avec les mathématiques en tant qu’unschooler et voici ce que j’ai écrit:

“En tant que parent unschooler depuis plus de dix ans, j’ai vu avec quelle détermination mes enfants se consacrent à leurs centres d’intérêt et à leurs objectifs. Quand ils sont curieux et motivés, leur persistance semble inépuisable, même à travers les frustrations et les déceptions. En revanche, les parents unschoolers se rendent compte que l’apprentissage réel est minime quand la personne n’est pas intéressée. Les enfants apprennent les maths quand ils ont besoins des maths. Mes enfants ont rencontré l’arithmétique au quotidien, en vivant et en apprenant dans le monde qui les entoure: en comptant leurs jouets, en jouant à des jeux de société, en calculant leurs points de vie dans leurs jeux vidéos, en faisant de délicieux gâteaux, en faisant des courses, en mesurant des distances, en calculant leurs soldes de compte en banque. Les raisons d’effectuer ces tâches étaient évidentes, et ils ont acquis leurs compétences en calcul en cours de route – sans développer cette aversion pour les maths si souvent induite par l’école. D’ailleurs, beaucoup d’adultes mènent une vie active et joyeuse sans avoir besoin de compétences plus avancées.

Pourtant, dans le monde réel, le domaine des mathématiques est bien plus vaste que l’arithmétique, et à travers leurs années à explorer le monde, analyser les situations, et faire des choix, mes enfants ont développé de très bonnes compétences en sens critique, en raisonnement et en logique. Je suis certaine que ces bases solides en raisonnement mathématique, en plus de leurs compétences en calcul, leur seront d’une aide précieuse peu importe la voie qu’ils choisiront. Si, à n’importe quel moment, ils ont besoin ou envie d’apprendre des maths plus avancées, ce sera le bon moment pour le faire. Le temps que les élèves conventionnels passent à apprendre ce qu’ils savent (par exemple, le programme de maths de l’enseignement secondaire), mes enfants le passent à apprendre d’autres choses qui vont constituer leur propre base de connaissances. Quand on a une vision de l’apprentissage qui s’étend sur toute une vie, il est inutile de comparer l’âge auquel les gens apprennent les choses. Ce n’est pas une compétition; il n’y a pas de retard ou d’avance. Le temps n’est pas perdu, mais simplement utilisé comme bon leur semble.”

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Il y a là dedans plusieurs idées que j’aimerais développer, maintenant que j’ai la place pour le faire 🙂

“sans développer cette aversion pour les maths si souvent induite par l’école”

C’est un problème important: il suffit de rechercher “phobie des maths” dans Google pour s’en rendre compte. Le programme de mathématiques à l’école contribue à ce phénomène de deux manières. Premièrement, avec l’accent mis très tôt sur l’arithmétique, ce qu’on attend d’un élève se réduit à donner une bonne ou une mauvaise réponse. Mais qui aime se tromper ? Très vite, beaucoup d’enfants préfèrent simplement éviter le sujet.

Deuxièmement, avec l’importance d’écrire tous les calculs pour obtenir tous les points, les enfants ne sont pas encouragés à penser et à jouer avec les nombres. Le temps passé en cours sert en grande partie à préparer les enfants au prochain examen. Il n’y a plus de temps pour explorer d’autres façons d’arriver à la réponse, ou pour comprendre pourquoi certaines approches, qui semblent logiques au premier abord, peuvent nous induire en erreur, ou comment l’intuition d’un élève l’a emmené à la bonne réponse sans qu’il puisse décrire sa démarche. On leur demande d’apprendre par cœur un procédé qui mènera à la bonne réponse, et de le répéter ad nauseam. Et à l’examen, on a intérêt à utiliser la même méthode que la maîtresse pour arriver à la réponse, souvent parce que les enseignants du primaire ne maîtrisent eux-mêmes pas bien les maths, et ne connaissent qu’une seule méthode pour trouver la solution. Je n’écris pas cela pour critiquer les enseignants – c’est la façon dont marche le système.

