Deschooling pour les parents

de Sandra Dodd – Traduit par Sylvie Martin Rodriguez (révisé par Béatrice Mantovani)
L’article original en anglais : Deschooling for parents
La traduction française originale sur le site de Sandra Dodd est ici.
Publié sur ce blog avec la permission de Sandra Dodd.

Comment se « déschooler » expliqué aux parents !

Il était une fois un étudiant expérimenté et sûr de lui qui allait rencontrer le meilleur professeur zen qu’il connaissait, pour lui demander s’il pouvait être son élève. Le maître lui offrit du thé et lui tendit une tasse. Pendant que l’étudiant récitait tout son savoir et tout ce qu’il avait accompli jusqu’à ce jour, le maître continuait de verser le thé, lentement. Le vantard continuait à parler, le maître continuait à verser le thé, jusqu’à ce que l’étudiant se rende compte que sa tasse était pleine et qu’il s’écrie : « ma tasse est pleine ! ». Le maître sourit et dit : « oui, elle l’est. Et jusqu’à ce que tu te délestes toi-même de ce que tu penses savoir, tu ne seras pas capable d’apprendre ».

Weird Al le dit d’une autre manière dans « Everything you know is wrong » (« tout ce que vous savez est faux »). Ce que cela signifie, en terme de « homeschooling », c’est qu’aussi longtemps que vous pensez pouvoir contrôler et ajouter ce que vous savez déjà, il vous sera difficile de vous ouvrir au « unschooling ». Plus vite vous viderez votre tasse, plus vite vous vous ouvrirez aux nouvelles idées avec tolérance, plus vite vous verrez l’apprentissage naturel s’épanouir.

Assez de philosophie…
Comment faire ?

Cela peut-il marcher pour les anciens professeurs ? Qu’en est-il des ingénieurs qui sont persuadés que leurs enfants ont besoin d’une certaines quantité de mathématiques, et d’être très organisés ? Qu’en est-il des mamans qui aiment les programmes et l’organisation ?

0232013-01-1801-35-30-copy

Le deschooling est bien plus nécessaire aux parents qu’à leurs enfants. Je dois encore me débarrasser de tout un tas de manies scolaires et inconscientes, qui refont surface au moment où je m’y attends le moins : je les attrape, je les mets dans une boîte et j’essaie d’oublier.

Voici un moyen de se préparer au deschooling et d’éliminer le stress dû aux pertes de temps lorsqu’on tente de mettre en place le unschooling avec du scolaire :

Pour une rapide mise en place du unschooling : Arrêtez !

Arrêtez de pensez de façon scolaire. Arrêtez d’agir comme un enseignant. Arrêtez de parler de l’apprentissage comme étant séparé de la vie.

Pour une mise en place graduelle (nécessaire pour la plupart de ceux qui ont été élevés de façon scolaire) :

  • Pensez à tout ce que vous avez appris. Vous pouvez faire une liste dans laquelle vous compterez certaines choses comme changer l’huile de votre moteur, ou celle de votre friteuse. Comptez aussi l’utilisation d’une machine à calculer, ou d’une machine à coudre. Comptez le vélo, l’observation des oiseaux. Comptez comment vous avez appris à roter et comment vous avez appris à tourner comme une toupie les yeux fermés, si vous voulez. Pensez à tout ce qu’il était amusant d’apprendre et à tout ce que vous avez appris en dehors des murs de l’école.
  • Regardez certains ou tous les films de la liste ci-dessous. S’ils vous font penser à d’autres films que vous n’avez jamais vus, regardez-les aussi. Regardez ces films avec ou sans vos enfants :
    • Mary Poppins
    • Heidi (avec Shirley Temple)
    • The sound of music (« La Mélodie du bonheur »)
    • Searching for Bobby Fisher (« À la recherche de Bobby Fischer »)
    • La folle journée de Ferris Bueller.

Vous n’avez pas besoin de réfléchir trop profondément au sujet de ces films. Pas de tests, d’analyses ou de comptes-rendus. Laissez simplement les images et les idées vous traverser et flotter en vous. Revenez à ces films un peu plus tard, après avoir unschoolé quelque temps.

  • Souvenez-vous de l’école. Respirez et imaginez l’année que vous avez préférée. Voyez tous les éléments qui la composaient et son organisation. Est-ce que c’est précis ?

OK. Voici comment apprendre à ne pas recouvrir votre vie de unschooling avec tout cela, là où la structure et la terminologie dérangeront la paix et entraveront le progrès. Je vous demande de prendre vos souvenirs d’école, d’y ajouter de la lumière et d’agiter le tout. 

Première phase : « Apprendre » remplace « Enseigner ».

Remplacez toutes les formes du verbe « enseigner » par « apprendre ». Cela impliquera quelques modifications dans la tournure de vos phrases, et quelquefois, vous devrez remplacer et réviser totalement le discours ou l’idée. Remplacez : « Je lui ai enseigné… » par « Il a appris… ». Remplacez : « Je projette de lui enseigner… » par « Quand il apprendra… » (peut-être voudrez-vous, rétrospectivement, réviser vos pensées antérieures. Si vous pensez que vous avez appris à manger à votre enfant, ou à parler ou à marcher, peut-être voudrez-vous remplacer ces souvenirs par « Il a appris à marcher en se mettant debout et en essayant », et ainsi de suite…).

Phase avancée : L’abandon d’une certaine façon de parler

N’utilisez plus aucun de ces mots scolaires : semestre, note, niveau, classe, matière, année scolaire, heures scolaires, jour d’école. N’ayez même pas une minute scolaire. Lorsque l’école sera évacuée, la vie restera.
Prenez une boîte avec un trou. C’est important. Au sens littéral ou imaginaire, si vous êtes timide. Si vous prononcez un mot scolaire, mettez une pièce dans votre « boîte à amendes ». Si vous utilisez ce mot pour vous convaincre que le unschooling ne marchera pas, doublez l’amende.

Quand la boîte est pleine, dépensez cet argent pour votre enfant et vous-même. Une glace, ou un film peut-être… ou un ballon à l’hélium. Surtout pas un cahier d’exercices ou un rapporteur. Si, au bout d’une année, la boîte n’est pas remplie, emmenez toute votre famille dîner dans un bon restaurant que vous ne connaissez pas et fêtez l’évènement !

Phase finale : L’abandon de certaines pensées.

Si seulement ces pensées scolaires effleurent votre esprit, donnez-vous une amende.

Après avoir supprimé les concepts problématiques, vous aurez davantage de place disponible dans votre tête pour votre toute nouvelle conscience du « unschooling ».

  • Changez votre programme. Certaines personnes aiment que l’apprentissage soit fragmenté, uniforme sur une année, une semaine ou un jour. Mais la vie est pleine d’aspérités. Comme dans la théorie du chaos, ou dans les statistiques et les probabilités, il y a des périodes actives et des périodes très calmes qui semblent ne mener nulle part, mais qui, en fait, ont une destination. Pensez à des bonds, des sauts, suivis de pauses.

Au lieu de vouloir un rythme régulier, recherchez les « à-coups ». Quelle importance si un enfant joue du piano pendant une semaine entière en pratiquant deux heures par jour, et qu’ensuite, il en ait marre et qu’il arrête pour le reste du mois ? Tout ne serait pas perdu, fini, ruiné. Quelle importance si un jour, il comprend un concept mathématique ? Allez-vous re-calibrer le niveau auquel vous voulez qu’il travaille ? Ou peut-il faire une pause pour un mois ou un an sans que vous paniquiez ? A l’école, on explique à chaque enfant les tables de multiplication. Ensuite, ils entendent cette même explication encore et encore lorsque le professeur la répète encore et encore dans l’espoir que quelques autres enfants la comprendront aussi ce jour-là.

Le rythme régulier de l’école est un faux-semblant parce que :
1) Il n’est pas réel ;
2) Il n’est pas applicable à un apprentissage naturel.

Faire de l’Histoire 180 fois par an, c’est comme essayer d’apprendre à chanter à un cochon. En une bonne demi-heure, un enfant motivé et curieux (un enfant prêt) pourrait en apprendre autant sur la guerre civile ou sur Apollo 11 que ce qu’il apprendrait en une semaine d’école. Et l’Histoire est tout autour de nous, en permanence. Nous faisons l’Histoire, aujourd’hui même.

  • Observez votre enfant. Observez-le sans aucune attente. Essayez de voir ce qu’il fait vraiment, plutôt que de voir ce qu’il ne fait pas. Si vous tenez vraiment à évaluer l’apprentissage et que vous observez votre enfant avec cette intention, il vous sera difficile d’y voir clair. Observez simplement.

mg_8617-copy

••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

Lorsque vous aurez fait certains ou la plupart des exercices ci-dessus, que vous ne serez plus tendu à l’idée de savoir si votre enfant pourra éventuellement entrer à l’université, et que vous pourrez entendre les mots « exercices de math » sans penser « peut-être que nous pourrions en essayer certains… », vous pouvez vous considérer comme diplômé de l’Université de Deschooling de Sandra Dodd.

Félicitations !

Ci-dessous, voici la combinaison de votre projet final et de votre voyage d’étude : Louez des films et regardez-les avec vos enfants. Voici la liste que je recommande, mais donnez la priorité à vos préférences. Vous pourriez avoir de meilleures idées :

Spartacus
Le Cid
Ben Hur
Le Roi et moi
Monty Python
Star wars (la totale)
Karaté Kid (les trois d’un seul coup, c’est super !)
Hamlet (j’aime celui avec Mel Gibson)
Roméo et Juliette (celui de Zeffirelli, dans les années 60)
Chantons sous la pluie
Joseph and the amazing technicolor dreamcoat
O Brother
The music man
Last action hero
Galaxy Quest
The miracle worker
Fly away home
Paper moon (recommandé par Holly)

Discutez-en un peu, ou aussi longtemps que vos enfants s’intéressent à la discussion. A cette étape là, vous aurez déjà passé le cap d’avoir besoin de savoir s’il y a quelque chose de valable à apprendre dans ces films, et vous verrez vos enfants apprendre et rire, heureux que vous soyez là.

Prenez du plaisir à apprendre pour le reste de votre vie !

Publicités

La face cachée des jeux vidéos

de Stéphanie Meloche
(Article republié ici avec son autorisation. Original sur son blog.)

J’ai dit durant des années qu’il n’y aurait jamais de jeux vidéos dans ma maison. Je *croyais* que c’était mauvais pour les enfants, que cela le empêchait de faire autre chose de plus « constructif », comme de jouer dehors ou de lire des livres.