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Je me souviens encore des fois où, assise à la table de la cuisine, je retenais mes larmes parce que mon père, pourtant bien intentionné, me montrait une méthode différente pour résoudre un problème de maths. Je savais que ça ne serait pas accepté. Je lui disais “mais c’est pas comme ça que la maîtresse veut qu’on le fasse!!” Et ce n’est pas du tout parce que j’avais la phobie des maths. Plus tard j’ai obtenu un diplôme en génie physique et j’ai suivi des cours de maths pendant toute ma carrière universitaire. Mais l’environnement créé par l’école était tel que je voulais juste apprendre la méthode qu’on voulait que j’utilise et passer à autre chose.

“Beaucoup d’adultes mènent une vie active et joyeuse sans avoir besoin de compétences plus avancées.”

J’ai suivi beaucoup de cours de maths pendant ma carrière scolaire, et, est-ce que ça a valu le coup? J’aimais les maths et je prenais plaisir à jongler avec les chiffres pour obtenir la réponse correcte – c’était un jeu, un puzzle. Je suppose que ces compétences avancées en mathématiques sont utiles pour beaucoup d’ingénieurs, même si en dix ans de carrière je n’en ai personnellement jamais eu besoin. Et je ne pourrais certainement plus m’en servir aujourd’hui, quoique je suis presque sûre que je pourrais les réapprendre, si j’en avais besoin.

“Mais ils doivent apprendre ce que sont les dérivées et les intégrales!”

Ce n’est pas parce que les enfants qui font du unschooling ne suivent pas de programme de maths qu’ils ne sauront jamais que les mathématiques supérieures existent; ne pas enseigner quelque chose et en tenir les enfants éloignés sont deux choses très différentes. Si un centre d’intérêt ou une passion débouche sur des maths plus avancées (comme par exemple la programmation informatique, les origamis complexes, la théorie des jeux, ou l’astronomie) il se peut qu’ils veuillent en apprendre plus. S’ils adorent jouer avec les nombres, il se peut qu’ils en rencontrent de cette façon, en explorant les maths de plus en plus profondément. Le besoin de comprendre et d’utiliser des mathématiques supérieures existe dans le monde pour de vraies raisons. Et c’est pour ces raisons-là que les enfants qui font du unschooling les aborderont.

Rush Hour Jr.

Malgré ça, il n’y a pas énormément de carrières qui nécessitent des compétences avancées en maths. Beaucoup d’adultes vivant une vie active et joyeuse n’en ont jamais besoin – y compris moi-même. Un des avantages du unschooling est que les enfants ne passent pas leur temps à apprendre des choses dont ils pourraient éventuellement avoir besoin un jour; ils passent leur temps à apprendre ce qu’ils ont envie ou besoin de savoir *aujourd’hui*. Ce qui implique comme corollaire que quand ils ont besoin ou envie de savoir quelque chose, ils l’apprendront.

“ces bases solides en raisonnement mathématique, en plus de leurs compétences en calcul”

En écrivant ça, j’ai surfé sur le web afin de me remémorer les raisons invoquées pour convaincre les élèves d’étudier les mathématiques supérieures. La citation suivante est une bonne représentation de ce que j’ai trouvé: “Dans beaucoup d’emplois et de hobbies, il est important d’avoir l’esprit vif et logique, et de pouvoir faire preuve de créativité pour résoudre les problèmes. Ces compétences peuvent être perfectionnées en étudiant les maths. Vous pourriez penser que vous n’utiliserez jamais les choses que vous apprendrez, mais elles développeront votre esprit et vous aideront à avoir plus de choix dans votre vie.” (Cette citation est tirée de http://www.freemathhelp.com/math-real-world.html )

Je comprends ce raisonnement. Pour résoudre des problèmes de mathématiques supérieures il faut avoir un bon esprit d’analyse et un excellent raisonnement logique afin de pouvoir discerner la méthode à utiliser. Mais suivre un programme de maths n’est pas la seule façon de développer ces compétences. A la place, les enfants qui font du unschooling perfectionnent leur raisonnement logique en analysant des situations et en faisant des choix au jour le jour. Les parents unschoolers travaillent dur pour donner à leurs enfants le temps, l’espace et le soutien nécessaire pour acquérir des compétences en pensée critique et leur permettre d’évaluer, de comparer, d’analyser, de faire la critique, et de synthétiser des informations, peu importe le domaine. Le unschooling encourage énormément tout cela . Comme la citation ci-dessus le suggère, et je suis d’accord, il ne s’agit pas vraiment de maths.

“Le temps n’est pas perdu, mais simplement utilisé comme bon leur semble.”

Dans ce même ordre d’idée, pendant que les enfants à l’école travaillent sur leurs cours de maths, les enfants qui font du unschooling ne restent pas assis à ne rien faire; ça ne crée pas un vide dans leur vie. Ils vivent et apprennent d’autres choses, qui sont utiles pour eux. Ils connaissent beaucoup de choses qui ont du sens pour leur vie, que les enfants scolarisés ne connaissent pas. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas une compétition. Le temps n’est pas perdu, ils l’utilisent simplement comme bon leur semble. Si apprendre des maths supérieures devient un besoin ou un centre d’intérêt, ils pourront le faire à ce moment là, peu importe leur âge.

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Voilà ce à quoi les maths ressemblent de mon point de vue de unschooler. L’arithmétique est utile parce que ce sont des compétences de base que nous utilisons quotidiennement – les enfants qui font du unschooling acquièrent ces compétences en calcul en les abordant dans leur vie de tous les jours. Avoir un esprit critique est bénéfique pour contribuer à la société et parvenir à nos objectifs personnels – les enfant qui font du unschooling obtiennent ces compétences en rassemblant des informations et en les analysant, en faisant des choix, et en intégrants les résultats de ces expériences au fur et à mesure; pendant qu’ils poursuivent leurs passions et qu’ils développent leurs intérêts.

Et, d’après mon expérience, c’est une base solide pour une vie active et joyeuse.

Apprendre à écrire pour communiquer

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Learning To Write is About Communication
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

L’écriture est une autre de ces compétences de base que de nombreux parents ont peur de ne pas enseigner, au début de leur exploration du unschooling. Revenons à la vue d’ensemble de la communication, que j’ai abordée dans “Apprendre à Lire sans Leçons”:

Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est “quelque chose qu’on doit faire”, et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs.

Tout comme il existe des raisons réelles pour apprendre à lire, il y a de vraies raisons pour apprendre à écrire. Pas pour obtenir des bons points ou des autocollants, pas pour avoir de bonnes notes, mais pour communiquer. Et encore une fois, les enseignants ont besoin de pousser les enfants à développer ces compétences à un âge précoce parce qu’ils dépendent de la communication écrite. La plupart des jeunes enfants préfèrent jouer activement: jouer, jouer, et encore jouer. Et s’ils choisissent de faire ça, c’est que c’est la meilleure façon pour eux d’apprendre à se connaître et à comprendre le monde qui les entoure.

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Les besoins d’un enfant en matière de communication écrite ne font souvent surface que quelques années plus tard, quand leur monde commence à s’élargir au-delà de leur entourage immédiat. Leurs parents ne possèdent plus toutes les réponses à leurs questions. Leurs centres d’intérêts commencent peut-être à  s’étendre  au-delà de leur portée locale, et ils veulent communiquer avec ceux qui partagent leur passion mais qui habitent loin. Ils veulent lire pour recueillir plus d’informations, ils veulent écrire pour poser des questions à d’autres ou pour partager leurs propres connaissances. Ou partager leurs histoires. Ou communiquer avec les autres dans un contexte social. Quand leur monde s’étend, il existe tellement de raisons et de possibilités réelles d’écrire.

Mais avant de nous plonger là dedans, nous allons faire un détour rapide pour explorer l’acte physique de l’écriture. À l’école, avoir une écriture lisible est important. Lorsque les devoirs et les interrogations écrites sont mal interprétés ou illisibles, on perd des points. Et quand on perd des points, les notes en souffrent. Mais quand on sort du contexte de l’école, l’écriture reste-t-elle une compétence aussi importante ? D’une façon plus générale, qu’est-ce qu’on essaye accomplir ? Une communication qui persiste dans le temps. La méthode employée pour produire cette communication n’est pas primordiale.