Puis, je me suis demandé sur quoi mes *croyances* s’appuyaient. Elles s’appuyaient sur « ce que les gens en disent » , sur les articles et reportages dans les médias qui parlaient de la violence à la télévision et dans les jeux vidéos.

Pour ce qui est de la première source (les gens), je me suis dit que j’avais souvent fait des choix dans ma vie qui allaient « à l’encontre » de ce que « les gens en disent » , comme l’allaitement prolongé, le cododo, ne pas faire baisser la fièvre systématiquement quand mes enfants sont malades, endormir mes enfants dans mes bras, ne pas laisser mes enfants pleurer, ne pas faire vacciner, arrêter moi-même de boire du lait de vache plutôt que de donner un médicament anti-reflux à mon enfant allaité (on m’a dit que j’aurai des carences en calcium et que je ferai de l’ostéoporose plus tard…Pffff! Ce qu’on peut faire croire aux gens pour prescrire une pilule à un enfant!!!), démissionner d’un « bon » emploi « bien payé » parce que je n’y étais pas heureuse, rester à la maison pour être avec mes enfants au lieu de « faire quelque chose d’utile » (oui! oui! c’est un vrai commentaire qu’on m’a dit!), ne pas envoyer mes enfants à la garderie et j’en passe! Pour tous ces choix, j’ai beaucoup lu sur le sujet et à différentes sources; j’ai lu les arguments « contre » et les arguments « pour » et à chaque fois, j’ai réalisé que les « contres » venaient de personnes qui disaient savoir mieux que moi ce qui est bon pour mon enfant et qui ne s’appuyaient sur rien de solide. J’ai donc fait mes choix en conséquence.

Pour ma deuxième source (les médias), j’ai beaucoup réfléchis et j’ai mieux écouter, mieux lu ce qui se disait sur les jeux vidéos et j’en ai conclu qu’encore une fois, les « dangers » avancés ne s’appuyaient sur aucunes données scientifiques, aucunes études comparatives, que c’était simplement les conseils des « spécialistes ».

J’ai réalisé alors que dans ma vie, certaines phrases entendues souvent dans mon entourage et même de certains « spécialistes de l’enfance » étaient devenues des « vérités » simplement à force de répétitions. Elles restaient (et restent encore) dans ma tête et se transformaient (se transforment) en une réponse facile, automatique pour bien des problèmes et des questions, sans s’appuyer sur une base solide.

Alors j’ai lu sur les jeux vidéos! J’ai cherché des études, des ressources…Ce que j’ai découvert m’a fascinée!

Les jeux vidéos sont utilisés en gériatrie pour stimuler la mémoire, retarder certaines maladies comme l’Alzheimer,  les troubles de la mémoire causées par le vieillissement et l’inactivité du cerveau, soulager les douleurs rhumatismales et arthritiques;

Les jeux vidéos servent à traiter – et guérir – les phobies comme l’arachnophobie, l’agoraphobie et l’acrophobie (peur des hauteurs) entre autres;

Les jeux vidéos servent aussi dans certains cas de dépression et de maladies mentales;

Ils servent à certaines personnes handicapées à apprendre à devenir plus autonomes;

Ils servent à toutes sortes d’apprentissages très techniques comme aux pilotes d’avions qui se pratiquent à réagir rapidement et efficacement en cas de problèmes mécaniques graves ou en cas d’attaque terroriste!

J’ai aussi appris que l’industrie des jeux vidéos représentent 1,7 milliards de dollars dans l’économie canadienne et que les emplois de ce secteur sont bien mieux payés que la moyenne canadienne tous secteurs confondus (source ici). Voici quelques chiffres;

« Portrait de l’industrie au Canada

15700 personnes travaillent dans l’industrie du jeu vidéo au Canada, dans 347 entreprises. L’industrie représente 1,7 milliard de dollars dans l’économie canadienne.

Le salaire moyen dans ce secteur est de 40 000 à 73 000 $ par an, comparativement au salaire moyen de 29 000 $ pour le reste de l’économie du pays.

Les emplois dans le secteur du jeu vidéo sont détenus en grande partie par des jeunes.

La croissance annuelle de l’industrie a été de 11 % ces deux dernières années et Secor prévoit une croissance de 17 % par an d’ici deux ans.

L’industrie canadienne du jeu vidéo se classe au 3e rang mondial, derrière les États-Unis et le Japon, ou au premier rang par habitant si l’on tient compte des niveaux d’emplois dans les autres pays. »

Pourquoi les jeux vidéos ont si mauvaise réputation ? Ne fait-on pas de la projection de « scénarios catastrophes » sur nos enfants pour quelques cas de dépendance ou de violence qu’on a relié aux jeux vidéos ? Les dépendances ne sont-elles pas plutôt reliées à un manque à combler ? La violence ne vient-elle pas plutôt de nos propres blessures ? La crainte des jeux vidéos ne vient-elle pas plutôt d’un manque de confiance en nous comme parent, comme accompagnateur ?

Si mon enfant passait ses journées à lire des livres et à écrire des histoires ? Et si mon enfant passait son temps à réaliser des expériences scientifiques et à vouloir devenir un grand chercheur ? Et si mon enfant voulait devenir policier pour protéger les gens ? Est-ce que je m’inquiéterais de le voir passer autant de temps  à cet intérêt, cette passion ? Ne serais-je pas fière d’en parler autour de moi ? Qu’est-ce qui est différent avec les jeux vidéos ?

Ce qui est différent avec les jeux vidéos, c’est que ceux qui en parlent en mal, ne connaissent pas les jeux vidéos!

J’ai lu sur les jeux vidéos! J’ai cherché des études, des ressources, des articles, des témoignages…Ce que j’ai découvert m’a fascinée!

Et vous ? À quoi jouez-vous ?

Ü

Bien mettre en œuvre le unschooling

de Sandra Dodd, 2012
Traduction : Malika Kergoat, 2015
Publié sur ce blog avec la permission de Sandra Dodd – l’original en français est ici.

Original en anglais : Meet Sandra Dodd as she tells us about Doing Unschooling Right !

Lisa Cottrell-Bentley a organisé une téléconférence avec différentes personnes faisant de courtes vidéos sur toute une gamme de sujets. On m’a demandé d’en réaliser une sur le unschooling, c’est ce que vous trouverez ci-dessous, avec des notes et la transcription du texte.

Sandra Dodd est impliquée dans l’attachement parental depuis 1986 et dans le unschooling depuis que son fils ainé, Kirby, n’est pas allé à l’école, en 1990.

Elle vit à Albuquerque avec son mari Keith, son fils Marty et sa fille Holly, de jeunes adultes qui vont à l’université publique et qui ont de riches vies. Kirby travaille pour Blizzard Entertainment, à Austin. Tous les trois ne sont jamais allés à l’école et ont dépassé l’âge scolaire, mais pas celui d’apprendre ! Pas plus que leurs parents !

Sandra est une ancienne professeur d’anglais dont les autres emplois ont toujours été liés aux mots, aux idées ainsi qu’aux apprentissages, et dont la vocation et le loisir sont devenus d’aider les autres parents à trouver des voies pour vivre de manière plus riche et sereine avec leurs enfants. Le site internet de Sandra contient sa collection croissante de notes, écrits et exemples recueillis auprès de plus de cent familles vivant le unschooling depuis bientôt deux décennies de discussions en ligne.

Dans « Doing Unschooling Right » – Bien mettre en œuvre le unschooling – Sandra nous donne des suggestions sur des manières de créer et d’entretenir un environnement dans lequel l’apprentissage naturel peut fleurir.

Si les sous-titres ne s’affichent pas automatiquement, cliquer sur l’icone des sous-titres : le rectangle blanc avec les lettres CC.

 

Texte de la vidéo :

Bonjour. Je suis Sandra Dodd. J’aimerais vous donner quelques conseils pour bien mettre en œuvre le unschooling. Cette vidéo a été réalisée pour la téléconférence « Doing Life Right », en 2012.

Il n’y a pas une seule et unique bonne façon de vivre le unschooling, mais il y a de nombreuses routes qui, à terme, éloignent de la réussite ; j’aimerais donc vous dresser les grandes lignes pour devenir un heureux « parent-unschooling » – un parent en dehors des clous scolaires *.

Le unschooling s’inscrit dans le mouvement de réforme scolaire et de recherche de la fin des années 1960 et du début des années 70. John Holt, dans ces années-là, écrivit au sujet de la réforme scolaire, mais vers la fin des années 70, il s’est mis à recommander aux parents de garder leurs enfants à la maison.

Aux Etats-Unis, l’école à la maison est apparue dans les années 1980, avec les fondamentalistes chrétiens qui pensaient que les écoles ne contrôlaient pas suffisamment les enfants et leur donnaient trop d’information. Mais le unschooling était déjà pratiqué par des familles qui avaient le sentiment que les écoles contrôlaient trop et donnaient trop peu d’information. Il y a donc là, une grande dichotomie.

John Holt a écrit : « Aux parents, je dis, par dessus toute autre chose, de ne pas laisser leur foyer se transformer en une affreuse copie miniature de l’école. Pas de plans de cours ! Pas de questionnaires ! Pas de contrôles ! ».

Ma définition du unschooling est « créer et entretenir un environnement dans lequel l’apprentissage naturel peut fleurir ».

L’environnement dont je parle – que nous appelons parfois un cocon unschooling – ne correspond toutefois pas seulement à l’espace physique de la maison. Cela englobe les relations au sein de la famille et l’exploration du monde à l’extérieur de la maison à la fois par les parents et les enfants. L’environnement émotionnel est crucial – les relations.

Il y a un autre bon conseil en général – pas seulement pour le unschooling, pour tout ce que vous voulez apprendre.

Lisez un peu, essayez un peu, attendez un certain temps, observez.
Lisez un peu plus… essayez un peu plus …

Et petit à petit, vous verrez de plus en plus d’apprentissages se produire, et bientôt cela arrivera tout le temps !

Les parents doivent devenir des « unschoolers »,
– c’est à dire sortir du schéma scolaire * –
ils doivent devenir des « parents-unschooling »
– des parents qui pensent à l’opposé du schéma scolaire * –
et ce processus ne se fait pas en un jour.
Pour commencer, apprenez ce qu’est l’apprentissage.
Pas ce qu’est l’école et ce genre d’apprentissages, mais apprenez comment l’apprentissage naturel se produit en situation réelle.
Repensez à la manière dont les bébés et les tout-petits apprennent.
Rappelez-vous comment vous avez appris des jeux, des chansons, comment cuisiner ou réparer ou construire des choses en dehors de l’école.