Dans le monde d’aujourd’hui, la communication électronique est devenue omniprésente. Taper sur un clavier ne relève plus uniquement du domaine de compétences des secrétaires et des écrivains, mais de tout le monde. Les seules fois où j’ai écrit à la main ces dernières années étaient pour mon usage personnel – je serais perdue sans mes listes! – mais je pourrais même gérer celles-ci électroniquement, si c’était ma préférence. De toutes manières, si une personne ressent le besoin de communiquer avec une autre en écrivant à la main, et que la communication souffre du fait qu’il est difficile de déchiffrer les messages, ça sera une excellente motivation pour écrire plus lisiblement. Parce que quand on a un besoin, on a une motivation interne, et on est plus réceptif à l’information – on apprend vraiment. Ou alors, le pharmacien appellera simplement le bureau du médecin pour confirmer les détails de l’ordonnance. 😉

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Mon fils aîné a appris à bien taper sur un clavier en quelques semaines, parce qu’il voulait communiquer avec les autres joueurs, dans un jeu en ligne. Si vous avez lu l’article sur le cheminement de ma fille vers la lecture, vous avez sans doute remarqué qu’elle écrivait les scènes intéressantes dans les livres de Harry Potter. Au lieu de lire un livre puis d’en écrire l’exposé parce que c’est ce qui est demandé par la maîtresse, les enfants qui font du unschooling trouvent des raisons réelles pour écrire, des raisons qui ont un sens pour eux au cours de leurs journées, et qui les motivent à le faire relativement bien. Ils découvrent que le succès de la communication dépend de la façon dont le destinataire comprend le message écrit. Ils découvrent qu’il y a différents niveaux de formalité écrite, en fonction de la situation.

Et n’oubliez pas que quand ils sont engagés dans une conversation écrite réelle, ils communiquent avec une autre personne – peut-être en temps réel, par texto ou tchat en ligne, peut-être avec un petit délai par le biais de forums électroniques, ou peut-être sur des périodes encore plus longues à travers des livres, des magazines et des sites web internationaux. La communication n’est pas un acte solitaire. L’apprentissage de la communication écrite ne démarre pas à partir de zéro quand ils décident de s’y essayer; ils l’ont observé en action au fil des années quand ils lisaient ou que quelqu’un d’autre leur faisait la lecture. Les textes qui les inspirent à répondre sont aussi des guides pour savoir comment répondre.

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J’ai mentionné plus haut que les compétences en dactylographie de mon fils aîné se sont développées par le biais de jeux en ligne. Son désir de communiquer avec d’autres personnes qui partageaient sa passion pour les jeux vidéos l’a emmené à consulter des forums en ligne. Dans un premier temps il a lu sans participer – juste pour obtenir une idée du ton et des attentes de la communauté. Il a repéré les formes de communication écrite qui fonctionnaient le mieux – c’est à dire les messages qu’il trouvait les plus intéressants, ceux qui l’ont aidé à en apprendre d’avantage sur le sujet. Il a remarqué que l’orthographe, la grammaire et la ponctuation faisait une différence dans la façon dont le message était reçu.

Quand il s’est enfin décidé à participer, il voulait que sa communication soit claire, et il a donc incorporé ces conventions linguistiques à son style de rédaction. Les réponses fournissaient aussi un retour d’information immédiat: si ce qu’il écrivait était mal compris, c’était un indice; s’il n’y avait pas de réponses, c’était un indice. C’était de la communication réelle. Et puis, vous êtes là pour répondre à leur myriade de questions, comme «Pourquoi ce mec-là poste toujours des trucs quand il sait très bien que ça va faire enrager les autres ? » Il a aussi appris les nuances de la communication écrite au-delà de la grammaire.

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Ou peut-être qu’ils commencent par copier des textes qu’ils aiment (comme ma fille et Harry Potter) et finissent par ajouter leurs propres idées (elle a ensuite écrit des textes de fan fiction). Quand elle a voulu recevoir des critiques constructives sur ses écrits, elle a posté ses histoires sur un forum de fan fiction en ligne. Ensuite, elle a commencé à écrire des histoires sur ses propres mondes imaginaires. Parfois manuscrites, parfois dactylographiées – c’était toujours de la communication. Au début de son adolescence, son processus de communication est devenu visuel, par le biais de la photographie. Aujourd’hui, elle apprend le style de langage et de communication qui appartient aux contrats et aux relations avec les clients (NdT: elle est photographe professionnelle.)

Pour mon plus jeune, pour le moment, la communication écrite est la plupart du temps un outil pour ses interactions sociales. Mais même là, en me basant sur les textos qu’il m’envoie, je peux voir qu’il est assez à cheval sur la grammaire et la ponctuation.  Et quand bien même il ne le serait pas, ça ne me dérangerait pas. Ce qui est important c’est l’individu, c’est de faire attention à ce qui est intéressant pour *lui*, car c’est là que l’apprentissage est utile.

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La vie, si elle est vécue activement, en étant ouvert aux possibilités, donne à chacun la chance d’acquérir les compétences qui l’aideront au mieux à suivre sa propre voie – cela inclut la communication écrite. Ce qui est merveilleux, chez les enfants qui font du unschooling, c’est qu’ils ont le temps d’explorer, le temps de trouver les choses qui les intéressent et de développer les compétences qui leur seront utiles dans leur vie, au lieu de passer une grande partie de leur enfance dans une salle de classe, déconnectés de la vie, à essayer de maîtriser des compétences que d’autres pensent qu’ils pourraient avoir besoin un jour.

Comment pouvez-vous aider ?  Soyez ouverts avec vos enfants et partagez avec eux vos expériences avec la communication écrite. Avez-vous écrit une lettre au rédacteur en chef de votre journal local ? Ou participez-vous à des discussions intéressantes sur un forum en ligne? Ou venez-vous de recevoir une lettre-type particulièrement ridicule qui vous a fait rire ? Partagez ces moments avec vos enfants. Pas dans l’attente d’une réponse, mais parce que ce sont des bribes intéressantes de communication dans le monde. Partagez. Partagez. Partagez. Vivez et apprenez ensemble.

Apprendre à lire sans leçons

Traduction de l’article de Pam Laricchia « Learning to Read without lessons »
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

La semaine dernière, j’ai exploré certaines des différences fondamentales entre le unschooling et l’école. Mais même si cela paraît intéressant et assez logique, il peut être difficile de lâcher complètement l’idée que les compétences de base doivent quand même être enseignées: « Une fois que mon enfant saura lire et écrire,  je me sentirais suffisamment à l’aise pour le laisser explorer ses centres d’intérêts librement. »

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Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est « quelque chose qu’on doit faire » , et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs .

Ce type de processus d’apprentissage diffère de l’apprentissage axé sur les leçons en deux points majeurs. Tout d’abord, il n’y a pas de calendrier ou d’emploi du temps externe. Et en second lieu, la définition des compétences est plus large, tout comme le monde est plus vaste que la salle de classe.

Cette semaine, nous allons aborder le sujet de la lecture.

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À l’école, les enseignants ont besoin que les élèves apprennent à lire le plus tôt possible, car c’est un moyen efficace pour communiquer avec une salle remplie d’élèves. Le système éducatif est conçu autour de la communication écrite: les enseignants utilisent des livres de cours et des cahiers d’exercices pour partager l’information avec les élèves, et se basent sur des examens écrits pour évaluer les progrès.  Il n’est donc pas étonnant que les enfants qui savent lire tôt y sont plus valorisés. C’est d’autant plus difficile pour les jeunes enfants, parce qu’ils n’ont pas encore vraiment besoin de lire au-delà de l’école: leur passion est le jeu actif.  Malheureusement, les enfants qui n’apprennent pas à lire selon le calendrier de l’école sont triés et étiquetés et jugés inférieurs.

Avec le unschooling, la lecture précoce n’est pas nécessaire parce que nous avons le temps de communiquer avec nos enfants en nous servant d’outils qu’ils maîtrisent déjà. Nous pouvons parler avec eux, nous pouvons interpréter le langage du corps et des émotions, nous n’avons pas besoin de nous appuyer sur la lecture. Notre communication est riche.