Et pendant que vous trouvez de nouvelles manières de voir le monde, votre enfant apprendra en jouant et en posant des questions.

Soyez son partenaire, pas son adversaire.
C’est le meilleur conseil que j’aie jamais reçu et il me vient de La Leche League.
Soyez son partenaire, pas son adversaire.
Aider-le à trouver, à réaliser et à explorer les choses qu’il a envie de faire.
Encouragez-le. Rendez cela possible et offrez votre aide. Voyez tout ce qui est bien chez votre enfant.

Soyez le genre de personne que vous voulez que votre enfant soit.
Nourrissez votre propre curiosité et gaieté.
Trouvez de la gratitude et de l’abondance dans votre vie.
Explorez. Faites des liens entre les choses de votre coté.
Partagez-les avec vos enfants quand cela les intéresse.

Trouvez et rencontrez d’autres familles vivant le unschooling et imitez celles dont les relations au sein de leur famille et la compréhension de l’apprentissage semblent les meilleures.

Lisez un peu. Essayez un peu. Ne faites pas ce que vous ne comprenez pas.

Attendez un certain temps. Vous ne verrez probablement pas de changement immédiat. Mais ne déracinez pas vos plantes pour voir si elles grandissent. Ce n’est bon pour aucune plante ni pour aucun enfant. Soyez patient. Ayez la confiance que l’apprentissage peut se produire si vous y donnez du temps et de l’espace.

Observez vos enfants. Sont-ils calmes ? Sont-ils heureux ? Sont-ils curieux et intéressés par les choses ? Ne gâchez pas leur tranquillité ou leur joie par des limites arbitraires ou par des vexations ou en leur mettant la pression. Soyez leur partenaire.

Abraham Maslow a dit dans sa hiérarchie des besoins que l’apprentissage ne peut pas avoir lieu quand les gens ont peur ou faim, alors donnez à manger à votre enfant avec plaisir. Partagez nourriture, sourires et rires.
Regardez des films ensemble.
Ecoutez de la musique.
Explorez Internet. Suivez des pistes d’information. Faites des connexions.
Touchez votre enfant avec douceur. Sentez leurs cheveux. Détendez-vous en reconnaissant le bienfait que procure la présence de chaque enfant dans votre vie.

Si vous pouvez envisager le genre de relations et de vie d’apprentissages que vous voulez avoir, alors à chaque fois que vous faites un choix, choisissez celui qui vous rapproche le plus de votre but.
Apprenez à prendre plusieurs décisions par jour et choisissez les options les plus sereines, les plus bienveillantes chaque fois que vous le pouvez.
Faite le choix de rendre votre vie plus positive et moins négative.
Je n’insisterai jamais assez sur ce point.
Les familles que je vois échouer sont négatives.
Elles s’accrochent à leur négativité. Elles s’accrochent au cynisme et au pessimisme. Jetez tout ça. Choisissez l’optimisme.
Choisissez la joie.

Certaines choses ne sont pas possibles, mais n’ayez pas de règles arbitraires.
Si vous dites « non », dites non pour une véritable et bonne raison.
Prenez en compte de dire « oui » plus souvent. C’est sain.

Créez de bons souvenirs pour votre enfant.

Regarder directement votre enfant sans filtres ou étiquettes.
Même un nouveau-né est la personne qu’il sera une fois adulte et vieux.
Les bébés ne sont pas de futurs humains. Ils sont des personnes à part entière. Aidez-les à rester entier et à grandir exemptés de peines et de vexations.
Mon mari Keith a dit, un jour que quelqu’un lui demandait ce que nous souhaitions accomplir avec le unschooling, que nous voulions que nos enfants grandissent intacts.

Si vous pouvez apprendre à choisir de vivre une vie d’apprentissages et de joie avec vos enfants, le unschooling peut marcher pour vous.

Merci d’avoir écouté « Doing Unschooling Right » – Bien mettre en œuvre le unschooling. Pour des liens vers des ressources gratuites de Joyce Fetteroll, Pam Laricchia et d’autres fabuleux penseurs et auteurs du unschooling, merci d’aller sur sandradodd.com

Toutefois, avant cela, allez et faites quelque chose d’agréable avec un enfant.
Ensuite lisez un peu, essayez un peu, attendez un certain temps et observez


Notes :

Alors que j’échangeais avec les gens sur le fait d’avoir accepté de faire cette vidéo, Colleen Prieto a écrit ceci. Elle ne veut pas le dire et être filmée, mais quand je l’ai lu, ultérieurement, j’aurais aimé avoir dit toutes ces choses. Donc, en complément, voici ce que Colleen pensait que je devrais envisager de dire ☺

Regardez vos enfants. Regardez-les vraiment et voyez qui ils sont et non qui vous voudriez qu’ils soient. Apprenez à les connaître. Soyez gentil avec eux. Plus gentil que gentil. Soyez bienveillant. Aimez-les, embrassez-les et câlinez-les et Soyez avec eux. Jouez avec eux. Ecoutez-les. Ne vous adressez pas à eux, parlez avec eux.
Soyez patients et calmes.

Aimez votre époux(se) ou conjoint(e) si vous en avez un(e).
Soyez bon, gentil et patient avec votre époux ou conjoint également. Souvenez-vous que vous êtes une personne importante et saisissez quand vous le pouvez des moments pour vous reposer, manger, respirer ou vous poser, de manière à ce que vous puissiez rester dans de bonnes dispositions quand vos enfants ou votre époux/conjoint sont fatigués ou de mauvaise humeur.

Emplissez votre foyer de sérénité, de jouets, de choses intéressantes, de choses bonnes à manger et d’amour.

Créez l’abondance pas le manque, même si vous avez peu de ressources financières. L’amour, la sérénité et le bonheur ne coûtent rien ☺

Dites beaucoup « oui ». Faites des choses, allez visiter des lieux et explorez le monde ensemble en famille – que le monde veuille dire, pour vous, votre jardin, votre quartier, votre ville, votre département/pays, ou une immense partie du globe.

Partagez vos passions et vos intérêts avec vos enfants et votre conjoint, et réjouissez-vous des leurs.

Prenez conscience que votre manière de vivre le unschooling et celle de quelqu’un d’autre ne vont pas exactement se ressembler et cela parce que vos enfants et leurs enfants, votre conjoint et son conjoint, votre maison et leur maison, vos intérêts et leurs intérêts… ne sont pas les mêmes non plus. Mais continuez à lire, parler et penser à ce que vous êtes en train de faire et soyez attentif à ce que font les autres. Tirez des leçons de l’exemple des gens qui ont été dans cette situation et ont fait cela, et soyez un exemple pour ceux qui vont venir après vous sur le chemin du unschooling.

C’est ce à quoi, pour moi « Bien mettre en œuvre le unschooling» ressemble ☺

* notes de la traduction

Pourquoi vous n’arrivez pas à lâcher prise

de Joyce Fetteroll
Transcription d’une présentation intitulée « Why you can’t let go » donnée à la Conférence Live and Learn de 2002
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

Beaucoup de unschoolers, même s’ils adoptent sans hésitation le unschooling, se sentent encore occasionnellement attirés par des cours. [NdT: le mot utilisé en anglais est « curriculum », et désigne les cours par correspondance ou les cahiers faits pour apprendre des matières académiques, pas les cours pris dans une école spécialisée comme la danse ou la musique, par exemple.] Il serait réconfortant, parfois, que quelqu’un nous tienne la main pour nous aider à guider nos enfants. Nous savons que les avantages du unschooling l’emportent sur les avantages d’un certain confort, et pourtant, quand même …

Qu’est-ce qui fait que les cours sont si attirants ? Par cours, je veux dire tout ce qui est conçu pour amener les enfants de là où ils sont à là où nous voulons qu’ils soient, que ce soit une année complète de cours dans une boîte ou un cahier d’exercices de maths. Pourquoi est-ce si attrayant ?

_MG_0344

Chacun de nous a sûrement sa propre liste d’avantages, mais quelques-uns de ceux qui me sont venus à l’esprit pour les parents :

1) Les cours suppriment le fardeau et la responsabilité de faire un choix, ils nous permettent d’être assurés que les enfants reçoivent la bonne information de la bonne manière.
2) Les cours fournissent des preuves que les enfants apprennent des choses «importantes». Ils soulagent nos inquiétudes quant à savoir si les enfants apprennent ce dont ils ont besoin. En effet, les connaissances «académiques» paraissant artificielles, il nous semble qu’elles ne peuvent pas être apprises de la vie.

Et quelques-uns des avantages à suivre un cours, pour nos enfants:

1) Cela bâtit une structure. Ils peuvent remplir les détails plus tard.
2) Cela établit une base sur laquelle s’appuyer.
3) Cela fournit une clé pour comprendre tout le reste.
4) Cela filtre «les choses qui sont une perte de temps» et présente l’essentiel, les choses importantes.

Maintenant, pensez à quelque chose que vos enfants ont appris par eux-mêmes, comme parler ou marcher, et essayez de voir si la liste des avantages marche dans ce contexte. Ont-ils un sens ?

Maintenant, pensez à l’apprentissage d’une langue étrangère à l’école. La liste des avantages a un sens, là. Et pourtant, qu’est-ce qui a le mieux fonctionné ?

Ce que cela implique, c’est que si nous ne pouvons pas vivre quelque chose, alors nous avons besoin d’un substitut. Donc, un cours est simplement un substitut à la vie. Un substitut plutôt médiocre! Et parce que c’est un piètre substitut nous avons besoin de contrôler et de vérifier par deux fois pour nous assurer qu’il nous donne les résultats que nous espérons obtenir.

Je vais mettre les avantages de côté pendant un moment et parler de ce à quoi ressemble l’apprentissage naturel. Une des choses insatisfaisantes, à propos du unschooling, c’est que ça ne ressemble pas au modèle que nous avons dans nos têtes de ce à quoi l’apprentissage est censé ressembler. Mais comparer l’apprentissage naturel à l’apprentissage scolaire est comme comparer des choux et des carottes. Si nous nous attendions à ce que nos plants de choux produisent des carottes, nous serions bien mécontents quand il produisent des choux. Donc, ce dont nous avons besoin c’est d’avoir en tête l’image d’un chou, une image de ce à quoi l’apprentissage naturel ressemble.

_MG_0549

Imaginez l’acquisition des connaissances comme l’assemblage d’un immense puzzle.