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À l’école, le processus d’apprentissage de la lecture est réduit à réciter l’alphabet, remplir des feuilles d’exercices de phonétique et pratiquer la prononciation.  On décerne le label «lecteur» aux enfants quand ils savent déchiffrer un livre de lecture. Mais ce n’est que le début: ils doivent rester à la hauteur. Ils se sentent poussés à continuer à se développer au même rythme que le programme, ou ils risquent de perdre leur badge d’honneur.

Avec le unschooling, les enfants sont entourés par l’environnement lettré du monde réel. Ils voient la valeur réelle de la lecture: le dialogue et les instructions dans leurs jeux vidéo, les pancartes dans les magasins pour trouver leur nourriture préférée, les statistiques sur leurs cartes de jeu, des sites web sur les choses qu’ils aiment, des livres et des magazines remplis d’informations et de récits intéressants. Pourtant, cette valeur n’est pas tenue au dessus de leurs têtes comme une motivation perverse à apprendre plus vite: « essaye de lire tout seul ! » Les parents unschoolers sont heureux de lire pour leurs enfants jusqu’à ce qu’ils soient prêts à le faire eux-mêmes. Et apprendre est plus facile, et plus efficace, sans cette pression extérieure. Voici une observation intéressante que j’ai faite au fil des ans: les enfants qui font du unschooling sont plus susceptibles de se dire « lecteurs » une fois qu’ils sont capables de lire aisément un livre de niveau adulte. C’est ce à quoi ressemble la lecture dans le monde réel.

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Comme je l’ai mentionné précédemment, le système éducatif est conçu autour de la communication écrite, donc être en mesure de lire est primordial pour réussir dans cet environnement. Ne pas être capable de lire met les élèves en situation désavantageuse dans *toutes les matières*. Mais sans cette contrainte, les unschoolers absorbent des informations tout aussi efficacement de nombreuses autres façons! Vous pouvez les trouver en train de regarder des vidéos (des documentaires, des chaînes spécialisées, des vidéos amateurs, … ), de découvrir et d’explorer par eux-même (dans des centres de sciences, musées, zoos, …) ou de jouer avec à peu près n’importe quoi (des ordinateurs, des logiciels de conception de jeux vidéo, des instruments de musique, des appareils photo, dehors en train d’explorer, …) En fait, pour beaucoup de gens, la lecture n’est ni le moyen préféré, ni la façon la plus efficace, d’apprendre de nouvelles choses. A l’école, l’apprentissage est compromis pour les enfants qui apprennent à lire tard, mais ce n’est pas le cas avec le unschooling.

La logique est la même pour la fiction: en dehors de la salle de classe, il y a plusieurs façons de découvrir des histoires, au-delà de la lecture. Le monde est plein de récits racontés par différents moyens: séries télé, films, bandes dessinées, jeux de société, jeux vidéo, pièces de théâtre, conteurs, livres audio. Je me souviens avec émotion des nombreuses heures agréables passées à lire à haute voix à mes enfants.  L’accès aux histoires ne dépend pas de la capacité de lire.

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Les âges auxquels les enfants sont capable de rassembler les nombreuses pièces du puzzle de la lecture varient énormément. Essayer de rajouter des leçons à ce processus implique non seulement que l’apprentissage doit se faire selon le calendrier de quelqu’un d’autre, mais que l’intérêt de l’enfant et ses questions et connexions personnelles ne sont en quelque sorte pas dans le « bon » ordre pour rassembler les morceaux du puzzle de l’apprentissage de la lecture.

Mais n’en déduisez pas que ne pas donner de leçons signifie que les parents unschoolers ne font rien. Au contraire, nous sommes très impliqués dans le processus. Simplement, au lieu de suivre un programme prédéterminé qui est censé emmené l’élève à la lecture, nous participons activement à la vie avec nos enfants. Les mots sont partout. Nous leur faisons la lecture, nous répondons à leurs questions sur les mots – avec des réponses directes, et non des  mini-leçons improvisées. Peut-être qu’ils aiment les jeux de mots, ou mettre les sous-titres quand ils regardent des films, ou écouter un livre audio en suivant avec le livre. Pour chaque personne, les connexions dans le cerveau se font différemment, donc les choses qui stimulent ces connexions seront différentes. S’ils ne lisent pas, c’est probablement parce que leur cerveau n’est pas encore prêt pour cela. La culpabilité et la pression n’aideront pas leur cerveau à établir ces liens et à se développer plus rapidement. Ce qui aidera, c’est d’explorer le monde à travers leurs propres yeux.

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J’ai écrit un article pour le magazine Life Learning, en 2004, sur le cheminement de ma fille vers la lecture. Voici le lien, si ça vous intéresse: « Je sais lire, tu sais »

En dehors de la salle de classe, il y a tellement de façons de découvrir et d’apprendre sur le monde sans passer par la lecture. Et en plus de ça, les enfants qui apprennent à lire plus tard ne se sentent pas défectueux – ils apprendront à lire selon leur propre calendrier, et ajouteront cette façon-là de découvrir des histoires et de recueillir des informations à leur répertoire déjà abondant.

Le unschooling ne ressemble pas du tout à l’école

Traduction de l’article de Pam Laricchia: Unschooling doesn’t look like school at all
Traduit de l’anglais par Stéphanie Meloche
(Traduction republiée ici avec son autorisation. Original sur son blog.)

Le unschooling ressemble à la vie

Le unschooling c’est comme des vacances d’été qui ne finissent jamais, moins la chaleur (à moins que vous n’habitiez plus près de l’équateur que moi!), mais avec une grande différence : les enfants ne passent pas leur temps à décompresser, à évacuer le stress accumulé causé par les horaires stricts et par la pression de performance. Et ils ne finissent pas par se plaindre qu’ils s’ennuient parce que personne ne leur dit quoi faire. À la place, ils sont occupés à poursuivre leurs intérêts.

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Et à quoi ressemble l’apprentissage à l’école? La vaste majorité d’entre nous, parents, avons été à l’école, alors nous comprenons très bien le système : il y a un programme qui nous dicte ce que nous devons apprendre; un professeur qui tente de nous aider à le comprendre; et un test qui détermine si nous nous en souvenons. Répétez cette boucle sur plusieurs années et pour plusieurs sujets. C’est une méthode destinée à atteindre son but : enseigner à un grand nombre d’élèves une gamme prédéfinie d’informations.

La question est : comment les unschoolers arrivent à apprendre de cette façon, alors qu’on nous a appris qu’on ne pouvait apprendre que dans le système?

Regardons en quoi le unschooling est différent de l’école et pourquoi.

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(1) Pas de programme

Les unschoolers ne croient pas en l’idée que tous ont besoin de connaître les mêmes compétences et les mêmes informations générales à un âge précis. Ils comprennent que chaque personne est unique et fera différentes choses à l’âge adulte. Les parents d’unschoolers croient que c’est plus efficace pour leurs enfants d’apprendre ce qui les intéressent. Ces intérêts ont plus de chance de leur faire développer des compétences qui leur servira dans leur travail et dans leur vie d’adulte qu’un programme général. Ce qu’ils aiment faire en ce moment est une étape sur le chemin de ce qu’ils choisiront dans le futur. Ils suivent leurs intérêts, leur curiosité, à la place d’un programme.

Qu’en est-il de ce savoir et de ces compétences qui sont nécessaire pour se débrouiller dans la société? Puisque les enfants unschoolers, en grandissant, apprennent et vivent dans le vrai monde, qu’ils interagissent avec les personnes de leur communauté, ils rencontreront des occasions où le besoin se fera sentir de développer ces connaissances et compétences, et ils les développeront à ce moment.

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(2) Atmosphère soutenante

Le fait de ne pas suivre un programme ne veut pas dire que les parents d’unschoolers ne font rien. Remplacez le programme par un environnement propice aux apprentissages. Non pas basé sur un calendrier précis, mais sur les intérêts de votre enfant. À la place d’un enseignant qui dispense de l’information et qui dirige les activités des enfants, les parents d’unschoolers supportent activement leurs enfants dans la poursuite de leurs intérêts. Le but des enfants n’est pas d’apprendre, mais de faire ce qui les attire. Le plus fascinant, c’est que lorsque leur but est de simplement vivre leur vie, les apprentissages deviennent des conséquences, merveilleuses et intenses, qui se produisent en cours de route. Et selon mon expérience, ils apprennent énormément!