Avec l’apprentissage naturel, les enfants plongent dans le puzzle de la manière qui leur semble intéressante. Ils assemblent les pièces ici et là, en travaillant un peu partout dans le puzzle. Ils ne vont pas dans un ordre particulier. Ils vont s’en tenir à un seul endroit, ou bien passer d’un endroit à l’autre, en fonction de ce qui est plus intéressant pour eux. Ils vont tomber sur des choses nouvelles et intéressantes. Ils vont voir des choses connues dans des lieux inconnus, donnant aux lieux inconnus un sentiment de familiarité mais les rendant aussi intrigants.

Bien sûr, des cours vraiment mal fichus pourraient aussi sauter dans tous les sens!

Mais il y a trois choses puissantes dans le processus naturel d’apprentissage.

La première chose est l’intérêt. Quand les enfants veulent quelque chose, quand ils veulent comprendre quelque chose, c’est comme s’ils avaient un vide en eux. Parfois, le vide est grand. Parfois, il est petit. Mais quelle que soit sa taille, il veulent absorber des connaissances jusqu’à ce que le vide soit rempli. Quand on enseigne à des enfants qui ne veulent pas ou n’ont pas besoin de l’information, ils n’ont pas de vide qui va aspirer les connaissances, et l’absorption d’information doit être forcée.

La deuxième chose qui est puissante est que les éléments sur lesquels les enfants travaillent leur sont utiles au moment présent. Ce sont des outils et des informations dont les enfants ont besoin maintenant, pas des choses potentiellement utiles pour l’avenir, à ranger jusqu’à ce qu’ils en aient besoin «un jour». La chose géniale au sujet des outils, c’est qu’il est facile de voir s’ils fonctionnent ou pas. Et ce qui est spécial à propos de ces outils est qu’ils n’ont pas besoin d’être complets pour être utiles. Ils ont juste besoin d’être fonctionnels. Il y aura des lacunes par rapport à ce que quelqu’un d’autre pourrait savoir, mais il n’y aura pas de lacunes fonctionnelles. Un enfant ne peut pas faire du vélo sans avoir compris comment utiliser le guidon. Cette lacune ne peut tout simplement pas exister longtemps. Mais certains enfants auront une lacune par rapport aux chemins en terre s’ils n’ont pas besoin ou envie d’aller au-delà des rues pavées.

Untitled

La troisième chose qui est puissante est l’intégration. A mesure que les enfants agencent des pièces dans une zone du puzzle, les pièces sont aussi inconsciemment assemblées dans d’autres domaines. Et mieux encore, les zones dans lesquelles la pièce s’insère peuvent fournir des indications. Une zone peut déclencher une «alarme» si un enfant est sur le point d’ajouter un morceau à un autre domaine qui n’a pas de sens.

Par exemple, accumuler des connaissances sur les faucons va ajouter des pièces à la zone «carnivores» ainsi qu’à beaucoup d’autres domaines. La zone «carnivores» obtiendra également des pièces du puzzle «chats et chiens» et «tyrannosaure» et «requins». Cela va développer l’image que l’enfant se fait du comportement carnivore. Ensuite, si un enfant pense avoir entendu «les faucons mangent du riz», cette donnée n’aura aucun sens dans le domaine «carnivore». Le cerveau de l’enfant se bousculera donc à la recherche de mots qui se trouvent à la fois dans la zone «mots qui finissent par le son ‘ri’» et dans la zone «nourriture pour carnivore». Il va sans doute dire: «Oh, des souris! » Ou, s’il ne trouve rien: «Ça ne me semble pas correct!» Quoi qu’il fasse, il ne va pas bêtement accepter un fait. Il veut que les zones fonctionnent, et qu’elles répondent à ses besoins.

Oui, ce processus de vérification peut marcher aussi avec des cours. Les enfants ne vont pas simplement accepter une erreur évidente, comme 2 +2 = 5. Mais avec l’apprentissage naturel, ils sont motivés à remettre en question et à comprendre. Parce qu’ils essaient de répondre à leurs propres besoins. Pas aux besoins de quelqu’un d’autre. Pas à des besoins qu’ils pourraient éventuellement avoir dans le futur.

Si vous réfléchissez à la façon dont vos enfants apprennent le langage, vous aurez un bon exemple de comment le puzzle se construit. Le langage est une zone du puzzle du monde réel. Plus les enfants utilisent le langage, plus ils ajoutent de pièces à la zone « langage » du puzzle. Mais le langage est également un outil que les enfants utilisent pour assembler d’autres régions du puzzle du monde réel.

Au début de l’apprentissage du langage, les nourrissons et les bambins laissent les conversations passer sans bien écouter, se mettant à l’écoute uniquement quand quelque chose semble lié à ce qui les intéresse. Plus tard, ils manipulent les éléments de leur monde: en posant des questions, en tournant leurs pensées dans leur tête, en lisant. Et, pendant qu’ils font cela, l’effet secondaire est que le puzzle du langage est assemblé et amélioré. Normalement, les enfants ne travaillent pas activement à l’assemblage du puzzle du langage. Ils ne cataloguent pas consciemment les mots de vocabulaire et ne réfléchissent pas consciemment aux règles de grammaire pour savoir si le verbe va avant le nom et ce que sont les noms et les verbes et quel cas utiliser à quel endroit. Ils utilisent simplement le langage pour obtenir ce qu’ils veulent, et réagissent inconsciemment aux indications qu’ils obtiennent sur la façon dont ça a fonctionné, pour que ça marche mieux la prochaine fois. Ils essaient de satisfaire leurs propres besoins, donc ils sont motivés pour faire fonctionner le langage.

Ce qui est étonnant, sur la façon dont l’apprentissage naturel assemble les domaines des puzzles-outils comme le langage, les mathématiques, la science, la grammaire, et ainsi de suite, est que:

1) il n’est pas nécessaire de travailler dessus consciemment,
2) ils n’ont pas besoin d’être consciemment compris pour être utilisés,
3) ils n’ont pas besoin d’être complets pour être utilisés,
4) les informations qu’on obtient en les utilisant les rendent plus complets.

Les bambins n’ont pas besoin de savoir comment faire des phrases complètes ou d’utiliser beaucoup de mots pour pouvoir utiliser le langage comme un outil. Pour eux, le langage est incomplet. Il y a d’énormes trous. Ma fille est en fait arrivée à obtenir beaucoup de choses avec le simple mot «là» pendant un bon moment. Cela signifiait «Prends-moi dans tes bras» et «Prends ceci», et «Emmène-moi là-bas» et «Donne-moi ça».

IMG_1843

Vous pouvez observer ce même processus avec les maths. Par exemple avec les pourcentages, les enfants classent inconsciemment dans leur tête toutes les fois où les pourcentages apparaissent dans la vie réelle. Ils ne vont pas comprendre leur utilisation. Mais ils vont avoir une idée du type de pièces de puzzle avec lesquelles les pourcentages apparaissent, comme les pièces du puzzle de l’épicerie, des conditions météo, et des sports. Ils vont avoir une idée de comment ils s’intègrent dans les pièces de puzzle environnantes. 25% en plus c’est bien. Une tranche d’imposition à 30% rend les parents grincheux. Un agrandissement à 200% dans un programme informatique est beaucoup. 1600% est énorme. 75% des enfants interrogés aiment les Digimons mieux que les Pokémons, c’est beaucoup.

Imaginez les pourcentages comme un morceau de la zone «mathématiques» du puzzle. C’est un morceau qui s’insère également dans des trous du puzzle du monde réel. C’est un outil. Quand les enfants voient pour la première fois le morceau des pourcentages dans le puzzle du monde réel, ça n’ajoute pas grand-chose à leur compréhension de l’ensemble. «30% en moins» ne clarifie pas la vue d’ensemble. Les pourcentages sont juste un gros paquet de pièces de puzzle avec une image floue, qui s’avère rentrer dans un trou. Mais les enfants absorbent inconsciemment où ils apparaissent et comment ils sont utilisés.

Au fur et à mesure qu’ils se font une idée du contexte dans lequel les pourcentages apparaissent, ils vont inconsciemment ajouter des pièces au puzzle des pourcentages. L’image commencera à apparaître et ils l’essayeront quand ils penseront que c’est un outil qui leur serait utile dans la situation où ils se trouvent. Ils pourraient jouer au magasin et parler de pourcentages. Même s’ils ne les utilisent pas de la bonne manière, ils auront reconnu qu’acheter des choses est un des contextes dans lequel les pourcentages sont utilisés, et que ça a à voir avec les chiffres. Ou bien, ils pourraient reconnaître qu’un rabais de 150% ne semble pas correct, mais qu’élargir quelque chose à 150% est acceptable. Ou bien ils pourraient saisir un pourcentage pour diminuer des photos dans un programme d’art. (Et si leur image mentale de la façon dont fonctionnent les pourcentages les conduit à mettre un pourcentage qui ne fonctionne pas, le résultat bizarre leur donnera des indications sur la façon dont ils pourraient améliorer leur vision des pourcentages.) Tout ça avant d’être en mesure de calculer un pourboire de 15%. Ils vont connecter et remplir les pièces du puzzle des pourcentages au fur et à mesure qu’ils en auront besoin.

Ma fille Kathryn et moi lisions un livre qui commençait avec le narrateur annonçant fièrement que l’horloge de la ville donnait fréquemment la bonne heure. Elle a onze ans et a bien sûr déjà entendu le mot «fréquemment». Elle a probablement compris par les différents contextes que « fréquemment » a à voir avec quelque chose qui arrive souvent. Sa définition n’était pas complète, mais elle avait suffisamment bien fonctionné jusqu’à présent. Mais, en testant les pièces qu’elle avait pour le mot «fréquemment», elle s’est rendu compte que ce n’était pas assez détaillé pour fonctionner dans le contexte de cette plaisanterie, et a demandé à avoir plus de pièces jusqu’à ce que sa définition marche.

Pour en revenir aux avantages et aux inconvénients, si on compare les avantages des cours par rapport à la construction des puzzles, est-ce que se faire du souci à propos des avantages a beaucoup de sens ? Il n’y a pas à craindre de fournir des informations incomplètes ou incorrectes, parce que ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est si ça fonctionne. Dans le contexte de la construction du puzzle, se faire du souci parce que nos enfants pourraient manquer de structure, ne pas avoir les bases, ne pas avoir toutes les clés pour comprendre ou perdre leur temps, tout cela n’a plus de sens. Le puzzle fonctionne pour les besoins de l’enfant et il s’affine au fur et à mesure qu’il est utilisé. Parce que l’enfant a besoin qu’il fonctionne.