Un autre aspect différent du unschooling, c’est que les parents ne croient pas que leurs enfants n’apprendront rien à moins d’y être forcé. Mon expérience m’a prouvé le contraire! Les enfants sont intéressés à explorer le monde autour d’eux. Vous n’avez qu’à observer un bambin qui a récemment appris à marcher! Cela ne change pas quand ils grandissent, à moins que les adultes dans leur vie leur retirent tout enthousiasme en les forçant ou en prenant le contrôle.

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 (3) L’emphase sur les aspirations

Les écoles mettent l’emphase sur les compétences qui seront nécessaires selon elles aux enfants plus tard. Avec le unschooling, nous poursuivons nos intérêts et choisissons les compétences dont nous avons besoin pour accomplir nos objectifs tout au long du chemin – autant les parents que les enfants! L’important, ce ne sont pas les compétences mais ce que vous pouvez faire avec elles.

Et les apprentissages sont bien plus efficaces dans cette perspective. Souvenez-vous combien de fois un enseignant vous a dit : « tu auras besoin de savoir ceci quand tu seras grand ». En tout cas pour moi, cela ne constituait pas une motivation suffisante pour investir de mon temps et de mon énergie. Mais qu’en est-il lorsque vous souhaitez accomplir quelque chose, maintenant? Les compétences et les informations nécessaires à cet accomplissement prennent alors tout leur sens. Vous avez maintenant une raison pour comprendre ces informations et pour acquérir ces compétences – vous souhaitez apprendre pour réaliser votre objectif. Il y a aussi de meilleures chances pour que vous vous souveniez de tout puisque cela a un sens et est relié à vos connaissances actuelles. Voilà le vrai apprentissage – celui que l’on comprend et que l’on retient.

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 (4) Interagir avec des personnes de tous âges

Les écoles regroupent les enfants du même âge – c’est la façon la plus simple de délivrer le programme en sections. Un des désavantages de ce système est qu’il n’y a qu’un adulte pour un grand nombre d’élèves; les élèves n’ont donc pas accès à différents modèles significatifs; ils acquièrent beaucoup de leurs compétences sociales avec leurs pairs du même âge, qui n’ont pas plus d’expérience qu’eux.

À la place d’avoir la possibilité de se faire des amis uniquement de leur âge et qui vivent dans la même région qu’eux, les enfants unschoolers ont souvent des amis d’âges très variés. Mais sans ces possibilités qu’offre l’école, comment les unschoolers trouvent-ils des amis? Grâce à leurs intérêts. Le karaté. La construction de robots. Les sports. L’art. Les jeux vidéo. Un intérêt commun est une base bien plus solide que l’âge pour développer une amitié.

Avoir des amis d’âges différents permet aussi aux enfants d’aider les plus jeunes et les moins expérimentés, de jouer avec enthousiasme avec ceux qui ont des intérêts et compétences similaires, et d’apprendre de ceux qui ont plus d’expérience qu’eux. L’âge n’est pas un facteur important dans la vraie vie (à l’extérieure de l’école), elle n’est donc pas non plus un facteur important pour les unschoolers qui vivent tous les jours dans le vrai monde.

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 (5) Pas de vacance pour les apprentissages

Les apprentissages sont vécus au quotidien. Une fois que votre famille est engagée dans le unschooling, cela devient la vie, simplement. Et il n’y pas d’utilité à prendre des vacances de la vie. Les vacances servent à explorer de nouveaux endroits et à expérimenter de nouveaux domaines; et non pas à s’échapper de nos obligations. Lorsque juin arrive, mon plus jeune me demande encore s’il aura congé durant l’été et nous répondons « Non, nous continuerons simplement à faire ce que nous faisons tous les jours ». Le concept de vacance n’a plus vraiment de sens lorsque toute notre vie est vécue comme des vacances d’été!

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Voilà seulement cinq différences entre l’école et le unschooling. C’est une façon complètement différente de vivre et d’apprendre! Et c’est un style de vie qui encourage les vrais apprentissages, mais développe aussi des liens familiaux solides qui dureront bien après les années d’école obligatoires.