D’autre part, ce que les cours tentent de faire, c’est de fournir aux enfants des puzzles-outils comme les pourcentages, les dates importantes de l’histoire, la photosynthèse. Donc le morceau du puzzle des pourcentages aura juste suffisamment de morceaux pré-assemblés pour constituer une base, une image claire. Puis, en théorie, les enfants pourront ajouter des pièces au puzzle-outil plus tard. C’est logique. Plus quelque chose est simple, plus cela est facile à apprendre. Mais le morceau des pourcentages par lui-même n’est pas particulièrement intéressant ou utile. L’effet qu’ont les pourcentages sur les pièces alentours, cela peut être intéressant ou éclairant. Mais sans contexte, c’est juste un paquet de pièces de puzzle avec une image plutôt ennuyeuse.

Et les cours ne peuvent pas faire ce que nous attendons d’eux. Ils ne peuvent pas donner à l’enfant des pièces pré-assemblées du puzzle. Tout ce qu’ils peuvent faire est montrer aux enfants les pièces du puzzle et leur montrer comment assembler les morceaux. Les enfants doivent reproduire les morceaux et les connecter dans leurs têtes. Et à moins que les enfants aient vraiment compris, ni les pièces ni les connexions ne vont se reproduire correctement.

IMG_1909

Quand j’étais à l’université, j’ai pris des cours de physique. J’en ai enchainé tant bien que mal pendant trois semestres. Les professeurs m’ont montré tous les bons morceaux, les ont expliqués clairement et les ont assemblés pour moi. Quand les cours ont été finis, j’ai eu l’impression qu’on m’avait remis le puzzle de la mécanique. Je savais que force = masse x accélération, énergie cinétique = masse x vitesse, pour chaque action, il y a une réaction égale et opposée. Je savais que je n’avais pas une grande compréhension, mais la structure de base était là. Tout ce qu’il fallait, c’était étoffer et affiner.

Six ans plus tard, mon mari et moi nous préparions à passer nos examens de ceinture noire de Tae Kwon Do. Une partie de l’épreuve était la rédaction d’un mémoire de recherche. Je me suis dit que ce serait facile et intéressant d’en faire un sur la physique d’un coup de poing. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Non seulement je ne connaissais pas assez de choses sur le sujet, mais beaucoup de ce que je savais était erroné. Et je ne savais même pas assez pour savoir ce qui était juste et ce qui était faux. J’ai dû quasiment tout jeter et recommencer à zéro.

Le problème c’est qu’on m’avait montré les pièces du puzzle et dit comment elles s’emboîtent. Mais, comme je n’avais pas entièrement compris les pièces ou les connexions, quand je les ai reproduites dans ma tête, les pièces étaient de mauvaise qualité et les connexions étaient mal fichues. Le livre de cours avait toujours défini le contexte et indiqué quel outil, quel ensemble de pièces de puzzle utiliser dans celui-ci. Je n’étais pas capable d’observer une situation et de savoir quel outil utiliser. Je n’étais pas capable de regarder un outil et de savoir dans quel contexte il devrait être utilisé. J’avais mémorisé correctement suffisamment de pièces pour réussir à l’examen. Mais « en grande partie correct » n’a pas abouti à quelque chose qui fonctionnait. Ça a simplement abouti à une note assez bonne pour que je n’aie pas à redoubler le cours.

Avec les cours, le plus souvent, les enfants construisent un puzzle dont ils ne se soucient pas ou dont ils n’ont pas besoin tout de suite. Dans la vraie vie, le test est de savoir si quelque chose fonctionne. Par exemple, si vous ne connaissez pas la capitale de l’Allemagne, vous atterrissez dans la mauvaise ville. Avec les cours, l’objectif est d’avoir autant de réponses correctes que possible, donc si quelqu’un ne connait pas la capitale de l’Allemagne, cela a autant d’impact sur sa vie que de ne pas connaitre la date de la bataille d’Hastings. Ce qui compte est le pourcentage de ce qui a été mémorisé correctement, pas si cette accumulation de connaissances sert à quelque chose.

Encore une fois, si l’on regarde la liste des avantages des cours, ça semble logique. Il est essentiel d’essayer de faire rentrer les bonnes informations dans la tête de nos enfants parce que nous ne pouvons pas tester si le cours fonctionne ou pas dans un contexte de vie réel. Tout ce que nous pouvons faire est de cocher la case de la liste des données à assimiler quand les enfants démontrent qu’une donnée a été retenue assez longtemps pour réussir l’examen. Donc, il vaut mieux avoir une liste sacrément bonne, et une méthode sacrément bonne pour la lui faire rentrer dans la tête. Et pour ce qui est de la structure, des bases et ainsi de suite, nous sommes entièrement dépendants de la compétence de la personne qui élabore le cours à le faire correctement, car une fois de plus, il n’y a pas de test pour voir si cela fonctionne.

Par exemple, avec un cours, l’objectif est de bien apprendre comment on fait fonctionner le guidon et les pédales du vélo, et l’équilibre et la physique de la rotation et les lois de la circulation et de la signalisation. Si vous retenez 85% de tout ça vous avez une bonne note. Mais cela ne signifie pas que vous savez faire du vélo.

Untitled

Avec l’apprentissage naturel, le but est simplement d’en apprendre assez pour que tout fonctionne ensemble. Au début, tourner le guidon et pédaler et trouver l’équilibre seront de niveau 10/20 au mieux. Et on évitera la circulation. Mais tous ces outils fonctionneront ensemble. Et ils s’amélioreront tous à chaque fois que l’enfant obtient des indications supplémentaires en faisant du vélo et qu’il a besoin d’en savoir plus sur ces outils.

Je voulais essayer un exemple: partir d’une définition qui comporte des trous et m’appuyer sur d’autres domaines et outils pour combler mes lacunes, obtenir une vérification et résoudre le puzzle. Je ne sais pas si c’est un bon exemple, mais il est resté coincé dans ma tête et je n’arrivais pas à lâcher prise, donc vous aurez peut-être à faire semblant de ne pas connaître le sens du mot.

[NDT: J’ai gardé la phrase et le mot en anglais car l’exemple ne marche pas en français, la phrase est tirée du chant de Noël « Away in a manger » et peut se traduire par: « Le bétail (verbe mystère), le pauvre bébé se réveille.] « The cattle are lowing, the poor babe awakes. » Autant que je sache, je n’ai jamais entendu « lowing » dans un autre contexte donc dans mon cas, la zone du puzzle pour « lowing » est totalement vide. Sur quelles zones vous appuyez-vous pour comprendre ce que signifie « lowing » ?

Pour moi, c’est connecté à la zone des chants de Noël. Et c’est un sous-ensemble de la zone chansons. Je ne suis pas très musicale, donc j’ai de grosses lacunes dans les deux zones. Je ne connais pas beaucoup plus que les chants de Noël les plus courants. Je sais que les paroles sont de la poésie, ce qui est connecté à la zone de la langue anglaise. Ma zone de la poésie a aussi beaucoup de lacunes. Ça n’apporte peut-être pas beaucoup d’informations, mais ça explique pourquoi la phrase n’a pas l’air d’être une conversation normale.

C’est connecté à la zone de Noël. Ma connaissance de Noël vient essentiellement de la culture populaire, donc par rapport à quelqu’un qui a étudié la Bible ou l’histoire des temps bibliques il y a des lacunes. Mais elle a suffisamment bien marché dans le passé pour ce genre de choses. Je sais où le bébé et le bétail se trouvent et pourquoi ils sont là. Je sais que le bébé vient de naître et que sa maman et son papa sont à proximité.

C’est connecté à la zone de la langue anglaise. Encore une fois, il y a des trous, comme le mot « lowing », évidemment, mais l’expérience m’a conduite à me sentir assez confiante dans les zones non-trouées. C’est une structure grammaticale anglaise, donc il y a probablement une histoire de cause à effet. Les vaches ont fait quelque chose pour réveiller le bébé. Si la phrase était « The poor babe awakes, the cattle are lowing », nous supposerions que c’est le bébé qui a un effet sur les vaches. Nous avons probablement tous rencontré des paroles de poèmes et de chansons qui enfreignent les règles, donc nous ne pouvons pas être certains de ça.

C’est connecté à la zone des vaches. Ma zone des vaches m’a servi pour ce dont j’en avais besoin, mais par rapport à un éleveur, j’ai des lacunes. Mais je sais que les vaches font du bruit. Elles mangent. Elles sont grosses. Elles font des bouses. Elles font pipi. Elles produisent beaucoup de gaz. Elles tapent des pieds. Elles donnent du lait. Certaines personnes aiment les manger. Elles semblent un peu endormies, et pas très intéressantes.

C’est connecté à la zone des bébés. Et la connexion à la zone de Noël nous indique que c’est en particulier connecté à la zone des bébés qui viennent de naître. Je connais des choses au sujet des bébés vivants et des bébés à la télévision et des extrapolations par rapport aux adultes et aux autres animaux, j’ai donc une liste de choses probables qui réveillent les bébés.

Nous pouvons rassembler les possibilités qui correspondent à toutes ces zones. Peut-être que c’est du gaz. Des pets très malodorants pourraient réveiller un bébé. Mais ça ne correspond pas bien à la zone des chants de Noël. Mon expérience avec ces chansons me conduit à être à peu près certaine qu’elles parlent de choses belles et douces. Il pourrait s’agir de lait. Ça c’est doux. Mais la zone de la langue anglaise suggère que les vaches font l’action elles-mêmes. La zone de l’anglais nous indique que la poésie enfreint les règles, mais la zone des bébés ne nous donne pas vraiment l’impression que la traite des vaches réveille les bébés. Mais ma zone des vaches a quelques trous, donc peut-être. Elles pourraient taper des sabots. Ça n’est pas trop mauvais. Ça ne déclenche pas de sonnettes d’alarme, mais ça n’envoie pas de feux d’artifice non plus. Elles pourraient meugler. Ça c’est doux. Je me souviens que c’est bruyant. L’anglais a quelques onomatopées comme « moo » pour décrire le son que fait le bétail et « low » sonne de façon similaire.

IMG_0050

Cela ne nous donne pas une réponse définitive, mais si je devais en choisir une, ce serait « meugler ».

Mettre les pièces du puzzle ensemble, c’est un peu comme résoudre un mystère. Si quelqu’un nous avait dit ce que « lowing » voulait dire et que nous n’étions pas curieux, ça aurait été comme lire le dernier chapitre d’un roman policier que nous n’avions aucune intention de lire. Le plaisir vient d’avoir des questions et d’obtenir la réponse, pas nécessairement de la réponse elle-même.

Alors, que pouvons-nous faire pour aider l’apprentissage naturel à suivre son cours ?

Nous pouvons aider nos enfants à explorer leurs centres d’intérêt. S’ils explorent leurs centres d’intérêt, ils font du vrai travail qui leur fournira des indications sur la façon dont ils assemblent leur puzzle. Nous pouvons amener le monde à eux afin qu’ils aient accès à de nouveaux intérêts. Ils ne peuvent pas savoir qu’ils sont intéressés par les poèmes Haïku ou le Titanic ou la tonte des moutons s’ils ne savent pas que ça existe.

Le pire crime que nous puissions commettre, quand il s’agit d’apprentissage, est de traîner les enfants de force à travers quelque chose d’ennuyeux pour construire une base. Ils pourraient retenir ce que nous les avons forcé à parcourir, mais le prix à payer est qu’ils marqueraient ça d’une grosse étiquette « ENNUYEUX », et il est probable qu’ils évitent de construire dans cette zone. S’ils s’ennuient nous devrions arrêter. Il y a tout simplement trop de choses dans le monde pour se soucier d’une chose en particulier. Quand ils en auront besoin, ils ne pourront pas l’ignorer.

Donc, pensez en termes de plaisir plutôt que de besoin ou d’importance. Une seule connexion à l’Egypte, s’ils la trouvent cool ou qu’elle est associée à un sentiment positif, avec la possibilité et la disponibilité d’y retourner à tout moment s’ils veulent en savoir plus, leur servira bien plus qu’un paquet de faits soi-disant importants qui s’effacera de leur mémoire par manque de pratique et d’intérêt.

Pensez en termes de créer l’envie d’apprendre toute leur vie, plutôt que de créer une base standard ou une structure. Si nous leur offrons l’assurance qu’ils peuvent apprendre tout ce qu’ils décident d’apprendre, qu’il n’y a pas de limite de temps à l’apprentissage, qu’à aucun moment ils n’auront fini d’apprendre, alors nous leur avons ouvert toutes les portes possibles.

Pensez en termes de moment présent. Aujourd’hui. Aidez-les à être ce qu’ils sont maintenant. Ils ont quatre ans et six ans et douze ans pour une raison. Les écoliers passent leur enfance à se préparer à devenir des adultes. Laissez-les être ce qu’ils sont aujourd’hui. Après tout, nous ne nous sommes pas inquiétés quand ils parlaient de caca et de Teletubbies quand ils étaient bambins, même si nous n’avions pas l’impression que ça allait les préparer à devenir des grands patrons ou des médecins ou même des élèves de CP. Nous savions qu’ils allaient arriver là où ils devaient arriver linguistiquement, quel que soit le chemin qu’ils prenaient.

Pensez en termes de voyage plutôt que de destination. Ils ne sont pas coincés sur un chemin qui les emmène vers une destination spécifique, mais sur le voyage de toute une vie d’exploration et de découverte, qui peut les emmener n’importe où ils veulent.

IMG_1785

Pensez en termes de nourrir votre propre enthousiasme envers la vie plutôt que de nourrir leur enthousiasme. Ne sautez pas de joie à propos de George Washington s’il vous endort. Soyez honnête dans votre quête de ce qui vous intéresse. Faites-leur savoir quand vous pensez que quelque chose est vraiment cool. Pas pour qu’ils s’intéressent à quelque chose que vous pensez être bon pour eux, mais avec un honnête « Wow! J’adore ce truc! » Et posez des questions sur la vie autour de vous. Soyez curieux. Parce que ce sont les questions qui sont importantes. N’importe qui peut chercher les réponses, mais ce n’est pas tout le monde qui peut poser les bonnes questions.

Pensez en termes de nourrir vos propres centres d’intérêts plutôt que d’attendre de vous jeter sur leurs centres d’intérêts. Attaquez-vous à des nouvelles recettes pour vous-même, et pas parce que vous voulez qu’ils se joignent à vous. Mais si vous avez le choix, sachez que faire les choses d’une manière qui plaît aux enfants crée une atmosphère accueillante et joyeuse. Vous êtes plus susceptibles d’avoir de la compagnie dans le jardin si vous plantez des haricots qui vont pousser sur un tipi que si vous plantez un champ de rutabagas.

Pensez en termes de créer une atmosphère d’émerveillement, d’étonnement et de réflexion, où tout le monde est vraiment curieux envers la vie, et où il se passe des choses intrigantes qui favorisent la curiosité. Pas parce que c’est ce qui serait bon pour eux, mais comme cadeau, sans aucune condition.

Pensez en termes de « leurs centres d’intérêts qui les guident vers le monde », plutôt que chercher des avenues pour que le monde entre en eux.

Si nous mettons ce programme en action à la place de cours, l’apprentissage du monde leur est ouvert pour le reste de leurs vies.

Les maths ne se résument pas qu’à l’arithmétique

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Math is More Than Arithmetic
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

Nous poursuivons le thème de ce mois-ci et continuons à explorer les différences entre le unschooling et l’école. Après avoir vu la lecture et l’écriture, attaquons-nous aujourd’hui aux maths. Les unschoolers ne divisent pas le monde en différentes matières: nous avons une vue d’ensemble plus large et nous reconnaissons la myriade de façons dont les mathématiques sont intrinsèquement mêlées au monde. Nous voyons que les maths ne se résument pas qu’à l’arithmétique, la branche des mathématiques concernant le calcul numérique qui est l’objectif principal des programmes de mathématiques de l’école, du moins pour les premières années.

_MG_9908

On m’a récemment demandé de résumer mon expérience avec les mathématiques en tant qu’unschooler et voici ce que j’ai écrit:

“En tant que parent unschooler depuis plus de dix ans, j’ai vu avec quelle détermination mes enfants se consacrent à leurs centres d’intérêt et à leurs objectifs. Quand ils sont curieux et motivés, leur persistance semble inépuisable, même à travers les frustrations et les déceptions. En revanche, les parents unschoolers se rendent compte que l’apprentissage réel est minime quand la personne n’est pas intéressée. Les enfants apprennent les maths quand ils ont besoins des maths. Mes enfants ont rencontré l’arithmétique au quotidien, en vivant et en apprenant dans le monde qui les entoure: en comptant leurs jouets, en jouant à des jeux de société, en calculant leurs points de vie dans leurs jeux vidéos, en faisant de délicieux gâteaux, en faisant des courses, en mesurant des distances, en calculant leurs soldes de compte en banque. Les raisons d’effectuer ces tâches étaient évidentes, et ils ont acquis leurs compétences en calcul en cours de route – sans développer cette aversion pour les maths si souvent induite par l’école. D’ailleurs, beaucoup d’adultes mènent une vie active et joyeuse sans avoir besoin de compétences plus avancées.

Pourtant, dans le monde réel, le domaine des mathématiques est bien plus vaste que l’arithmétique, et à travers leurs années à explorer le monde, analyser les situations, et faire des choix, mes enfants ont développé de très bonnes compétences en sens critique, en raisonnement et en logique. Je suis certaine que ces bases solides en raisonnement mathématique, en plus de leurs compétences en calcul, leur seront d’une aide précieuse peu importe la voie qu’ils choisiront. Si, à n’importe quel moment, ils ont besoin ou envie d’apprendre des maths plus avancées, ce sera le bon moment pour le faire. Le temps que les élèves conventionnels passent à apprendre ce qu’ils savent (par exemple, le programme de maths de l’enseignement secondaire), mes enfants le passent à apprendre d’autres choses qui vont constituer leur propre base de connaissances. Quand on a une vision de l’apprentissage qui s’étend sur toute une vie, il est inutile de comparer l’âge auquel les gens apprennent les choses. Ce n’est pas une compétition; il n’y a pas de retard ou d’avance. Le temps n’est pas perdu, mais simplement utilisé comme bon leur semble.”

IMG_4417

Il y a là dedans plusieurs idées que j’aimerais développer, maintenant que j’ai la place pour le faire 🙂

“sans développer cette aversion pour les maths si souvent induite par l’école”

C’est un problème important: il suffit de rechercher “phobie des maths” dans Google pour s’en rendre compte. Le programme de mathématiques à l’école contribue à ce phénomène de deux manières. Premièrement, avec l’accent mis très tôt sur l’arithmétique, ce qu’on attend d’un élève se réduit à donner une bonne ou une mauvaise réponse. Mais qui aime se tromper ? Très vite, beaucoup d’enfants préfèrent simplement éviter le sujet.

Deuxièmement, avec l’importance d’écrire tous les calculs pour obtenir tous les points, les enfants ne sont pas encouragés à penser et à jouer avec les nombres. Le temps passé en cours sert en grande partie à préparer les enfants au prochain examen. Il n’y a plus de temps pour explorer d’autres façons d’arriver à la réponse, ou pour comprendre pourquoi certaines approches, qui semblent logiques au premier abord, peuvent nous induire en erreur, ou comment l’intuition d’un élève l’a emmené à la bonne réponse sans qu’il puisse décrire sa démarche. On leur demande d’apprendre par cœur un procédé qui mènera à la bonne réponse, et de le répéter ad nauseam. Et à l’examen, on a intérêt à utiliser la même méthode que la maîtresse pour arriver à la réponse, souvent parce que les enseignants du primaire ne maîtrisent eux-mêmes pas bien les maths, et ne connaissent qu’une seule méthode pour trouver la solution. Je n’écris pas cela pour critiquer les enseignants – c’est la façon dont marche le système.

_MG_0165

Je me souviens encore des fois où, assise à la table de la cuisine, je retenais mes larmes parce que mon père, pourtant bien intentionné, me montrait une méthode différente pour résoudre un problème de maths. Je savais que ça ne serait pas accepté. Je lui disais “mais c’est pas comme ça que la maîtresse veut qu’on le fasse!!” Et ce n’est pas du tout parce que j’avais la phobie des maths. Plus tard j’ai obtenu un diplôme en génie physique et j’ai suivi des cours de maths pendant toute ma carrière universitaire. Mais l’environnement créé par l’école était tel que je voulais juste apprendre la méthode qu’on voulait que j’utilise et passer à autre chose.

“Beaucoup d’adultes mènent une vie active et joyeuse sans avoir besoin de compétences plus avancées.”

J’ai suivi beaucoup de cours de maths pendant ma carrière scolaire, et, est-ce que ça a valu le coup? J’aimais les maths et je prenais plaisir à jongler avec les chiffres pour obtenir la réponse correcte – c’était un jeu, un puzzle. Je suppose que ces compétences avancées en mathématiques sont utiles pour beaucoup d’ingénieurs, même si en dix ans de carrière je n’en ai personnellement jamais eu besoin. Et je ne pourrais certainement plus m’en servir aujourd’hui, quoique je suis presque sûre que je pourrais les réapprendre, si j’en avais besoin.

“Mais ils doivent apprendre ce que sont les dérivées et les intégrales!”

Ce n’est pas parce que les enfants qui font du unschooling ne suivent pas de programme de maths qu’ils ne sauront jamais que les mathématiques supérieures existent; ne pas enseigner quelque chose et en tenir les enfants éloignés sont deux choses très différentes. Si un centre d’intérêt ou une passion débouche sur des maths plus avancées (comme par exemple la programmation informatique, les origamis complexes, la théorie des jeux, ou l’astronomie) il se peut qu’ils veuillent en apprendre plus. S’ils adorent jouer avec les nombres, il se peut qu’ils en rencontrent de cette façon, en explorant les maths de plus en plus profondément. Le besoin de comprendre et d’utiliser des mathématiques supérieures existe dans le monde pour de vraies raisons. Et c’est pour ces raisons-là que les enfants qui font du unschooling les aborderont.

Rush Hour Jr.

Malgré ça, il n’y a pas énormément de carrières qui nécessitent des compétences avancées en maths. Beaucoup d’adultes vivant une vie active et joyeuse n’en ont jamais besoin – y compris moi-même. Un des avantages du unschooling est que les enfants ne passent pas leur temps à apprendre des choses dont ils pourraient éventuellement avoir besoin un jour; ils passent leur temps à apprendre ce qu’ils ont envie ou besoin de savoir *aujourd’hui*. Ce qui implique comme corollaire que quand ils ont besoin ou envie de savoir quelque chose, ils l’apprendront.

“ces bases solides en raisonnement mathématique, en plus de leurs compétences en calcul”

En écrivant ça, j’ai surfé sur le web afin de me remémorer les raisons invoquées pour convaincre les élèves d’étudier les mathématiques supérieures. La citation suivante est une bonne représentation de ce que j’ai trouvé: “Dans beaucoup d’emplois et de hobbies, il est important d’avoir l’esprit vif et logique, et de pouvoir faire preuve de créativité pour résoudre les problèmes. Ces compétences peuvent être perfectionnées en étudiant les maths. Vous pourriez penser que vous n’utiliserez jamais les choses que vous apprendrez, mais elles développeront votre esprit et vous aideront à avoir plus de choix dans votre vie.” (Cette citation est tirée de http://www.freemathhelp.com/math-real-world.html )

Je comprends ce raisonnement. Pour résoudre des problèmes de mathématiques supérieures il faut avoir un bon esprit d’analyse et un excellent raisonnement logique afin de pouvoir discerner la méthode à utiliser. Mais suivre un programme de maths n’est pas la seule façon de développer ces compétences. A la place, les enfants qui font du unschooling perfectionnent leur raisonnement logique en analysant des situations et en faisant des choix au jour le jour. Les parents unschoolers travaillent dur pour donner à leurs enfants le temps, l’espace et le soutien nécessaire pour acquérir des compétences en pensée critique et leur permettre d’évaluer, de comparer, d’analyser, de faire la critique, et de synthétiser des informations, peu importe le domaine. Le unschooling encourage énormément tout cela . Comme la citation ci-dessus le suggère, et je suis d’accord, il ne s’agit pas vraiment de maths.

“Le temps n’est pas perdu, mais simplement utilisé comme bon leur semble.”

Dans ce même ordre d’idée, pendant que les enfants à l’école travaillent sur leurs cours de maths, les enfants qui font du unschooling ne restent pas assis à ne rien faire; ça ne crée pas un vide dans leur vie. Ils vivent et apprennent d’autres choses, qui sont utiles pour eux. Ils connaissent beaucoup de choses qui ont du sens pour leur vie, que les enfants scolarisés ne connaissent pas. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas une compétition. Le temps n’est pas perdu, ils l’utilisent simplement comme bon leur semble. Si apprendre des maths supérieures devient un besoin ou un centre d’intérêt, ils pourront le faire à ce moment là, peu importe leur âge.

_MG_9420

Voilà ce à quoi les maths ressemblent de mon point de vue de unschooler. L’arithmétique est utile parce que ce sont des compétences de base que nous utilisons quotidiennement – les enfants qui font du unschooling acquièrent ces compétences en calcul en les abordant dans leur vie de tous les jours. Avoir un esprit critique est bénéfique pour contribuer à la société et parvenir à nos objectifs personnels – les enfant qui font du unschooling obtiennent ces compétences en rassemblant des informations et en les analysant, en faisant des choix, et en intégrants les résultats de ces expériences au fur et à mesure; pendant qu’ils poursuivent leurs passions et qu’ils développent leurs intérêts.

Et, d’après mon expérience, c’est une base solide pour une vie active et joyeuse.

Apprendre à écrire pour communiquer

Traduction de l’article de Pam Laricchia “Learning To Write is About Communication
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

L’écriture est une autre de ces compétences de base que de nombreux parents ont peur de ne pas enseigner, au début de leur exploration du unschooling. Revenons à la vue d’ensemble de la communication, que j’ai abordée dans “Apprendre à Lire sans Leçons”:

Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est “quelque chose qu’on doit faire”, et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs.

Tout comme il existe des raisons réelles pour apprendre à lire, il y a de vraies raisons pour apprendre à écrire. Pas pour obtenir des bons points ou des autocollants, pas pour avoir de bonnes notes, mais pour communiquer. Et encore une fois, les enseignants ont besoin de pousser les enfants à développer ces compétences à un âge précoce parce qu’ils dépendent de la communication écrite. La plupart des jeunes enfants préfèrent jouer activement: jouer, jouer, et encore jouer. Et s’ils choisissent de faire ça, c’est que c’est la meilleure façon pour eux d’apprendre à se connaître et à comprendre le monde qui les entoure.

IMG_7807

Les besoins d’un enfant en matière de communication écrite ne font souvent surface que quelques années plus tard, quand leur monde commence à s’élargir au-delà de leur entourage immédiat. Leurs parents ne possèdent plus toutes les réponses à leurs questions. Leurs centres d’intérêts commencent peut-être à  s’étendre  au-delà de leur portée locale, et ils veulent communiquer avec ceux qui partagent leur passion mais qui habitent loin. Ils veulent lire pour recueillir plus d’informations, ils veulent écrire pour poser des questions à d’autres ou pour partager leurs propres connaissances. Ou partager leurs histoires. Ou communiquer avec les autres dans un contexte social. Quand leur monde s’étend, il existe tellement de raisons et de possibilités réelles d’écrire.

Mais avant de nous plonger là dedans, nous allons faire un détour rapide pour explorer l’acte physique de l’écriture. À l’école, avoir une écriture lisible est important. Lorsque les devoirs et les interrogations écrites sont mal interprétés ou illisibles, on perd des points. Et quand on perd des points, les notes en souffrent. Mais quand on sort du contexte de l’école, l’écriture reste-t-elle une compétence aussi importante ? D’une façon plus générale, qu’est-ce qu’on essaye accomplir ? Une communication qui persiste dans le temps. La méthode employée pour produire cette communication n’est pas primordiale.

Dans le monde d’aujourd’hui, la communication électronique est devenue omniprésente. Taper sur un clavier ne relève plus uniquement du domaine de compétences des secrétaires et des écrivains, mais de tout le monde. Les seules fois où j’ai écrit à la main ces dernières années étaient pour mon usage personnel – je serais perdue sans mes listes! – mais je pourrais même gérer celles-ci électroniquement, si c’était ma préférence. De toutes manières, si une personne ressent le besoin de communiquer avec une autre en écrivant à la main, et que la communication souffre du fait qu’il est difficile de déchiffrer les messages, ça sera une excellente motivation pour écrire plus lisiblement. Parce que quand on a un besoin, on a une motivation interne, et on est plus réceptif à l’information – on apprend vraiment. Ou alors, le pharmacien appellera simplement le bureau du médecin pour confirmer les détails de l’ordonnance. 😉

IMG_7814

Mon fils aîné a appris à bien taper sur un clavier en quelques semaines, parce qu’il voulait communiquer avec les autres joueurs, dans un jeu en ligne. Si vous avez lu l’article sur le cheminement de ma fille vers la lecture, vous avez sans doute remarqué qu’elle écrivait les scènes intéressantes dans les livres de Harry Potter. Au lieu de lire un livre puis d’en écrire l’exposé parce que c’est ce qui est demandé par la maîtresse, les enfants qui font du unschooling trouvent des raisons réelles pour écrire, des raisons qui ont un sens pour eux au cours de leurs journées, et qui les motivent à le faire relativement bien. Ils découvrent que le succès de la communication dépend de la façon dont le destinataire comprend le message écrit. Ils découvrent qu’il y a différents niveaux de formalité écrite, en fonction de la situation.

Et n’oubliez pas que quand ils sont engagés dans une conversation écrite réelle, ils communiquent avec une autre personne – peut-être en temps réel, par texto ou tchat en ligne, peut-être avec un petit délai par le biais de forums électroniques, ou peut-être sur des périodes encore plus longues à travers des livres, des magazines et des sites web internationaux. La communication n’est pas un acte solitaire. L’apprentissage de la communication écrite ne démarre pas à partir de zéro quand ils décident de s’y essayer; ils l’ont observé en action au fil des années quand ils lisaient ou que quelqu’un d’autre leur faisait la lecture. Les textes qui les inspirent à répondre sont aussi des guides pour savoir comment répondre.

IMG_4233

J’ai mentionné plus haut que les compétences en dactylographie de mon fils aîné se sont développées par le biais de jeux en ligne. Son désir de communiquer avec d’autres personnes qui partageaient sa passion pour les jeux vidéos l’a emmené à consulter des forums en ligne. Dans un premier temps il a lu sans participer – juste pour obtenir une idée du ton et des attentes de la communauté. Il a repéré les formes de communication écrite qui fonctionnaient le mieux – c’est à dire les messages qu’il trouvait les plus intéressants, ceux qui l’ont aidé à en apprendre d’avantage sur le sujet. Il a remarqué que l’orthographe, la grammaire et la ponctuation faisait une différence dans la façon dont le message était reçu.

Quand il s’est enfin décidé à participer, il voulait que sa communication soit claire, et il a donc incorporé ces conventions linguistiques à son style de rédaction. Les réponses fournissaient aussi un retour d’information immédiat: si ce qu’il écrivait était mal compris, c’était un indice; s’il n’y avait pas de réponses, c’était un indice. C’était de la communication réelle. Et puis, vous êtes là pour répondre à leur myriade de questions, comme «Pourquoi ce mec-là poste toujours des trucs quand il sait très bien que ça va faire enrager les autres ? » Il a aussi appris les nuances de la communication écrite au-delà de la grammaire.

_MG_9811

Ou peut-être qu’ils commencent par copier des textes qu’ils aiment (comme ma fille et Harry Potter) et finissent par ajouter leurs propres idées (elle a ensuite écrit des textes de fan fiction). Quand elle a voulu recevoir des critiques constructives sur ses écrits, elle a posté ses histoires sur un forum de fan fiction en ligne. Ensuite, elle a commencé à écrire des histoires sur ses propres mondes imaginaires. Parfois manuscrites, parfois dactylographiées – c’était toujours de la communication. Au début de son adolescence, son processus de communication est devenu visuel, par le biais de la photographie. Aujourd’hui, elle apprend le style de langage et de communication qui appartient aux contrats et aux relations avec les clients (NdT: elle est photographe professionnelle.)

Pour mon plus jeune, pour le moment, la communication écrite est la plupart du temps un outil pour ses interactions sociales. Mais même là, en me basant sur les textos qu’il m’envoie, je peux voir qu’il est assez à cheval sur la grammaire et la ponctuation.  Et quand bien même il ne le serait pas, ça ne me dérangerait pas. Ce qui est important c’est l’individu, c’est de faire attention à ce qui est intéressant pour *lui*, car c’est là que l’apprentissage est utile.

_MG_9989

La vie, si elle est vécue activement, en étant ouvert aux possibilités, donne à chacun la chance d’acquérir les compétences qui l’aideront au mieux à suivre sa propre voie – cela inclut la communication écrite. Ce qui est merveilleux, chez les enfants qui font du unschooling, c’est qu’ils ont le temps d’explorer, le temps de trouver les choses qui les intéressent et de développer les compétences qui leur seront utiles dans leur vie, au lieu de passer une grande partie de leur enfance dans une salle de classe, déconnectés de la vie, à essayer de maîtriser des compétences que d’autres pensent qu’ils pourraient avoir besoin un jour.

Comment pouvez-vous aider ?  Soyez ouverts avec vos enfants et partagez avec eux vos expériences avec la communication écrite. Avez-vous écrit une lettre au rédacteur en chef de votre journal local ? Ou participez-vous à des discussions intéressantes sur un forum en ligne? Ou venez-vous de recevoir une lettre-type particulièrement ridicule qui vous a fait rire ? Partagez ces moments avec vos enfants. Pas dans l’attente d’une réponse, mais parce que ce sont des bribes intéressantes de communication dans le monde. Partagez. Partagez. Partagez. Vivez et apprenez ensemble.

Apprendre à lire sans leçons

Traduction de l’article de Pam Laricchia « Learning to Read without lessons »
Traduit de l’anglais par Béatrice Mantovani

La semaine dernière, j’ai exploré certaines des différences fondamentales entre le unschooling et l’école. Mais même si cela paraît intéressant et assez logique, il peut être difficile de lâcher complètement l’idée que les compétences de base doivent quand même être enseignées: « Une fois que mon enfant saura lire et écrire,  je me sentirais suffisamment à l’aise pour le laisser explorer ses centres d’intérêts librement. »

_MG_0385

Il est vrai que la lecture et l’écriture sont des compétences qu’il est utile de développer – ce sont les deux côtés de la médaille de la communication écrite. Pourtant, précisément à cause de cela, les enfants qui évoluent librement dans le monde les côtoieront fréquemment. Ils rencontreront des raisons réelles de les apprendre, ce qui est à la fois plus motivant que de s’entendre dire par un parent ou un enseignant que c’est « quelque chose qu’on doit faire » , et plus efficace pour l’apprentissage réel, car au fur et à mesure qu’ils apprennent, ils utiliseront activement leurs nouvelles compétences pour atteindre leurs propres objectifs .

Ce type de processus d’apprentissage diffère de l’apprentissage axé sur les leçons en deux points majeurs. Tout d’abord, il n’y a pas de calendrier ou d’emploi du temps externe. Et en second lieu, la définition des compétences est plus large, tout comme le monde est plus vaste que la salle de classe.

Cette semaine, nous allons aborder le sujet de la lecture.

IMG_3112

À l’école, les enseignants ont besoin que les élèves apprennent à lire le plus tôt possible, car c’est un moyen efficace pour communiquer avec une salle remplie d’élèves. Le système éducatif est conçu autour de la communication écrite: les enseignants utilisent des livres de cours et des cahiers d’exercices pour partager l’information avec les élèves, et se basent sur des examens écrits pour évaluer les progrès.  Il n’est donc pas étonnant que les enfants qui savent lire tôt y sont plus valorisés. C’est d’autant plus difficile pour les jeunes enfants, parce qu’ils n’ont pas encore vraiment besoin de lire au-delà de l’école: leur passion est le jeu actif.  Malheureusement, les enfants qui n’apprennent pas à lire selon le calendrier de l’école sont triés et étiquetés et jugés inférieurs.

Avec le unschooling, la lecture précoce n’est pas nécessaire parce que nous avons le temps de communiquer avec nos enfants en nous servant d’outils qu’ils maîtrisent déjà. Nous pouvons parler avec eux, nous pouvons interpréter le langage du corps et des émotions, nous n’avons pas besoin de nous appuyer sur la lecture. Notre communication est riche.

IMG_0666

À l’école, le processus d’apprentissage de la lecture est réduit à réciter l’alphabet, remplir des feuilles d’exercices de phonétique et pratiquer la prononciation.  On décerne le label «lecteur» aux enfants quand ils savent déchiffrer un livre de lecture. Mais ce n’est que le début: ils doivent rester à la hauteur. Ils se sentent poussés à continuer à se développer au même rythme que le programme, ou ils risquent de perdre leur badge d’honneur.

Avec le unschooling, les enfants sont entourés par l’environnement lettré du monde réel. Ils voient la valeur réelle de la lecture: le dialogue et les instructions dans leurs jeux vidéo, les pancartes dans les magasins pour trouver leur nourriture préférée, les statistiques sur leurs cartes de jeu, des sites web sur les choses qu’ils aiment, des livres et des magazines remplis d’informations et de récits intéressants. Pourtant, cette valeur n’est pas tenue au dessus de leurs têtes comme une motivation perverse à apprendre plus vite: « essaye de lire tout seul ! » Les parents unschoolers sont heureux de lire pour leurs enfants jusqu’à ce qu’ils soient prêts à le faire eux-mêmes. Et apprendre est plus facile, et plus efficace, sans cette pression extérieure. Voici une observation intéressante que j’ai faite au fil des ans: les enfants qui font du unschooling sont plus susceptibles de se dire « lecteurs » une fois qu’ils sont capables de lire aisément un livre de niveau adulte. C’est ce à quoi ressemble la lecture dans le monde réel.

IMG_0365

Comme je l’ai mentionné précédemment, le système éducatif est conçu autour de la communication écrite, donc être en mesure de lire est primordial pour réussir dans cet environnement. Ne pas être capable de lire met les élèves en situation désavantageuse dans *toutes les matières*. Mais sans cette contrainte, les unschoolers absorbent des informations tout aussi efficacement de nombreuses autres façons! Vous pouvez les trouver en train de regarder des vidéos (des documentaires, des chaînes spécialisées, des vidéos amateurs, … ), de découvrir et d’explorer par eux-même (dans des centres de sciences, musées, zoos, …) ou de jouer avec à peu près n’importe quoi (des ordinateurs, des logiciels de conception de jeux vidéo, des instruments de musique, des appareils photo, dehors en train d’explorer, …) En fait, pour beaucoup de gens, la lecture n’est ni le moyen préféré, ni la façon la plus efficace, d’apprendre de nouvelles choses. A l’école, l’apprentissage est compromis pour les enfants qui apprennent à lire tard, mais ce n’est pas le cas avec le unschooling.

La logique est la même pour la fiction: en dehors de la salle de classe, il y a plusieurs façons de découvrir des histoires, au-delà de la lecture. Le monde est plein de récits racontés par différents moyens: séries télé, films, bandes dessinées, jeux de société, jeux vidéo, pièces de théâtre, conteurs, livres audio. Je me souviens avec émotion des nombreuses heures agréables passées à lire à haute voix à mes enfants.  L’accès aux histoires ne dépend pas de la capacité de lire.

_MG_9783

Les âges auxquels les enfants sont capable de rassembler les nombreuses pièces du puzzle de la lecture varient énormément. Essayer de rajouter des leçons à ce processus implique non seulement que l’apprentissage doit se faire selon le calendrier de quelqu’un d’autre, mais que l’intérêt de l’enfant et ses questions et connexions personnelles ne sont en quelque sorte pas dans le « bon » ordre pour rassembler les morceaux du puzzle de l’apprentissage de la lecture.

Mais n’en déduisez pas que ne pas donner de leçons signifie que les parents unschoolers ne font rien. Au contraire, nous sommes très impliqués dans le processus. Simplement, au lieu de suivre un programme prédéterminé qui est censé emmené l’élève à la lecture, nous participons activement à la vie avec nos enfants. Les mots sont partout. Nous leur faisons la lecture, nous répondons à leurs questions sur les mots – avec des réponses directes, et non des  mini-leçons improvisées. Peut-être qu’ils aiment les jeux de mots, ou mettre les sous-titres quand ils regardent des films, ou écouter un livre audio en suivant avec le livre. Pour chaque personne, les connexions dans le cerveau se font différemment, donc les choses qui stimulent ces connexions seront différentes. S’ils ne lisent pas, c’est probablement parce que leur cerveau n’est pas encore prêt pour cela. La culpabilité et la pression n’aideront pas leur cerveau à établir ces liens et à se développer plus rapidement. Ce qui aidera, c’est d’explorer le monde à travers leurs propres yeux.

IMG_1228

J’ai écrit un article pour le magazine Life Learning, en 2004, sur le cheminement de ma fille vers la lecture. Voici le lien, si ça vous intéresse: « Je sais lire, tu sais »

En dehors de la salle de classe, il y a tellement de façons de découvrir et d’apprendre sur le monde sans passer par la lecture. Et en plus de ça, les enfants qui apprennent à lire plus tard ne se sentent pas défectueux – ils apprendront à lire selon leur propre calendrier, et ajouteront cette façon-là de découvrir des histoires et de recueillir des informations à leur répertoire déjà abondant.